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Rencontre : Lova Nantenaina

Lova Nantenaina est un réalisateur malgache auteur du film documentaire « Ady Gasy – les chinois fabriquent les objets, les malgaches les réparent » diffusé 2014. Par le film documentaire il souhaite donner une autre image de son pays. Interview avec un artiste engagé.

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Salut, OK je me lance :

Comment avez-vous eu l’idée de faire un documentaire sur les systèmes débrouilles de Madagascar ?

Cette idée est venue après mon retour au pays en 2010. J’étais étonné de ressentir de la tristesse et de la colère en voyant mon pays. Et c’est en essayant de comprendre ces sentiments là que je me suis dit qu’il faut qu’on arrête de voir le pays comme un problème. Des spécialistes font déjà ce travail là et ils sont bien payés pour répéter la même rengaine « votre pays est pauvre ». J’ai décidé de voir le pays comme un formidable laboratoire d’innovation et de créativité. J’étais parti en repérage de mon film avec l’idée que s’il y avait une grosse crise mondiale qui aplatissais l’économie, ceux qui ont l’habitude de se débrouiller dans des situations difficiles s’en sortiraient un peu mieux que les autres. Ils deviendraient des experts. Bien évidement, je ne souhaite pas une telle situation, mais il faut aussi de temps en temps voir les choses autrement pour changer de perspectives.

Pourquoi est-ce une thématique qui vous tient à coeur ?

Cette thématique me tient à coeur parce que notre pays peut encore choisir quelle direction on veut prendre en terme de développement. On connait maintenant la limite du développement à tout prix et les dégâts causés par le consumérisme sur notre planète. Il serait dommage de reproduire l’erreur de ceux que l’on croyait être des “pays modèles”, parce que nous pouvons encore faire machine arrière. La deuxième raison importante c’est aussi de redonner confiance à tout ce monde qui vit dans ce grand laboratoire d’innovation qu’est Madagascar. Ici, on associe encore le recyclage et le low-tech à la pauvreté, alors qu’ailleurs c’est une fierté. On criminalise, on chasse et on est condescendant envers nos compatriotes qui inventent parce qu’on aime acheter des objets ou des machines importés. Notre vision du monde est colonisée. C’est la volonté de renverser cette tendance qui semble inéluctable qui m’a poussé à filmer ces réalités. Et enfin, si toutes les formules productivistes qui ne respectent pas l’environnement et notre identité ont marché, on ne sera pas dans cette situation. J’aimerais que ces experts qui prônent ces théories économiques changent de disque. Ici la phrase « se serrer la ceinture” ne veut plus rien dire, les gens le font depuis belle lurette. Et l’avenir est entre les mains de ces gens que l’on croyait incapables parce qu’ils bricolent. Toute révolution est partie d’une expérimentation, de recherche, à une toute petite échelle avant d’être adoptée par le grand nombre. Je reste persuadé qu’on est même en avance sur ce plan là et qu’il faut sensibiliser nos intellectuels, ceux qui ont été formaté par une seule vision du monde et de l’économie.

Pensez-vous que ces systèmes ont un avenir à Madagascar et dans d’autres parties du monde ?

Si on ne favorise pas la diffusion de ces innovations appropriées à notre vision du monde, elles risquent de disparaître. Les intellectuels qui n’ont aucun recul sur ce qu’ils ont appris à l’étranger répètent toujours la même vision du monde sans chercher à comprendre qui ils sont et d’où ils viennent et c’est pour cette raison que ces trouvailles ne vont pas être connues par des gens qui en ont pourtant vraiment besoin. Ici ce n’est pas juste une question de mode, pour certains d’entre nous c’est un mode de pensée : le Ady Gasy.

Mon prochain film est une déclinaison de l’univers de Ady Gasy chez les enfants. Je vais montrer qu’étant petits les malgaches sont déjà éduqués à fabriquer leurs propres jouets. Il y en a encore à la campagne et de moins en moins en ville. Il y aura un projet transmédia qui va sortir, si tout va bien en 2017. Il s’intitule « A toi de jouer ».

Vous pouvez visionner son dernier documentaire
« Ady Gasy » en VOD sur Vimeo
.

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Waterworld, sans les méchants.

Bernard Van den Broek, 56 ans, expert comptable a rejoint le Nomade des Mers du 23 décembre au 1er janvier. Si vous le croisez ne vous fiez pas à son costume, car tel un ange gardien c’est lui qui prodigue conseils, météo et orientation à l’équipage, depuis un gratte-ciel de la Défense. C’est notre routeur ! Il faut dire qu’il connait le bateau, puisqu’il lui a fait parcourir le monde pendant un an avec sa femme et ses 4 enfants. Carnet de bord d’un capitaine venu retrouver pour les fêtes son « Cyrano » désormais « Nomade des Mers ». 

Bernard VDB

Nomade des Mers, pour le parisien qui débarque tout juste de la Capitale, c’est un choc !

Un mélange de rusticité et de sophistication qui me rappelle étrangement le bateau du film Waterworld. Vous savez le trimaran reformaté pour survivre après la montée des eaux sur notre planète où l’eau douce et la terre sont devenues des denrées précieuses.

Ce qui frappe tout de suite, ce sont les deux réchauds en ferraille dans le cockpit, devenu « cook stove » car c’est ici que l’on y fait la cuisine, avec le sac de charbon pour l’un et le sac de bois pour l’autre. Il y a aussi un amoncellement de gamelles et autres casseroles un peu noircies compte tenu de l’approche basique de la cuisson.

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A l’arrière, toujours les trois poules, dont l’une est quand même une authentique bretonne de Muzillac, Camandine.
« – Tiens Coco, Pourquoi Camandine ?
– En fait il y avait Camille et Amandine mais l’une d’entre elle n’a pas survécu à la tempête d’Atlantique Sud. Comme on ne sait pas laquelle des deux, elles ont été fusionnées… »
Me voici dans l’ambiance !

A l’intérieur c’est la végétation qui domine, comme dans le film, mais là ce sont de belles lignes de pousses vertes, dont certaines atteignent allègrement 40 ou 50 centimètres, alignées dans des tubes de PVC astucieusement découpés pour les transformer en jardinières optimisées. Bienvenue dans les Low-Techs !

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Ici c’est Corentin dans le rôle de Kevin Costner. Coco, déjà l’âge du Christ, même allure athlétique et acétique, même charisme auprès de ses disciples, mais notre sauveur du 21ème siècle fait pourtant beaucoup plus jeune que l’autre. C’est vrai que la barbe ça vieillit. A la différence du film, ici il n’y a pas de méchants qui tournent avec leurs scooters des mers, que des gentils, des vraiment sympas ; Hugo, quand même 1m96, qu’il a été contraint de faire rentrer dans la cabine arrière bâbord qu’il partage avec le très urbain Louis-Marie, pas vraiment plus petit. Et enfin Elina, jolies yeux bleus et charmant sourire. Non, ils n’ont vraiment pas des têtes de méchants ceux-là.

équipage

A Tuléar, nous sommes au bout d’une interminable jetée, construite pour accueillir les marchandises et amarrer les quelques bateaux de passage. La chaleur est accablante pour le parisien palot et déjà entré dans l’hiver. On ne tarde pas à mettre le cap sur Ifaty, une quinzaine de milles plus au Nord. Ce soir c’est Noël, il nous faut un bon repas et bien sûr un bon gâteau. Problème, le beau four qui équipait mon ancien navire a été emporté par l’épuration stalinienne voulue par l’équipe de préparation et son chef suprême pour atteindre la sobriété heureuse des low-techs. Mais mes camarades de cette aventure ont plus d’un tour dans leur sac, ils ont déniché un four solaire. Et vive les low-techs ! Nous voici donc lancés dans la confection d’un gâteau au chocolat, rendu possible grâce à quelques plaques de chocolat français emportées prudemment pour cette aventure vers l’inconnu. Le maintien de l’édifice en contreplaqué et plaques réfléchissantes est une certaine gageure pendant cette navigation courte mais un peu mouvementée quand même. On mesure la température à l’intérieur du four – et oui, il y a plein de capteurs et d’appareils de mesure sur Nomade, rusticité mais sophistication – 60 degrés, pas mal ! On découvre que quatre heures à 60 degrés, ce n’est pas équivalent à 20 minutes à 180 degrés … Pas grave, ce soir ce sera mousse au chocolat !

four solaire

Soirée de Noël au mouillage, un peu loin de la côte défendue par ses patates de corail, dans un calme parfait. On se régale de bonnes choses et même d’un foie gras malgache, à l’exception de notre cher Coco devenu résolument végétarien avec une discipline de fer. Enfin tout est relatif, car il décide de faire une exception à la règle pour consommer un plat de fête à ses yeux, des larves qu’il élève avec amour depuis le départ ; sélection d’une belle centaine de ces jolis vers qui s’agitent, ébouillantage (il ne faut quand même pas les faire souffrir) et confection d’un pâté avec quelques assaisonnements. Et bien figurez-vous que malgré ma réticence, j’ai essayé et que ce n’était pas mauvais du tout !

Veillée de Noël tout comme il faut avec Hugo à la guitare, Corentin à la flûte et Louis-Marie au didgeridoo (made in PVC). Je découvre que Coco est un grand musicien capable de sortir toutes sortes de mélodies à partir d’un simple tube, vraiment très low-tech, d’origine irlandaise (un tin whistle). Les moments choisis pour ces inspirations soudaines qui doivent être illustrés sans attendre avec son charmant pipeau, sont parfois inattendus, comme par exemple à la sortie de la passe d’Ifaty alors que nous sommes au milieu de magnifiques rouleaux de 3 à 4 mètres déferlants juste à côté du bateau. C’est ça un vrai artiste !

Corentin à la flute

Le sujet essentiel de cette escale à Madagascar fut la spiruline que certains entrepreneurs s’emploient à produire dans la région de Tuléar en particulier. Un outil de production de spiruline a nécessairement été imaginé et conçu à bord avec jerrican, circuit de tuyaux et système de pompage. Et comme il a fallu mesurer le taux de spiruline, là encore les cerveaux ont chauffé pour fabriquer avec une led et un capteur d’intensité de lumière un instrument de mesure d’intensité. Chapeau !

A Madagascar nous nous sommes aussi émerveillés de tous ces voiliers de travail qui, outre la pêche, assurent une bonne partie du transport de marchandises. Beaucoup de pirogues à balancier très rapides malgré leurs voiles rustiques, mais aussi de très jolis boutres gréés en goélette. La plupart sont construits à Belo-sur-mer, endroit magnifique, parfaitement approprié pour la construction, la mise à l’eau et l’échouage, et dont l’origine remonte à l’installation d’un breton – Enasse Joachim – à la fin du XIXème siècle. Une des plus belles escales pour Nomade des mers.

botry malagasy

Voilà, c’est l’histoire d’un vieux – enfin pas tout à fait, juste « vintage », comme c’est écrit sur son Tshirt – qui voulait découvrir ce qu’il y avait derrière cette bande de jeunes qu’il tentait de guider d’un peu de routage météo depuis quelques mois. J’y ai découvert la recherche permanente de nouvelles idées et de nouvelles solutions. « L’innovation par la contrainte », la litanie d’Eric Bellion sur le Vendée Globe, un concept dont on comprend véritablement le sens ici. Et tout cela avec bienveillance, confiance, optimisme et positivité.

Je peux l’affirmer, le monde tournerait bien mieux s’il y en avait davantage comme eux !

Bernard Van den Broek

Mon point commun avec les poules

Quand on a étudié la question de l’autonomie alimentaire pour choisir quel régime adopter à bord de Nomade des Mers, on s’est très vite rendus compte que pour produire de la viande, les ressources en eau et nourriture, la surface et l’énergie nécessaires étaient énormes par rapport aux autres aliments. Particulièrement pour la viande de bœuf. De toutes façons, embarquer un bœuf à bord aurait été pénible.

Dans le monde il y a des centaines de millions de personnes qui se passent de viande. 500 millions rien qu’en Inde ! Il y a beaucoup de motivations différentes pour tous ces végétariens : religion, lutte contre la souffrance animale, écologie, santé… l’écrivain Isaac Bashevis Singer a dit : « je suis végétarien pour des raisons de santé… la santé des poules. » En plus j’ai lu qu’Einstein avait dit « rien ne pourra être plus bénéfique à la santé humaine ni accroître les chances de survie de la vie sur terre qu’une évolution vers un régime végétarien« . Vu qu’Einstein a toujours une longueur d’avance, ça a fini de me convaincre.

J’ai donc décidé de faire l’expérience de devenir végétarien. J’ai rayé de mes menus la quasi totalité des plats qui me faisaient saliver : tartiflette, bœuf bourguignon, steak tartare, poulet frite, burger saignant, poisson au beurre blanc… La seule viande que je m’accorde est celle de nos larves de coléoptères, qui ne font baver personne, mais qui ont besoin de très peu de ressources pour produire des protéines animales.

Ça fait maintenant 9 mois que je n’ai pas touché à un steak. Au début ça donne l’impression de ne manger que l’accompagnement. puis on s’y fait. Au point que maintenant je salive quand je pense à des lentilles mijotées avec des oignons et des carottes. Ma plus grande peur était de devenir moi-même un légume. Mais pour le moment je reste en pleine forme et j’ai même encore toutes mes dents. J’ai fait une prise de sang juste avant le départ à Concarneau et je viens d’en faire une nouvelle à Madagascar pour voir si j’ai des carences. Réponse dans quelques jours.

J’ai cherché le nom de mon régime. Il en existe beaucoup :

  • Végétarien :
    il ne mange rien qui vienne de l’animal (ni viande, ni lait, ni oeufs)
  • Ovo-lacto-vegetarien :
    il ne mange pas de viande mais mange des produits laitiers et des œufs
  • Fruitarien :
    il ne veut pas tuer les plantes! il mange donc les fruits, les noix, les haricots, les céréales, mais pas les tubercules ni les feuilles – ça fait mal à la plante.
  • Crudivore :
    il ne veut pas cuire les aliments. du coup il fait germer les céréales et autres graines avant de les manger, il presse de l’herbe et des fruits pour en boire le jus, et ne cuit pas ses fruits et légumes.

Le problème c’est que je mange des insectes, ce qui m’exclus de toutes ces catégories… Je pourrais appeler ça de l’insecto-ovo-lacto-végétarisme, mais ce n’est pas pratique quand on est invité à diner :

-vous mangez de tout?
-non, je suis insecto-ovo-lacto-végétarien
-ah?!

Puis en réfléchissant un peu je me suis rendu compte que le régime dont je me rapprochais le plus était celui de la poule, qui mange des insectes et tout fruits et légumes qui se présentent devant elle.

-vous mangez de tout?
-non, la même chose qu’une poule
-d’accord !

Corentin.

Un Nazepresso svp !

Le choix de notre mode de cuisson est l’un des plus gros casses têtes à bord de Nomade des Mers.  Tous les jours, comme 3 milliards de personnes dans le monde, nous allumons un feu pour cuisiner. 1 kg de bois a un pouvoir calorifique de plus de 4KWh. D’après mes calculs ce kilo pourrait faire bouillir 43 litres d’eau ! Mais ca c’est la théorie. En pratique aucun des nombreux types de réchauds existants n’arrive à exploiter toute cette énergie.

Au départ de Concarneau on a embarqué à bord un réchaud à pyrolyse. Sur le papier c’est ce qu’il y a de plus efficace. On l’alimentait avec des granulés ou des copeaux de bois. Quand la combustion est lancée c’est un vrai lance flamme. Par contre quand le bois est humide ou un peu trop gros ca produit une fumée épaisse qui envahissait le cockpit au point que j’ai du perdre au moins un poumon pendant cette période. Et puis les équipiers qui avaient l’estomac déjà un peu tendu par la mer avaient du mal à supporter l’odeur de fumée mêlée à celle du poulailler. Du coup quand le repas était finalement prêt il n’y avait plus grand monde à table. On a décidé de changer de système.

Au Sénégal, grâce à l’association Nebedaye, on s’est mis au charbon vert. Ce charbon est fabriqué localement avec de la paille carbonisée. C’est intéressant parce que ca évite de déforester. Seul défaut : impossible de faire des crèpes, ca ne chauffe pas assez fort. Et puis dès l’escale suivante on ne trouvait plus de ce type de charbon. Depuis le Cap Vert on cuisine donc au charbon de bois. Pas très écolo, assez lent à l’allumage et on se colle du noir partout. Pour faire un café il faut environ 40 minutes. Imaginez la pub où George Clooney arrive après 40 minutes, plein de suie, en toussant, retrouver la belle blonde… Il aurait l’air naze. Il faut qu’on trouve autre chose.

Je suis sûr que quelque part ici à Madagascar je vais trouver une nouvelle solution ingénieuse à tester. Voilà mon cahier des charges :
– le feu doit chauffer assez fort pour faire des crèpes
– il doit s’allumer rapidement : max 20 minutes pour faire un café
– je veux garder mon deuxième poumon
– il doit être le plus économe et écolo possible
– le combustible doit être disponible à nos futures escales

L’enquête est sur le feu, je vous tiens au courant.

Corentin

En wolof « Do It Yourself » se dit « Defko Ak Niëp » : Faisons-le ensemble !

Rencontre avec les jeunes créateurs du fablab dakarois DefKo Ak Niëp.

Pour notre escale à Dakar nous avons travaillé sur la construction d’éoliennes low-tech, en matériaux de récup avec l’association dakaroise Ker-Thiossäne et le fablab Defko Ak Niëp.

Pour cela nous avons préparé un atelier de construction réalisé avec une quinzaine participants, une réussite !

Nous sommes ravis d’un point de vue technique mais surtout de notre rencontre avec le fablab et les jeunes sénégalais derrière cette initiative géniale : Modou et Dodji – interview !

Dodji Honou (à gauche) et Modou Ngom (à droite)
Dodji Honou (à gauche) et Modou Ngom (à droite)

Modou Ngom et Dodji Honou travaillent sur le développement du fablab depuis 2 ans et demi. L’atelier se trouve dans le quartier de Dakar Liberté 2 (à côté de l’association Ker-Thiossäne qui a incubé le projet) c’est petit mais on y trouve déjà les machines qui font la base d’un fablab, une découpe numérique et une imprimante 3D.

Que fait Defko Ak Niep ?

L’objectif du fablab est d’avoir un impact social positif sur la quartier et la société. Pour cela la mission est double : la formation aux machines de fabrication numérique et l’incubation de projets technologiques à fort impact pour la population, la ville de Dakar et plus largement, l’Afrique.

Concrètement, les activités sont :

> Organisation de workshops techniques avec appel à participants pour fabriquer ensemble des prototypes.
Comme les deux ateliers du mois derniers (fabrication d’éolienne et balançoire solaire).  Les profils des participants sont variés, des étudiants aux profils techniques, des artisans, des particuliers en reconversion professionnelle…

 

> Formation des plus jeunes, et moins jeunes à l’utilisation des machines de fabrication numériques.
Dans le futur, Modou et Dodji souhaitent développer les liens avec les établissements qui n’ont pas les machines en interne et pourraient utiliser le fablab pour les formations..

> Projets internes de développement de technologies utiles, dont voici quelques exemples :

  • Création d’une extrudeuse de plastique permettant de recycler le plastique pour en faire du fil d’imprimante 3D avec usinette.
    Pour le moment, les recharges d’imprimantes 3D doivent être importées et sont très coûteuses alors qu’au fablab cette machine permet de fabriquer des pièces spécifiques complexes et introuvables pour fabriquer les prototypes.1-hKNVoTWLCTNS6VlU65vq7Q

 

  • Création d’un ordinateur rempli de contenu pédagogique pour la bibliothèque du quartier SICAP Baobab.
    La bibliothèque est vétuste et peu utilisée. Grâce à des cartes Rapsberry (circuits imprimés basiques programmables en logiciels libres) et en récupérant un écran (comme en trouve partout ici) il serait possible de fabriquer un ordinateur très simple et bon marché avec seulement du contenu pédagogique à l’intérieur (Wikipédia, WikiAfrica, fiches pédagogiques travaillées avec les écoles).

 

  • Construction un déshydratateur de fruits solaire.
    Récemment, MakeSense a organisé au fablab un atelier de construction d’un deshydatateur, une petite machine qui permet de transformer mangues, banane, pommes et autres fruits en délicieux mets sucrés. Ce petit système, qui pourrait être répliqué en plus grand, correspond à une vraie solution dans un pays où l’on gaspille beaucoup de fruits et légumes, en particulier mangues quand c’est la saison. En permettant de les sécher pour les conserver et faire des bonbons cette solution offre aussi la possibilité d’une activité économique.

 

  • Mini éoliennes low-cost.
    Suite à l’atelier avec Nomade des Mers qui a permis de développer des petites éoliennes à moins de 6000 FCFA (capacité 20watt, i.e allumer un éclairage et recharger un portable), Modou est intéressé pour continuer l’expérience. Si le besoin est avéré, ces petites éoliennes pourraient aider beaucoup de personnes qui ont besoin d’un petit accès à l’électricité : vendeurs de rues, étudiants, familles en villages isolés, car au Sénégal l’électricité est très chère et la couverture est mauvaise (10% de couverture en zone rurale).

 

Quelle est l’ambition avec ce fablab ?

Comme l’explique Dodji Le fablab idéal est un espace fréquenté régulièrement où naissent des projets concrets et innovants. Mais attention , par « innovants » Dodji entend utile à la société, au quartier, au pays.

“Cela ne nous intéresse pas de développer des innovations juste pour pour le fun, il faut que ça ait un sens, une application dans la société au bénéfice des gens où de l’environnement. Pour l’instant le premier défi, était d’acquérir les machines et de les comprendre, maintenant nous peut rentrer dans la phase de développement qui consiste à développer le lieu physique et gérer des projets en communauté.”

Quels sont vos prochains grands challenges à résoudre?

Comme pour tout les fablabs, le premier grand défi est de trouver un modèle économique. Comment rendre rentable un endroit qui n’a pas pour objectif de vendre ses créations. Par la vente de formation ? la location des locaux ? Partout dans le monde on cherche encore le modèle idéal et on expérimente.

En tout cas ce qui est certain c’est que pour développer l’activité il y a deux pré-requis importants pour Defko Ak Niëp  :

  • Acquérir un espace plus grand pour accueillir de nouvelles machine et projets, c’est de là que dépendra la fréquentation.

  • Renforcer l’équipe encadrante. Pour l’instant Modou et Dodji ne sont que tous les deux. Ils souhaiteraient s’entourer aussi de personnes aux profils plus experts (électronique, développeur, mais aussi communication).IMG_0747

Envie d’aider Defko Ak Niëp ?

Si vous pensez à des contacts, pistes de financements, avez des compétences utiles où des pistes pour plus communiquer, n’hésitez pas à les contacter, ils vous ouvrirons grand leurs portes.

defkoakniep@gmail.ccom                        honou003@gmail.com

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Escale à Dakar : Eolienne DIY avec Ker-Thiossäne (2/2)

Voilà comment nous pourrions résumer la semaine en quelques chiffres…

1 équipe de choc :

equipe 1

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5 jours d’atelier éolienne :

Comme nous vous l’avions expliqué du premier article sur Dakar, nous sommes partis sur le choix de deux éoliennes à 3 pales avec chacune une génératrice différente : l’une avec des moteurs d’imprimantes récupérés et l’autre à aimants permanents (type Pigott autoconstruite).

génératriceA gauche, génératrice à aimants permanents // A droite, petit moteur pas à pas d’imprimante pour construire une génératrice (nous en avons mis deux pour avoir assez de puissance)

Matériel :

Pour construire l’éolienne il nous a fallu trouver beaucoup de matériel :

  • tubes PVC de 30 cm de diamètre
  • moyeu de voiture (type Golf ou Corsa)
  • tubes en métal
  • contreplaqué
  • pédalier de vélo
  • plaques de métal pour faire le rotor
  • engrenages d’imprimante
  • fil de cuivre
  • résine.

Heureusement, Dakar est une ville où on peut trouver tout ça facilement ! Par exemple dans des quartiers comme Colobane ou Salle des ventes où sont démantelés appareils électroniques et automobiles pour la revente à la pièce et du métal. Heureusement aussi pour nous que Daouda, Modou et Dodji, gérants du fablab Defko Ak Niep (Faisons le ensemble) étaient là pour nous guider, merci à eux!

Malgré de longues recherches, impossible de trouver des moteurs très puissantes ni des aimants neodyme. Nous nous sommes donc contentés de moteurs pas à pas récupérés d’imprimantes (20W) et les aimants nous seront finalement apportés de France (nous avons voulu éssayer avec des aimants de disque dur mais cela ne fonctionnait pas car pas assez puissants et pas la bonne organisation de polarité).

eolienne

Fabrication :

Pour l’atelier, nous avons répartis les tâches en quatre groupes :

  • Construction de la structure :
    Pales, mât et queue de l’éolienne.
  • Génératrice avec moteurs récupérés :
    tests des moteurs récupérés et comparaison, conception du rotor (des engrenages).
  • Génératrice à aimants permanents avec fil de cuivre :
    fabrication des bobines de cuivre, scellage dans une structure dans en résine, usinage du rotor, assemblage sur le moyeu de voiture.
  • Gestion de l’électricité :
    Analyse des productions de chaque générateur, conception du schéma électrique, récupération de composants (vieux onduleurs, vieux circuits imprimés, etc.)

Chaque soir les groupes ont débriefé ensemble du travail de la journée pour accorder les différents sous-systèmes et s’échanger les connaissances.

atelier

Calculer la taille des pales, mesurer les plans et faire les gabarits, meuler les pales, scier et percer les pièces du rotor, concevoir le circuit électronique, souder l’électronique , faire de la résine pour maintenir la génératrice. La construction d’éolienne fait appel à de nombreux domaines !

Lors de la fabrication nous avons rencontré quelque difficultés auxquelles nous avons trouvé des solutions!

  • Sur la conception des pales qui demandent un profil très particulier -> Nous avons trouvé des solutions dans des vidéos tutorielles sur internet.
  • L’accès aux matériaux ->En discutant avec les participants et le fablab, il y a toujours quelqu’un qui savait

Heureusement aussi que nous avons pu nous appuyer sur le savoir-faire d’artisans locaux et des participants pour la réalisation de certaines pièces complexes : le rotor, une plaque en métal percée précisément, la soudure, l’électronique (heureusement qu’il y avait un électronicien pour le bobinage)…

2 éoliennes DIY au top !

eoliennes

Nous venons de tester nos deux éoliennes et elles tournent. Ils nous restent à mesurer la puissance mais nous espérons atteindre une puissance nominale de 200W pour la génératrice à aimant et de 60W pour celle avec moteurs récupérés.

La semaine prochaine, nous allons installer l’éolienne en ville pour le Festival AFROPIXEL#5, dans le jardin Jet d’eau : un projet urbain développé par l’association Ker-Thiossäne pour réhabiliter un terrain vague avec les habitants.

Optimisations pour la suite…

Pour la suite nous allons voir comment créer un système de sécurité en cas de vent fort,  un système pour éviter la torsion du fil d’alimentation, et lancer une réflexion sur la durée de vie des matériaux.

Encore quelques optimisations avant de faire une vidéo tutorielle en bonne et du forme.

1000 Merci …

… aux participants de l’atelier grâce à qui nous avons appris énormément de choses en électronique.

+

1 GRAND MERCI

à l’association Ker-Thiossäne et le fablab Defko Ak Niep pour leur accueil et l’organisation de ces ateliers dans leur espace génial !

On remet ça la semaine prochaine avec un atelier éclairage public solaire, à suivre en live sur le Facebook Nomade des Mers 😉

Escale à Dakar : Eolienne DIY avec Ker-Thiossäne (1/2)

Avec l’équipe, nous venons d’arriver à Dakar, où nous sommes venus travailler sur la construction d’une petite éolienne. Dans le cadre du festival Afropixel, créé par l’association dakaroise Ker-Thiossäne, nous allons animer un atelier de 5 jours, du 18 au 23 avril avec 15 participants (profils techniques) pour tenter de construire ensemble prototype d’éolienne, la plus locale possible.

Lieu de recherche, de résidence, de création et de formation, Ker Thiossane encourage l’intégration du multimédia dans les pratiques artistiques et créatives traditionnelles et cherche à soutenir le croisement des disciplines. Ker Thiossane axe ses activités autour des recherches sur l’art et les nouvelles technologies, et sur ce qu’elles impliquent dans nos sociétés, au cours de résidences, de formations, de rencontres et de workshop. En 2008 elle met en œuvre le premier festival Afropixel qui porte sur les logiciels libres en lien avec les pratiques citoyennes en Afrique et dans les pays du Sud.

Atelier construction d’éolienne
18 au 23 avril à Ker-Thiossane, Liberté 2, Dakar.

Voir programme de tout le festival AFROPIXEL

 

Pourquoi le choix d’une éolienne au Sénégal ?

D’abord parce qu’après discussions avec les makers et gérants du fablab Defko Ak Niep, c’est un sujet qui nous intéressait tous énormément, car il y a un réel besoin et un vrai potentiel au Sénégal. Il y a en effet un problème d’accès à l’électricité, surtout en zone rurale, pour les habitations comme pour les commerces, mais aussi pour la petite agriculture (pour faire fonctionner l’irrigation goutte-à-goutte). Seulement au Sénégal comme en France, c’est plutôt le photovoltaïque domestique qui se développe comme source d’énergie autonome accessible principale. Solution qui présentent quelques défauts : un investissement important au départ et pour l’entretien, et surtout le problème du sable en suspension dans l’air qui peut recouvrir rapidement les panneaux et ainsi diminuer beaucoup leur efficacité. Le pays étant bien venté l’éolien est donc une piste intéressante…

Préambules techniques

Nous avons commencé les recherches techniques et voici ce que nous avons appris :Avant de concevoir les plans de son éolienne, il faut faire des choix importants, notamment sur deux aspects :

  1. la partie mécanique (i.e la forme de l’éolienne, horizontale ou verticale).
  2. la génératrice (ie. le moteur qui transforme le mouvement mécanique en électricité, à construire ou à récupéré).

Ce choix dépend de l’utilisation qui sera faite de l’éolienne (choix dont nous avons discuté avec les participants et un expert du développement) et aussi de ce qui est disponible localement (nous sommes donc allés chercher directement !)

1. choix de la forme, la partie mécanique: 

  • Les éoliennes dites « à axe horizontal » sont les plus courament utilisées. Ces éoliennes fonctionnent au mieux avec un vent constant en direction et en vitesse. Elle sont donc en général moins intéressantes en ville ou les flux de vents sont plus aléatoires, et conviennent mieux aux zones rurales. On peut y mettre le nombre de pales que l’on veut, et il y a juste une règle à bien respecter : plus on ajoute de pales plus l’optimum de production sera atteint pour de faibles vitesses de vents.

    

Exemple d’éolienne à axe horizontal (la tige qui tourne est à l’horizontal) : Les éoliennes Pigott (inventées par Huges Pigott) sont une référence dans les éoliennes autoconstruites. Le réseau Tripalium propose des stages de construction et met à disposition les plans de ces éoliennes à prix modéré.
  • Les éoliennes à axe vertical : Ces éoliennes sont plus adaptées aux zones urbaines. Il existe 2 grands types de rotor, Darrieus et Savonius.

              

Darrieus (à droite) : efficace mais complexe à fabriquer.
Savonius (à gauche) : rendement moins bon mais facile à fabriquer.

Finalement, au vu des besoins les plus basiques et courants au Sénégal (alimenter quelques éclairage et une radio, recharger un téléphone portable en zone rurale), notre choix s’arrête sur une éolienne à axe horizontal à 3 pales avec un objectif de capacité d’environ 600Wh/jour.

2. La génératrice :

Dans une éolienne il y a une génératrice, c’est à dire un petit moteur qui permet de transformer le mouvement mécanique (les pales qui tournent) en électricité.
Pour construire cette partie, nous allons essayer 2 solutions :

  • Récupérer des moteurs existants qui ont le même fonctionnement (moteur pas à pas, que l’on trouve dans les imprimantes par exemple), souvent de petite puissance.

courses dans le quartier de colobane, où rien ne se perd

  • Fabriquer nous-même une génératrice à aimants permanents. C’est plus complexe mais plus intéressant car on peut la dimensionner comme on le souhaite en fonction de ses besoins. On peut construire une génératrice avec des éléments (presque) disponibles partout : (fil de cuivre, moyeu de voiture, disque en métal, les aimants neodymes sont plus difficiles à trouver).

C’est parti !

L’atelier commence aujourd’hui, nous vous tenons régulièrement au courant sur notre page Facebook.

N’hésitez pas si vous avez des bons conseils 😉