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Coup de vent d’Histoire-Géo

23 octobre 2016

Après une nuit tumultueuse, avec des vents allant de 45 à 52 nœuds, on se réveille tous fatigués mais tout de même heureux de voir le bateau à peu près en ordre. Cette petite tempête on l’avait bien préparée ! Une fois que le vent fut calmé aux alentours de 10h, on a pu commencer les activités ! En quelques mots aujourd’hui c’est : nouvelle agencement du carré par Corentin, tutoriel du rouet plastique par Hugo, cuisine par Clément dont un crumble aux pommes par moi. La journée s’est terminée sur un exposé sur l’Afrique du Sud.

Tout d’abord, l’Afrique du Sud, c’est une histoire compliquée mêlant les Néerlandais, puis les Anglais qui empiètent le territoire des Zoulous. Si l’Afrique du Sud attire autant de nos jours c’est surtout pour ses innombrables richesses naturelles : l’or (40% des réserves mondiale), le charbon et les diamants. L’apartheid établi par les descendants des Néerlandais en 1934, instaure une séparation géographique, politique et économique des blancs et des noirs. Un grand défenseur de l’égalité des peuples : Nelson Mandela, fut condamné en 1963 puis libéré en 1990, un an avant l’abolition des dernières lois de l’apartheid. Au niveau économique, l’Afrique compte parmi l’une des trois premières puissances économiques du continent Africain. Pourtant on retrouve l’Afrique du Sud qu’au 121ème rang mondial du classement de l’IDH en 2012. Si on devait retenir qu’une phrase de ce pays où nous débarquons bientôt ce serait : un énorme pays, pourvu d’une grande diversité autant naturelle que culturelle, mais où malheureusement les inégalités ethniques sont encore bien marquées.

Elina.

Greenwich

Aujourd’hui nous avons passé le méridien de Greenwich et somme dorénavant en longitude Est. Pas de changement apparent à bord, mais c’est l’occasion d’avoir une pensée pour les anciens systèmes de repérage en mer. En effet si aujourd’hui le GPS nous place aisément sur une carte de l’ordinateur de bord, la navigation hauturière n’a pas toujours été aussi simple. Loin des côtes, il n’existe plus de repère terrestre. Il faut se fier au ciel. Le soleil le jour et les étoiles la nuit. Le méridien de Greenwich est la référence zéro qui permet de découper virtuellement la terre en quartier d’orange. Ce sont les longitudes. Complété par le système des latitudes qui découpe la terre par cercles parallèles à l’équateur, nous obtenons un quadrillage qui permet de donner une coordonné à chaque point du globe. La navigation astronomique permet de se positionner sur ce quadrillage grâce à trois outils : Une montre précise, un sextant et les tables de référence des positions du soleil par rapport au méridien de référence de Greenwich. Aujourd’hui ce système qui demande quelques calculs et une bonne pratique pour être précis est trop peu connu des navigateurs que nous sommes. Nous nous contentons des informations du GPS, qui utilise d’ailleurs toujours le découpage du globe en longitude et latitude pour nous positionner.

A bord nous avons repris la marche tranquille vers Le Cap. La météo se montre favorable et nous avançons bien, tout en ayant assez de confort pour pouvoir améliorer le bateau. Les poules semblent reprendre du poil de la bête et nous commençons à espérer revoir des œufs. Corentin s’occupe de réaménager la serre avec un nouveau système d’hydroponie et les différentes avaries du bord semblent durablement solutionnées. Nous commençons à préparer notre arrivée au Cap sans doute fin de semaine prochaine. D’ici là il nous reste encore 800 miles d’océan à faire passer sous nos étraves…

Clément

Escale à Rio : Un Carnaval de Low-Tech et de rencontres.

Un écrin meurtri :

Jurujuba (c) GoB

Rio de Janeiro, signifie « rivière de janvier » en portugais, car c’est par un mois de janvier que les colons portugais sont entrés pour la première fois dans l’écrin de la baie de Guanabara. Surnommée « cidade maravilhosa » par les brésiliens c’est sans peine que nous comprenons pourquoi en imaginant béats la tête qu’ont du faire les premiers hommes qui ont découvert ce cadre naturel. Une baie immense, encadrée par des langues de terre desquelles jaillissent des dômes de verdures couverts de jungles, havres de macaques et toucans. C’est au mois d’août que nous sommes arrivés, en plein dans l’effervescence des jeux olympiques, la ville vibrait d’autant plus. Une fois le regard décroché des monolithes arborés, il s’arrête sur les buildings qui poussent à leurs pieds avant de plonger dans les eaux sur lesquelles nous voguons. Troubles, nous apprenons vite qu’il ne vaut mieux pas s’y baigner et que même si elles abritèrent jadis baleines et tortues marines nous ne pouvons en faire usage avec notre dessalinisateur. La baie de Guanabara souffre en effet de la pollution que lui inflige la cité qu’elle accueille. De nombreux quartiers de Rio n’ont pas de système de traitement des eaux usées, qui finissent leur cycle chargées de saletés dans la rade. Chaque pluie draine également dans ces eaux les déchets plastiques négligemment laissés de côtés. C’est sans compter enfin l’impact des industries qui ont pris place à part au fond du golfe. Ce constat nous affecte et nous décidons qu’il faudra partir à la recherche de low-tech permettant de lutter contre la pollution plastique.

Le Nomade des Mers trouve ainsi sa place face à Rio, à Niteroi, dans la baie de Jurujuba, paisible quartier de pêcheurs et conchyculteurs. C’est là que le champion olympique de voile Torben Grael et son frère Axel ont décidé de monter il y a quinze années une école de voile singulière qui nous accueillera chaleureusement : le Projet Grael.

Projet Grael (c) GoB

Une école de voile citoyenne :

Révéler une mer d’opportunités, promouvoir une vague d’inclusion, inspirer un vent de citoyenneté et rêver d’un monde juste et durable. C’est à ces mots que le visiteur du site internet du Projet Grael. est accueilli et en s’y rendant physiquement on réalise que ce n’est pas des paroles en l’air. En effet le projet Grael est bien plus qu’une école de voile, c’est tout un projet éducatif basé sur 3 piliers :

Sport :
Activité première du programme, c’est surtout un moyen d’attirer les jeunes à suivre ces cours gratuits, financés par la municipalité, et donc accessibles à tous. De nombreux fils et filles des pêcheurs de Jurujuba suivent les formations.

Professionnel :
Entre les virements de bords et empennages les jeunes suivent aussi des formations allant de l’initiation au véritable certificat professionnel sur les métiers du nautisme : mécanique, menuiserie, composite…

Environnement :
Valeur forte aux yeux des fondateurs, le respect de l’environnement est inculqué à tous. Cela commence par une meilleure connaissance de l’écosystème dans lequel ils évoluent et s’amusent. Car quand on commence à connaître et aimer la mer on a plus de chance de la respecter ensuite. Les élèves sont donc impliqués dans des opérations comme le nettoyage des plages, auquel nous avons aussi participés. Projet environnemental principal du Projet Grael : Aguas Limpas. En partenariat avec la municipalité de Niteroi, le projet Grael s’est équipé d’un bateau collecteur de déchets qui part tous les jours récupérer les déchets flottant. Grâce un logiciel prenant en compte la météo et les courants, ils sont capable d’estimer où se trouvera la plus forte concentration de déchets et d’y envoyer le bateau.

Aguas Limpas Projeto Grael

Leur but est ainsi de former non seulement des champions de la mer, mais aussi des champions de la vie.

C’est naturellement que le Nomade des Mers y a trouvé sa place. Nous avons donc pu présenter notre projet aux 250 élèves, qui ont tous, par groupes de 10 visités le bateau. Les visites ont suscité de nombreuses questions évoluant de basiques : « Comment faites-vous pour vous laver ? » à techniques :« Quel est le rendement de l’éolienne ? » en fonction de l’âge des visiteurs, avec toutefois un certains mutisme de la part des adolescents. Toutes se conclurent par une dégustation d’insectes, qui firent l’unanimité malgré les réticences initiales, en déclenchant éclats de rire ou de dégout. Etre au contact des élèves nous a permis aussi de partager avec eux nos découvertes lors d’ateliers. Les voilà maintenant formés à l’utilisation de la fibre de jute et à la construction d’éoliennes. La relève low-tech carioca est assurée.

 

A la conquête de Rio :

Grâce à une base arrière solide nous nous sommes lancés à la conquête de Rio, à la recherche de solutions low-tech au problème du plastique, mais également d’alliés pour diffuser notre message. Nous poussons rapidement la porte de Goma, un espace de coworking géré collectivement par les entreprises qui y travaille et le possède. Nous y faisons la rencontre de Manuela Yamada et Bruno Temer co-fondateurs de Materia Brasil, une agence de Design responsable très engagée sur les matériaux durables et le recyclage. Bruno a récemment monté un projet en partenariat avec le WWF. En s’inspirant d’une machine open source permettant de recycler le plastique, il a développé un module fabriquant des répliques du Christo Redemptor à partir de déchets plastiques. Mis à la disposition des habitants de la favela de Cosme Velho, sur le flanc du Corcovado, ce système leur permet de générer plus de valeur en vendant les répliques aux touristes plutôt que de rapporter le plastique au recycleur. En voilà une solution créative !

Nous sommes ensuite amenés à rencontrer Gilberto Veira. Gilberto travaille pour le Fablab carioca Olabi, au sein duquel nous ferons une conférence. Engagée dans l’inclusion des populations des favelas, Olabi a monté avec l’association Observatorio de Favelas un tiers-lieux en plein cœur de la favela « non-pacifiée » de Maré. Nous décidons très vite d’organiser là-bas, avec les jeunes du quartier, un atelier autour du recyclage plastique. Grâce à un outil low-tech : l’effileuse plastique, un fil résistant peut être produit à partir de bouteilles plastiques. Sous l’effet de la chaleur celui-ci se rétracte, tenaillant instantanément la prise qu’il encercle. Il ne reste plus qu’à laisser libre court à sa créativité. Ainsi à l’issue de l’atelier une chaise a été réparée, des raquettes de ping-pong sont garnies de nouveaux manches ergonomiques et une charrette de vélo a été construite.

Nos rencontres nous amènerons aussi à présenter le projet devant des publics variés. Etudiants et professeurs de design à l’université PUC, mais aussi promeneurs et curieux lors d’une intervention publique sur la place Cinélandia, en plein cœur de Rio de Janeiro.

Conférence Cinelandia (c) GoB

Escapade Pauliste :

Comme au Maroc et au Sénégal, nous essayons à chaque escale de rencontrer les collaborateurs locaux de notre mécène Schneider Electric. La succursale brésilienne nous a donc invités à venir les rencontrer à São Paulo. Nous sautons donc sur l’occasion pour contacter le Pauliste Casé Oliveira, fondateur de l’Associaçao Brasiliera dos Criadores de Insetos (Association Brésilienne d’éleveurs d’insectes) précédemment rencontré à Recife. Celui-ci nous avait proposé de découvrir un élevage d’insecte. Le hasard ayant voulu que dans la 7e plus grande ville du monde notre logement réservé à la hâte se trouve dans sa rue nous avons même pu déguster chez lui de délicieux gâteaux aux vers de farines. Au volant de sa Fiat Panda, il nous conduisit à travers Sao Paulo tout en faisant la conversation qu’il entrecoupe régulièrement de « Ok Google », appelant la high-tech à venir combler nos lacunes lusophones. Ensemble nous poussons la porte de Q-Biofabriqua, un élevage d’insecte. Originellement l’entreprise élève grillons et ténébrions pour faire de l’alimentation pour les oiseaux, mais ils réalisent petit à petit qu’il y a un marché pour l’Homme. Sur une surface d’environ 100m² plusieurs centaines de demi-bidons sont soigneusement rangé dans des rayons, à la façon d’une bibliothèque, mais ce ne sont pas des vers de poésie qu’elle contient mais bien des vers de farine, les larves de ténébrions que nous avons à bord. Ricardo, le fondateur de l’entreprise nous partage tous les secrets d’un bon élevage qui seront retransmis dans notre nouvelle vidéo.
Pleins de pistes d’améliorations pour l’élevage du bateau nous reprenons ensuite la route direction le siège brésilien de Schneider Electric.

Nous sommes accueillis par une audience attentive, composée des collaborateurs brésiliens de l’entreprise, mais aussi de nombreux jeunes invités pour l’occasion par la firme. C’est avec eux que nous partageons ensuite les secrets de notre éolienne low-tech sénégalaise. Quelle joie de voir sur leur visage la satisfaction de réaliser qu’ils peuvent facilement construire de leurs mains quelque chose qui leur semblait compliqué il y a quelques heures. Bilan de l’après-midi : 5 éoliennes fonctionnelles et nous l’espérons 10 fois plus de cerveaux éveillés aux low-technologies.

Des visiteurs :

Pendant une semaine, le Nomade des Mers a reçu des visiteurs particuliers : l’équipe de Pimp My Fridge ! Laurie, Julie, Annie, Antoine, Florian et Max. Ils ont rempotés au mois de juin le Hackathon co-organisé par Leroy Merlin et le Low-Tech Lab à Paris. Grâce à un premier prototype de système multi-modal de conservation lowtech des aliments ils ont gagnés leurs billets d’avion pour Rio de Janeiro afin d’installer leur système sur le bateau.

Au bout d’une semaine de bricolage leur nouveau prototype trouve sa place sur le Nomade des Mers. Il s’agit de 4 boîtes remplissant chacune une fonction particulière. La première « sombre et humide » sert à stocker les légumes vert (poivrons, courgettes, herbes aromatiques) et les tomates qui ont besoins d’obscurité fraîche. La deuxième est une boîte spécifique pour les pommes. Responsable du murissement prématuré d’un panier de fruits et légumes il faut les conserver à part. Seules les pommes de terre ne sont pas influencées par leur pouvoir de maturation. Une troisième boîte sert à conserver agrumes, carottes, pommes de terre et oignons à l’obscurité et au sec. Enfin la dernière boîte a deux fonctions : garde-manger et déshydrateur. Combinée avec un réchauffeur d’air, le déshydrateur permet de sécher les fruits et légumes arrivant à maturité pour prolonger leur durée de vie tout en conservant tous leurs bienfaits.

Ainsi après un mois et demi d’escale le Nomade des Mers doit se préparer à repartir. Le bateau s’apprête à affronter les 6000km (ou 3274,3 miles nautiques) qui le sépare de sa prochaine escale : le Cap, en Afrique du Sud. La navigation doit durer 30 jours, mais après cette escale l’équipage n’aura pas le temps de s’ennuyer. Relancer la production d’insectes grâce aux conseils de Ricardo et Casé, améliorer l’éolienne grâce aux retours des ateliers, lancer le tri des déchets à bord et recycler le plastique à bord. Mais heureusement que pour venir à bout de tout cela ils auront des fruits et légumes frais le plus longtemps possible.

Départ Nomade des Mers (c) GoB