Survivalistes des mers

La réunion hebdomadaire de ce lundi matin était un coup dur. Elle a remué le couteau dans la plaie encore béante laissée par le coup de vent des 5 et 6 octobre. Tristement, à voix grave et solennelle, j’ai relu  les objectifs à atteindre avant l’arrivée en Afrique du Sud, que nous nous étions fixés à la réunion hebdomadaire de lundi dernier. Ils étaient ambitieux :

  • Passer de 60 à 100 plantes dans la serre,
  • Produire une cuillère à café de spiruline / jour,
  • Récolter 10 ml de vers de farine / jour
  • 25cl de graines germées / jour,
  • Faire un poulailler optimisé
  • Un compost qui donne 5 litres de solution nutritive pour l’hydroponie par jour,
  • 2 éoliennes qui alimentent tous les systèmes low-tech,
  • Un dessalinisateur qui donne 1 litre d’eau par jour
  • Installation du nouveau système de capteurs pour le suivi des plantes, de la spiruline et du compost.

Pendant cette énumération, dans la tête de chacun repassaient les images des blettes secouées par les embruns dans le sifflement de la tempête comme dans un film catastrophe américain. Dans les scénarios post-apocalyptiques, c’est le moment où les survivants mesurent les dégâts et l’ampleur du travail qui les attend pour rebâtir leur civilisation. C’est ce moment là de la réunion qu’a choisi un petit grillon pour escalader la jambe d’Hugo, comme pour nous rappeler le chaos qui règne aussi dans le vivarium.

Comme un général qui se prépare à un siège, Clément a ensuite passé en revue les réparations que nous avons faites et les fortifications du bateau. Il a annoncé qu’un nouveau coup de vent était attendu pour demain. Moins fort a priori, mais il faut toujours se méfier. Puis dans un discours mémorable il a su emporter l’équipage et lui redonner pleine confiance. On a perdu une bataille mais pas la guerre. Certes nos objectifs seront difficiles à atteindre, mais on va donner tout ce qu’on a. Et ce qui est sûr, c’est que jamais plus aucune tempête ne posera ses embruns sur nos plantes !

Corentin.

De nouveaux espoirs : Soleil & Escale #1

Apres la tempête le beau temps !! Après deux jours de tempête avec des vents avoisinant les 50 noeuds nous voyons enfin le soleil ! Les systèmes low-tech ont été mis à rude épreuve. Autant dire que le bateau était sans dessus dessous. Pas si facile le vacarme de la tempête ; deux jours sans soleil, sans pouvoir faire grand chose à cause de la houle, avec la moitié des systèmes qui s’effondrent autour de vous, le moral y prend forcement un coup. Mais pas de temps à perdre, nous avons normalement trois jours de prévision de temps calme. Juste le temps de remettre le bateau en ordre et de se préparer pour une éventuelle dépression…
Nous avons fait 1/3 du chemin alors on n’est pas à l’abri de nouveaux coup de vent… Ce dont on est maintenant sûr, c’est que le Nomade des Mers est assez solide pour supporter ça et nous aussi !
Dès le réveil, on profite des premiers rayons du soleil ; c’est activité étendage pour tout le monde, voir même lessive pour les plus motivés. Draps, vêtements, duvets, matelas, coussins… tout y passe. Oui, un bateau c’est rarement 100% étanche. Puis les activités se répartissent : bricolage, rangement, mécanique …
Malgré ces remous, nous profitons du soleil et d’un bon repas chaud (je précise), juste ce qu’il nous fallait pour se remettre de la tempête et savourer cette belle journée si calme (on fait que du 6 noeuds).
Un vrai luxe !

Elina

Samedi 8 octobre 2016

Bonne journée où le quotidien peut s’installer lentement, mais dès la nuit tombée le vent fraîchi et la nuit s’annonce mouvementée. Cependant nous sommes au portant, ce qui permet de mieux supporter la houle soulevée par un vent à 30Nds. Arrivant par l’arrière, bien formée, elle nous ferait presque surfer. Dans les grains qui sont courts et violents nous atteignons les dix nœuds sous génois seul !
Niveau bricolage nous seront bientôt parés pour un prochain coup de vent. Celui-ci s’annonce pour la journée du 11 octobre. Il devrait être moins fort et plus court que le précédent . Nous sommes sereins. Il n’y a pas tant que ça à réparer mais chaque bricolage nécessite plus de temps qu’à terre quand on est chahuté dans le bateau.
Nous commençons à réfléchir sérieusement à une escale de quelques jours à Tristan da Cunha. Le problème est qu’il n’y a pas de ports pour se mettre à l’abri. Du coup il faut une météo clémente pour pouvoir rester au mouillage. Mais nous approchant des 40èmes et la force des éléments se fait rarement oublier. Cependant nous étudions un petit créneau qui pourrait être le bon. Affaire à suivre…

Clément

Dimanche 09 octobre 2016

Les jours passent et la possibilité de faire escale à Tristan da Cunha se profile sérieusement devant nous. Nous n’en sommes plus qu’à quelques centaines de milles, et devrions l’avoir en vue mercredi au crépuscule. Donc forcément, quitte à se faire un faux espoir, nous nous mettons à en parler sérieusement, sans trop savoir si nous pourrons y faire escale, ni à quoi nous attendre si par bonheur c’est possible.
Un petit point culture pour commencer et pour comprendre pourquoi cet archipel agite autant notre curiosité. Tristan da Cunha est un archipel de cinq îles situé à 2 800 km à l’ouest de l’Afrique du Sud, et à 3 360 km à l’est de l’Amérique du Sud. C’est, aux dires de certains, l’île la plus isolée au monde. Elle n’est accessible que par la mer, et au mieux à 7 jours de mer du Cap, lorsque la météo est favorable. Une colonie de 270 personnes y est installée depuis deux siècles et tient à préserver son mode de vie isolé du monde extérieur. Côté nature : volcan en activité, sources chaudes, chutes d’eau, espèces endémiques, baleines, dauphins et orques sont au rendez-vous ! L’opportunité de faire escale dans un endroit comme ça, ça se présente donc assez rarement !
La pause de midi est l’occasion d’imaginer quelle peut être l’ambiance sur ce petit morceau de terre si particulier. Clément est optimiste : « Apparemment ils accueillent les visiteurs dans un logis avec lits doubles, douche chaude, sauna, piscine et mouton à la broche. ». Nous, on plonge. « Ah ouais ?! Excellent ! ». Et ça rigole… Bref, nous espérons que la météo sera de notre côté sur ce coup là. Un peu de repos à terre redonnerait du moral aux troupes et permettrait de refaire quelques provisions pour le restant du voyage.
Kenavo !

Hugo

Contre vents & tempêtes

Salut,

Nous sommes au milieu de nulle part, à environ un tiers de la route pour l’Afrique du Sud.

C’est un monde hostile, fait d’eau salée, de nuages et de vent. Les vagues nous balancent dans tous les sens. Le bateau s’est transformé une machine à laver géante, qui doit tourner à l’envers puisqu’elle a tendance à tout salir. Par exemple, on est dans le cockpit, soudain le bateau tape, un bruit sourd, une déferlante arrive, quelle taille? à ce moment là on n’en sait rien.  Un quart de seconde et elle débarque, emporte au passage de la terre des plantes, éclate dans le cockpit. Quelque part le fracas d’autres objets qui tombent retient l’attention, mais il faut rester concentré : à la fois s’accrocher, se protéger de l’eau et scanner rapidement les objets alentours pour réussir à retenir le plus précieux d’entre eux du destin tragique qui l’attend.

Chaque déplacement devient un petit défi. Un peu comme les cosmonautes quand ils lâchent une prise pour rejoindre tranquillement en apesanteur une nouvelle prise. Mais ici c’est plus violent. Il faut bien anticiper la direction dans laquelle la prochaine vague devrait nous envoyer. Quand on se sent prêt et que la vague tape la coque on lâche sa prise, le corps est alors projeté en ligne droite comme un boulet de canon sur la trajectoire plus ou moins calculée. Sans chercher à lutter contre l’inertie de son corps il faut alors enjamber les obstacles répandus partout jusqu’à, dans le meilleur des cas, se réceptionner sur la nouvelle prise. Dans le pire, s’écraser contre un objet qu’on espère stable et non dangereux.

Enfin il y a l’humidité, qui arrive on ne sait pas bien comment. Les hublots qui fuient ? Les gouttes qu’on rapporte à chaque fois qu’on sort ? La condensation ? Sans doute une combinaison de tout ça. Résultat tout mouille, goutte, suinte, luit jusqu’au sac de couchage froid et poisseux qu’on enfile en espérant qu’il va vite retrouver notre température corporelle. On déploie alors enfin notre corps contracté toute la journée par les mouvements du bateau. Dans une ambiance de guerre de tranchée, il faut alors trouver quelle position adopter pour que les bombardements affectent le moins possible le sommeil.

Bref la région n’est pas accueillante, on comprend mieux pourquoi on n’y croise personne. Dans les jours qui viennent les conditions devraient s’améliorer, on va pouvoir se refaire une santé.

A bientôt,

Corentin et l’équipage du Nomade des Mers.

Un dîner presque trop parfait

A table !

Certains pourront s’étonner que je me sois dévoué, moi, ascète endurci, à l’écriture d’un petit papier parlant… de nourriture. Mais puisque personne ne parle mieux d’amour qu’un bon vieux curé de campagne, laissez-moi vous en toucher un mot.

Après cinq jours de Transatlantique, nous pouvons fièrement affirmer que nous avons à bord les meilleurs cuisiniers du fuseau horaire. En bons français, nous nous sommes engagés dans cette belle aventure humaine les cales pleines de mets aussi divers que variés, afin de redécouvrir chaque jour le sens du mot « Manger ».

Oseriez-vous vous-même vous engager dans cette belle aventure culinaire, que les fourneaux des Nomades des Mers n’en finirait pas de vous ravir les papilles ! Même si nos installations ne payent pas de mine, vous vous laisseriez envoûter par des saveurs venues de pays lointains et par d’autres encore inconnues de vos papilles, uniques au monde, n’ayant rien à envier aux cuisines de l’Espadon ou du Pré Catelan.

Parlons de saveur, oui, mais n’en oublions pas que la nourriture est, comme le disent si bien nos voisins anglais, le « fuel » du corps humain. Alors qu’en est-il de la cuisine des Nomades ? Vitamines, protéines, lipides, glucides, minéraux, oligo-élements, electrolytes… Tout y est ! Un équipage bien nourri c’est un équipage en bonne santé, et celui de Nomade des Mers pète la forme !

Pour achever de vous mettre l’eau à la bouche, laissez-moi vous dévoiler une toute petite partie du grand talent de nos chefs cuisiniers. La carte de Nomade des Mers, c’est :

  • Pain aux insectes et aux figues, cuit à l’ancienne au charbon de bois ;
  • Salade grecque à la mode d’antan, et son volupté de maïs aux noix de cajou ;
  • Soupe chinoise aux nouilles de riz, petits légumes et épices d’Orient ;
  • Muesli de fruits de saison et sa sauce Dulce de Leche ;
  • Salade de blettes « bateau » et sa vinaigrette maison traditionnelle valenceoise ;
  • Tartiflette de pommes de terre et de manioc aux vers de farine et cumin ;
  • Fejaos à la Chatelperron ;
  • Velouté de spiruline et sa sauce au miel ;
  • Crêpes de farine d’insectes au beurre salé ;
  • Sucré de maïs à la coco et aux amandes ;
  • Et bien d’autres…

Tradition française oblige, les grands chefs de Nomade des Mers se sont mis au défi de repousser chaque jour les limites de la gastronomie embarquée afin de proposer à l’équipage des plats toujours plus savoureux et originaux. Ne vous étonnez pas de nous retrouver plus en chair à l’arrivée qu’au départ !

Tendresse et bonne bouffe,

Hugo

De l’eau devant l’etrave

Bom dia,

On est partis de la baie de Rio mercredi matin, direction l’Afrique du Sud ! Cette étape sera plus longue que les précédentes : 3300 miles nautiques (environ 6000 kilomètres). Nous avons hésité à décaler le départ parce que les prévisions donnaient un vent faible. Finalement le vent est bon et nous permet de faire cap quasi direct à une vitesse de 6 nœuds. Nous communiquons avec Bernard [Van den Broek, notre routeur] et Gwéno [Gwénolé Gahinet, skipper et ami] pour le routage. Nous prévoyons de naviguer environ 30 jours avec, si le temps le permet, une escale à Tristan Da Cunha, l’île la plus isolée du monde! Pendant les premières 24h nous avons croisé pas mal de cargos et bateaux de pêche, mais maintenant plus rien, juste de l’eau, le ciel et cette grande ligne qui fait tout le tour.

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On part avec de bons souvenirs de Rio : un élevage de grillons offert par Casé [de l’Associação Brasileira dos Criadores de Insetos], une statuette du Corcovado faite avec des déchets de bouteilles plastique recyclés par la presse low-tech de Bruno [Vidéo], un système de tri des déchets inspiré par Silvia [du CLIN, entreprise de récupération des déchets de Niteroi], des capteurs pour suivre la température, le pH et l’électroconductivité des plantes grâce à Cosme [professeur au Projet Grael], un gros stock de fejaos (les haricots rouges locaux), le plein d’idées et du matériel pour fabriquer de nouvelles low-tech. Le mauvais souvenir, c’est toutes les espèces de mini crevettes qui nous collaient à la peau par milliers et nous démangeaient quand on nettoyait la coque le matin du départ.

Les poules ont continué leur routine comme si de rien n’était. Comme d’habitude Doudou le coq a chanté à 3h du matin (il est bloqué sur le fuseau horaire du Cap Vert, son pays natal). Le premier jour a été bien actif, nous avons rangé Nomade des Mers, parce qu’après plus d’un mois ancré dans la baie il ressemblait plus à une caravane qu’à un bateau. Pendant cette escale la pièce « magasin » où l’on range le matériel de bricolage a été appelé « la cave », puis « la favela » et enfin « la décharge ». Comme c’est aussi ma cabine, on a décidé de réagir.

Sur les conseils de Jean-Pierre on a semé du blé, de la luzerne, de la roquette, de la tetragone, de la baselle, du pourpier, de la coriandre et du persil. Les dernières semaines je n’ai cultivé quasiment que des blettes, jusqu’à sentir récemment un petit ras-le-bol de l’équipage. Pourtant les blettes ça pousse vite, dans toutes les conditions et toute la plante est comestible. Dommage que le goût ne soit pas meilleur…

On est bien décidés à reprendre en main l’écosystème embarqué, que nous avons un peu trop délaissé avec toutes nos activités à Rio. Nous nous sommes répartis les taches :
– Elina s’occupe de la spiruline et des cultures en terre.
– Hugo gère le compost et les insectes.
– Clément s’occupe du dessalinisateur solaire, la récupération de l’eau de pluie, la gestion du stock de nourriture et de la navigation.
-Je prends soin des poules, de l’hydroponie et de l’électricité.

Les grillons chantent, c’est bon signe. On espère que tout va bien aussi chez vous,

A bientôt,

Corentin.

Escale à Rio : Un Carnaval de Low-Tech et de rencontres.

Un écrin meurtri :

Jurujuba (c) GoB

Rio de Janeiro, signifie « rivière de janvier » en portugais, car c’est par un mois de janvier que les colons portugais sont entrés pour la première fois dans l’écrin de la baie de Guanabara. Surnommée « cidade maravilhosa » par les brésiliens c’est sans peine que nous comprenons pourquoi en imaginant béats la tête qu’ont du faire les premiers hommes qui ont découvert ce cadre naturel. Une baie immense, encadrée par des langues de terre desquelles jaillissent des dômes de verdures couverts de jungles, havres de macaques et toucans. C’est au mois d’août que nous sommes arrivés, en plein dans l’effervescence des jeux olympiques, la ville vibrait d’autant plus. Une fois le regard décroché des monolithes arborés, il s’arrête sur les buildings qui poussent à leurs pieds avant de plonger dans les eaux sur lesquelles nous voguons. Troubles, nous apprenons vite qu’il ne vaut mieux pas s’y baigner et que même si elles abritèrent jadis baleines et tortues marines nous ne pouvons en faire usage avec notre dessalinisateur. La baie de Guanabara souffre en effet de la pollution que lui inflige la cité qu’elle accueille. De nombreux quartiers de Rio n’ont pas de système de traitement des eaux usées, qui finissent leur cycle chargées de saletés dans la rade. Chaque pluie draine également dans ces eaux les déchets plastiques négligemment laissés de côtés. C’est sans compter enfin l’impact des industries qui ont pris place à part au fond du golfe. Ce constat nous affecte et nous décidons qu’il faudra partir à la recherche de low-tech permettant de lutter contre la pollution plastique.

Le Nomade des Mers trouve ainsi sa place face à Rio, à Niteroi, dans la baie de Jurujuba, paisible quartier de pêcheurs et conchyculteurs. C’est là que le champion olympique de voile Torben Grael et son frère Axel ont décidé de monter il y a quinze années une école de voile singulière qui nous accueillera chaleureusement : le Projet Grael.

Projet Grael (c) GoB

Une école de voile citoyenne :

Révéler une mer d’opportunités, promouvoir une vague d’inclusion, inspirer un vent de citoyenneté et rêver d’un monde juste et durable. C’est à ces mots que le visiteur du site internet du Projet Grael. est accueilli et en s’y rendant physiquement on réalise que ce n’est pas des paroles en l’air. En effet le projet Grael est bien plus qu’une école de voile, c’est tout un projet éducatif basé sur 3 piliers :

Sport :
Activité première du programme, c’est surtout un moyen d’attirer les jeunes à suivre ces cours gratuits, financés par la municipalité, et donc accessibles à tous. De nombreux fils et filles des pêcheurs de Jurujuba suivent les formations.

Professionnel :
Entre les virements de bords et empennages les jeunes suivent aussi des formations allant de l’initiation au véritable certificat professionnel sur les métiers du nautisme : mécanique, menuiserie, composite…

Environnement :
Valeur forte aux yeux des fondateurs, le respect de l’environnement est inculqué à tous. Cela commence par une meilleure connaissance de l’écosystème dans lequel ils évoluent et s’amusent. Car quand on commence à connaître et aimer la mer on a plus de chance de la respecter ensuite. Les élèves sont donc impliqués dans des opérations comme le nettoyage des plages, auquel nous avons aussi participés. Projet environnemental principal du Projet Grael : Aguas Limpas. En partenariat avec la municipalité de Niteroi, le projet Grael s’est équipé d’un bateau collecteur de déchets qui part tous les jours récupérer les déchets flottant. Grâce un logiciel prenant en compte la météo et les courants, ils sont capable d’estimer où se trouvera la plus forte concentration de déchets et d’y envoyer le bateau.

Aguas Limpas Projeto Grael

Leur but est ainsi de former non seulement des champions de la mer, mais aussi des champions de la vie.

C’est naturellement que le Nomade des Mers y a trouvé sa place. Nous avons donc pu présenter notre projet aux 250 élèves, qui ont tous, par groupes de 10 visités le bateau. Les visites ont suscité de nombreuses questions évoluant de basiques : « Comment faites-vous pour vous laver ? » à techniques :« Quel est le rendement de l’éolienne ? » en fonction de l’âge des visiteurs, avec toutefois un certains mutisme de la part des adolescents. Toutes se conclurent par une dégustation d’insectes, qui firent l’unanimité malgré les réticences initiales, en déclenchant éclats de rire ou de dégout. Etre au contact des élèves nous a permis aussi de partager avec eux nos découvertes lors d’ateliers. Les voilà maintenant formés à l’utilisation de la fibre de jute et à la construction d’éoliennes. La relève low-tech carioca est assurée.

 

A la conquête de Rio :

Grâce à une base arrière solide nous nous sommes lancés à la conquête de Rio, à la recherche de solutions low-tech au problème du plastique, mais également d’alliés pour diffuser notre message. Nous poussons rapidement la porte de Goma, un espace de coworking géré collectivement par les entreprises qui y travaille et le possède. Nous y faisons la rencontre de Manuela Yamada et Bruno Temer co-fondateurs de Materia Brasil, une agence de Design responsable très engagée sur les matériaux durables et le recyclage. Bruno a récemment monté un projet en partenariat avec le WWF. En s’inspirant d’une machine open source permettant de recycler le plastique, il a développé un module fabriquant des répliques du Christo Redemptor à partir de déchets plastiques. Mis à la disposition des habitants de la favela de Cosme Velho, sur le flanc du Corcovado, ce système leur permet de générer plus de valeur en vendant les répliques aux touristes plutôt que de rapporter le plastique au recycleur. En voilà une solution créative !

Nous sommes ensuite amenés à rencontrer Gilberto Veira. Gilberto travaille pour le Fablab carioca Olabi, au sein duquel nous ferons une conférence. Engagée dans l’inclusion des populations des favelas, Olabi a monté avec l’association Observatorio de Favelas un tiers-lieux en plein cœur de la favela « non-pacifiée » de Maré. Nous décidons très vite d’organiser là-bas, avec les jeunes du quartier, un atelier autour du recyclage plastique. Grâce à un outil low-tech : l’effileuse plastique, un fil résistant peut être produit à partir de bouteilles plastiques. Sous l’effet de la chaleur celui-ci se rétracte, tenaillant instantanément la prise qu’il encercle. Il ne reste plus qu’à laisser libre court à sa créativité. Ainsi à l’issue de l’atelier une chaise a été réparée, des raquettes de ping-pong sont garnies de nouveaux manches ergonomiques et une charrette de vélo a été construite.

Nos rencontres nous amènerons aussi à présenter le projet devant des publics variés. Etudiants et professeurs de design à l’université PUC, mais aussi promeneurs et curieux lors d’une intervention publique sur la place Cinélandia, en plein cœur de Rio de Janeiro.

Conférence Cinelandia (c) GoB

Escapade Pauliste :

Comme au Maroc et au Sénégal, nous essayons à chaque escale de rencontrer les collaborateurs locaux de notre mécène Schneider Electric. La succursale brésilienne nous a donc invités à venir les rencontrer à São Paulo. Nous sautons donc sur l’occasion pour contacter le Pauliste Casé Oliveira, fondateur de l’Associaçao Brasiliera dos Criadores de Insetos (Association Brésilienne d’éleveurs d’insectes) précédemment rencontré à Recife. Celui-ci nous avait proposé de découvrir un élevage d’insecte. Le hasard ayant voulu que dans la 7e plus grande ville du monde notre logement réservé à la hâte se trouve dans sa rue nous avons même pu déguster chez lui de délicieux gâteaux aux vers de farines. Au volant de sa Fiat Panda, il nous conduisit à travers Sao Paulo tout en faisant la conversation qu’il entrecoupe régulièrement de « Ok Google », appelant la high-tech à venir combler nos lacunes lusophones. Ensemble nous poussons la porte de Q-Biofabriqua, un élevage d’insecte. Originellement l’entreprise élève grillons et ténébrions pour faire de l’alimentation pour les oiseaux, mais ils réalisent petit à petit qu’il y a un marché pour l’Homme. Sur une surface d’environ 100m² plusieurs centaines de demi-bidons sont soigneusement rangé dans des rayons, à la façon d’une bibliothèque, mais ce ne sont pas des vers de poésie qu’elle contient mais bien des vers de farine, les larves de ténébrions que nous avons à bord. Ricardo, le fondateur de l’entreprise nous partage tous les secrets d’un bon élevage qui seront retransmis dans notre nouvelle vidéo.
Pleins de pistes d’améliorations pour l’élevage du bateau nous reprenons ensuite la route direction le siège brésilien de Schneider Electric.

Nous sommes accueillis par une audience attentive, composée des collaborateurs brésiliens de l’entreprise, mais aussi de nombreux jeunes invités pour l’occasion par la firme. C’est avec eux que nous partageons ensuite les secrets de notre éolienne low-tech sénégalaise. Quelle joie de voir sur leur visage la satisfaction de réaliser qu’ils peuvent facilement construire de leurs mains quelque chose qui leur semblait compliqué il y a quelques heures. Bilan de l’après-midi : 5 éoliennes fonctionnelles et nous l’espérons 10 fois plus de cerveaux éveillés aux low-technologies.

Des visiteurs :

Pendant une semaine, le Nomade des Mers a reçu des visiteurs particuliers : l’équipe de Pimp My Fridge ! Laurie, Julie, Annie, Antoine, Florian et Max. Ils ont rempotés au mois de juin le Hackathon co-organisé par Leroy Merlin et le Low-Tech Lab à Paris. Grâce à un premier prototype de système multi-modal de conservation lowtech des aliments ils ont gagnés leurs billets d’avion pour Rio de Janeiro afin d’installer leur système sur le bateau.

Au bout d’une semaine de bricolage leur nouveau prototype trouve sa place sur le Nomade des Mers. Il s’agit de 4 boîtes remplissant chacune une fonction particulière. La première « sombre et humide » sert à stocker les légumes vert (poivrons, courgettes, herbes aromatiques) et les tomates qui ont besoins d’obscurité fraîche. La deuxième est une boîte spécifique pour les pommes. Responsable du murissement prématuré d’un panier de fruits et légumes il faut les conserver à part. Seules les pommes de terre ne sont pas influencées par leur pouvoir de maturation. Une troisième boîte sert à conserver agrumes, carottes, pommes de terre et oignons à l’obscurité et au sec. Enfin la dernière boîte a deux fonctions : garde-manger et déshydrateur. Combinée avec un réchauffeur d’air, le déshydrateur permet de sécher les fruits et légumes arrivant à maturité pour prolonger leur durée de vie tout en conservant tous leurs bienfaits.

Ainsi après un mois et demi d’escale le Nomade des Mers doit se préparer à repartir. Le bateau s’apprête à affronter les 6000km (ou 3274,3 miles nautiques) qui le sépare de sa prochaine escale : le Cap, en Afrique du Sud. La navigation doit durer 30 jours, mais après cette escale l’équipage n’aura pas le temps de s’ennuyer. Relancer la production d’insectes grâce aux conseils de Ricardo et Casé, améliorer l’éolienne grâce aux retours des ateliers, lancer le tri des déchets à bord et recycler le plastique à bord. Mais heureusement que pour venir à bout de tout cela ils auront des fruits et légumes frais le plus longtemps possible.

Départ Nomade des Mers (c) GoB

ESCALE A RECIFE au Serta, le paradis des low-tech !

“Les technologies ont une âme” Sebastiao Alves

Enfin arrivés au Brésil, après 3 semaines de navigation, le premier pied à terre est savoureux, saveur Caïpirihna au Brésil !

Nomade des Mers au Cabanga Iate Clube (c) Elaine le Floch (GOB)

Tout juste le temps de nous remettre de nos émotions et nous avons été très chaleureusement accueillis par le Cabanga Iate Clube (une des marinas de Récife) et les équipes du SERTA (Servicio de Technologie Alternativa) qui nous ont vite emmenés visiter leurs locaux à Ibimirim (5h de route de Récife vers l’Est, dans la campagne aride du Sertao) et à Gloria Do Goita. Deux paradis des low-tech et bien plus que ça…

Le SERTA est un centre de formation à l’agro-écologie et à la permaculture. Grâce à des subventions  les étudiants peuvent suivre gratuitement un an de cours, à raison d’une semaine par mois, pour se former à ses techniques et mûrir un projet. Les étudiants sont de tout âges et de tout horizons : des citadins en reconversion au agriculteurs qui veulent sortir du système de production « toxique » habituel.
La permaculture est une méthode de conception d’écosystèmes pour les habitats humains ou les exploitations agricoles en s’inspirant de la nature et de ses équilibres. Ainsi il n’y a pas une technique en particulier mais il s’agit plutôt d’un mode d’action qui s’adapte à chaque territoire et ses contraintes.

La Permaculture :

Les 5 zones

Zones de permaculture

L’une des méthodes de conception d’un espace de permaculture autonome qui revient souvent est la théorie des 5 zones, dont l’organisation (ici représentée par des cercles concentriques) est en fait très flexible et adaptable aux environnements et besoins de chacun.
– La maison est la zone 0.
– Autour, la zone 1 est celle où l’on produit ce qui demande une attention quotidienne (lapins, légumes, arbustes fruitiers, plantes médicinales, compost, biogaz),
– La zone 2 est dédiée à l’élevage (poules, cochons), aux ruches, aux légumes à cycle longs et aux arbres fruitiers qui demandent d’être irrigués,
– La zone 3 est celle de l’agriculture et du cheptel (vaches, moutons), – La zone 4 est une zone en partie administrée par l’Homme mais qui reste sauvage où l’on pourra récolter du bois et des baies sauvages.
– La 5ème zone est laissée complètement naturelle, l’Homme ne doit pas y intervenir, il peut simplement y aller pour se ressourcer et observer.

Rien ne se perd :

Un autre grand principe de la permaculture est la notion d’écosystème, de cycle naturel où tout à un rôle, rien ne se perd. Les déchets organiques sont par exemples des ressources précieuses pour faire du compost (grâce à un lombricompost) ou du biogaz. Les excréments de cochons ou vaches sont en effet récupérés pour être mis à fermenter afin d’en extraire le méthane qui est ensuite utilisé comme combustible pour cuisiner. Le surplus sert ensuite d’engrais pour les plantes.

A l’école du SERTA

Conduit par trois grandes figures, Abdalaziz de Moura le philosophe, Roberto (Antonio Roberto Fereira) et Sebstiao (Sebastiao Alves), les inventeurs géniaux et professeurs, le SERTA développe une pédagogie très spéciale, où chacun apprend par lui-même et librement. Après une dizaine de jours ensemble nous comprenons que bien plus qu’un centre de formation, le SERTA a une vision et une mission beaucoup plus vaste.

Par la permaculture, ils cherchent à répandre un modèle de développement d’écosystèmes cohérents, en intelligence avec la nature et les besoins humains. Toutes les technologies doivent donc s’inscrire dans un contexte qui justifiera leur pertinence. 

Le développement de tels écosystèmes nécessitant un niveau conscience et de convictions fort, le rôle du SERTA est donc d’ aider les élèves à trouver par eux-mêmes des réponses à leurs questionnements. Plus que des connaissances ou des solutions techniques il s’agit surtout de se trouver soi-même et comprendre ses valeurs, ses choix de vie pour le futur.

De grands moments de partage !

A Gloria Do Goita l’équipe a animé un atelier de construction d’éolienne low-tech à partir modèle inventé au Sénégal. Les étudiants ont été très impliqués dans la construction de cette low-tech qui, comme on nous l’a expliqué, pourrait aussi trouver son utilité ici pour électrifier des habitations rurales ou, plus original, pour éclairer les chantiers de réhabilitation agricole qu’entreprend la mairie.

Samedi, les deux professeurs du SERTA, Roberto et Sebastiao sont venus visiter le bateau. Ils nous ont complimentés, mais en bons professeurs aussi beaucoup critiqués. Des conseils très instructifs, nous avons du pain sur la planche…

Nous avons appris que :

  • Même si nos poules vont bien, il faut améliorer leur poulailler pour qu’elles soient vraiment heureuses : construire une vraie zone de loisirs et surtout mettre de la paille pour répondre à leur besoin vital n°3 après manger et boire : se gratter.
  • Nous pourrions améliorer le design de nos pales d’éoliennes low-tech (pour l’instant faite de tubes PVC coupés en biseau). le SERTA a une technique pour ça.
  • Il faudrait améliorer la serre.
    Comme l’a dit Roberto :
    “Il fait trop lourd ici pour moi. Et si nous humains ne nous sentons pas bien dans un endroit, les plantes non plus, c’est simple!”
    Il faut donc mieux ventiler et assombrir avec un tissu noir maillé comme on met dans toutes les serres ici. C’est qu’on est plus en Bretagne !
  • Le choux est beau mais beaucoup trop exigent en minéraux. Il cannibalise les autres plantes. Il faudrait l’enlever et le remplacer par quelque chose de plus “rustique”, moins consommateur. (Ce sera au grand désespoir des poules car c’est leur friandise préférée…)
  • Il faut que nous expérimentions les graines germées de haricots pour l’alimentation. On est dans le bon pays pour ça ! Le fameux feijao (dont il existe tant de variétés) peut germer en quelques jours et offrir une nourriture très riche.

En parallèle de nos activités avec le SERTA nous avons rencontré Ginaldo, qui développe l’elevage d’insectes comestibles au Brésil. L’usage est plus destiné à l’alimentation animale pour l’instant mais il espère bien  conquérir le cœur et le palais des brésiliens !

Les Low-Tech font leur show

Dimanche 1er Août : branle-bas de combat!

A l’occasion de la venue du Nomade des Mers et du 27ème anniversaire du SERTA, une grande exposition sur les low-tech dans a été organisée dans le centre ville à l’occasion de la Mostra de Récife (tous les premier dimanche du mois le centre ville est fermé au voiture et accueille des artisans et projets de la région). Nomade des Mers s’est retrouvé arrimé à « Marco Zero », au coeur de la ville, pour accueillir plus de 200 visiteurs. Les étudiants du SERTA nous ont beaucoup aidé pour animer les visites guidées en brésiliens, encore un immense merci à eux tous !

Nous serions bien restés un peu plus ici mais nous devons déjà repartir pour notre prochaine escale à Rio. La météo de la suite de l’expédition nous presse.

Avant de partir nous voulons redire encore nos immenses remerciements au SERTA, ses professeurs et étudiants, au Yacht Club du Cabanga, et surtout à Laurent B, Noël et Johanna pour leur accueil et leur aide si précieuse ! Comme on dit ici : Abraços!

Marco Zero 3 (c) Elaine le Floch (GOB)

La Transatlantique

Le 28 juin 2016 le Nomade des Mers a largué les amarres au port de Mindelo au Cap Vert pour mettre le cap sur Recife au Brésil. Récit de la transatlantique.

Un nouvel équipage :

Pour cette transatlantique, l’équipage de départ (Corentin, Pierre-Alain et Elaine) a été rejoint par Arthur (Architecte, frère de Corentin) et Diane (designer proche du projet, spécialisée dans l’innovation Jugaad, où comment faire mieux avec moins grâce à l’ingéniosité collective). Pas de skipper professionnel à bord, C’était donc notre première navigation de cette longueur sans professionnel 

La Navigation :

Nous sommes partis de Mindelo au Cap-vert le 28 Juin pour une traversée de l’Atlantique qui devait durer au départ une douzaine de jours, et qui aura au final duré, 2 fois plus longtemps… 23 jours de mer au total ! Le départ était prometteur, nous avons vite avancé dans les alizés au portant et nous arrivions confiants pour la traversée du pot-au-noir, cette fameuse zone équatoriale redoutée des marins.

pot au noir

Le pot au noir désigne la zone équatoriale ou des masses d’air chaudes et humides convoyées par les alizés perturbent le climat. En mer, cette zone se caractérise par l’alternance de grains (orages et fortes pluies) et de pétole (calme plat). Dans l’atlantique la zone s’étend du Golfe de Guinée au Nord de l’Amérique du Sud.

Quand nous sommes entrés dans le ruban noir il mesurait 60 miles et devait être traversé en 24h, sauf qu’une fois à l’intérieur, il s’est étendu… jusqu’à mesurer 30 miles de large, impossible ensuite pour nous de rattraper la ligne de front. A un jour près de navigation le pot-au-noir nous avait rattrapé pour nous « empétoler » durant presque une semaine. A peine sortis du pot-au-noir, au niveau de l’équateur, nous nous sommes retrouvé au près dans les alizés et avec un courant vers l’est trop fort qui nous empêchait de remonter au vent correctement. Seule solution : tirer de longs bords vers l’est, soit la direction opposée à notre destination. Durant cette période, chaque jour nous revoyions notre date d’arrivée pour la décaler d’un jour. Cette perte de notion du temps était assez désarmante au départ, puis intéressante une fois nos esprits résignés. On ne peut rien contre « mer nature ». Un de nos premier apprentissage de ce voyage fut donc la Patience.

Dans le pot-au-noir on alterne des jours de grains trempés jusqu’aux os et des jours de beau temps et grand calme ou nous pouvons piquer un tête.

Enfin après deux semaines de navigation nous avons retrouvé les alizés et battu des records de vitesse en fonçant vers le Brésil à 8 noeuds. Le principal avantage de cette navigation aura été d’apprendre à mieux connaître notre bateau. Nous avons du être très attentifs aux réglages de voiles. Pour les optimiser, nous avons d’ailleurs du faire sauter une partie de la serre pour dérouler davantage le génois et ainsi améliorer les performances. En plus du technique cette transatlantique fut bien sûr une sacrée expérience humaine pour tout l’équipage : du vivre ensemble (vivre à 5 personne dans 30m² durant 20 jours non stop n’est pas toujours évident), et une bonne déconnexion qui permet de prendre du recul et réfléchir.

Au passage de l’équateur le capitaine déguisé en Poseidon baptise l’équipage et on arrose ça !

Quotidien et nouveautés :

Nous voulions profiter du temps libre de cette navigation pour nous occuper du bateau, le développer. Avec les premières escales intenses en activités nous étions frustrés de ne pas passer assez de temps à enrichir l’écosystème et créer des processus scientifiques plus avancés.
Nous avons commencé par nous organiser en répartissant les tâches à bord : Coco était responsable de l’hydroponie (arrosage et construction de nouveaux racks), Pierre-Alain des nouveaux semis et de l’entretien du zeer pot, Arthur avait pour mission de relancer la culture de spiruline (installée au Maroc, mais qui a souffert de la chaleur sénégalaise), Elaine s’occupait des poules et faisait des relevés sur l’éolienne, Diane était en charge du tri et de la sélection quotidienne d’insectes.

Côté aménagements du bateau, l’équipage n’a pas chômé : ménage du poulailler, fabrication et expérimentation d’un four solaire, construction de nouveaux « champs » hydroponiques, d’un établi en bois, d’une table à carte et d’un boitier électrique low-tech. Ce dernier centralise l’énergie produite par certaines de nos low-tech et la redistribue aux différents systèmes qui ont besoin d’électricité comme les pompes hydroponiques du système GHE (General Hydroponics Europe), la culture de spiruline et le biofiltre grâce à système de microcontrôleur Arduino programmé pour les actionner régulièrement dans la journée. Nous avons aussi conçu un logiciel de collecte des données (consommation et production à bord), paramètres et remarques afin d’analyser ces résultats, améliorer les systèmes et partager cette information avec le grand public.
Un grand pas en avant pour Nomade des Mers !

Bilan :

Grâce à cette première navigation en autarcie, les premières récoltes mais aussi la nécessité de surveiller notre consommation (alimentation, eau, énergie) nous avons commencé à développer une conscience de l’écosystème du bateau et de notre rôle clé pour son fonctionnement. Il est très satisfaisant de récolter les fruits de son travail, et ceux-ci prennent d’autant plus de valeur qu’on doit les consommer avec précaution.
Cette navigation nous a aussi confirmé que le bateau est un environnement sous contrainte idéal pour l’innovation low-tech. On se remue les méninges sans cesse pour créer et réparer avec des matériaux très basiques et sans énergie (donc sans outils électriques) pour accoucher de solutions très simples, accessibles et facilement réparable.

Une magnifique expérience dont Nomade des Mers ressort grandi et l’équipage gonflé à bloc pour relever les nouveaux défis au Brésil !

arrivée à Recife (c) Elaine le Floch (GOB)