Tous les articles par Corentin De chatelperron

Miss monde, omelette et fruits sec

Salut à vous,

Cap sur Madagascar! L’escale à Durban était rapide. Ville pas très sexy. Mis à part le fait que Miss Monde 1959 était Durbanaise, c’est l’un des plus gros ports d’Afrique, 3.5 millions d’habitants, forte criminalité – il ne faut pas s’y risquer la nuit.

Nous avons débarqué Clément, équipier super efficace qui nous a accompagné depuis Rio et à qui on doit nos superbes volets de serre embruns-proof sur charnières inox. Puis nous avons ré-embarqué Elina, Louis-Marie et Hugo après leur tour fructueux à la recherche des low-tech d’Afrique du Sud.

LA nouvelle extraordinaire de la semaine vient du poulailler. Elles pondent à nouveau tous les jours !!! Ce n’était pas arrivé depuis la tempête de l’Atlantique Sud il y a plus d’un mois. Malgré tous nos efforts pour améliorer leurs conditions de vie et de travail, les négos avec le syndicat restaient tendues et stériles. J’avais entendu dire que mettre un oeuf dans le nid les stimulait. Il y a une semaine j’ai donc posé un gros oeuf Sud Africain daté du jour bien en évidence dans le poulailler. De quoi les rendre jalouses. Mais le lendemain il avait été piétiné, le jaune répandu dans la paille. Un signe évident de provocation. Alors pourquoi ce changement brutal? Avec les histoires de ponte il faut remonter 10 jours en arrière, car c’est le moment où l’oeuf commence à se former dans le ventre de la poule. Or 10 jours -jour pour jour- avant ce premier oeuf nous avons célébré l’inauguration du nouveau poulailler téléscopique ! Je peux vous dire que j’en suis très fier, tel une Valérie Damidot de la basse-cour. La paix est donc revenue dans l’équipage. En ce moment nous les faisons participer à une expérience. Nous avons mis un bac dans le poulailler où nous jetons nos déchets organiques. Elles y mangent ce qui leur plait, grattent et remuent le tout et y apportent des fientes. Chaque semaine nous vidons ce contenu dans le compost, pour que les vers et les champignons continuent à dégrader la matière jusqu’à la transformer en délicieux compost. En théorie cette contribution des poules devrait accélérer le compostage et l’enrichir d’azote.

Il y a quelques mois nous avons organisé un challenge low-tech avec l’entreprise Leroy-Merlin. C’est l’équipe « Pimp my Fridge » qui l’avait remporté avec son système de conservation des fruits et légumes. En ce moment nous testons leur déshydrateur solaire. L’idée est de conserver nos fruits et légumes en gardant le maximum de leurs propriétés nutritives. Cette low-tech nous intéresse car on estime que dans le monde 45% des fruits et légumes produits sont perdus! Une des techniques de conservation est de retirer l’eau de l’aliment. Une fois sec, il n’intéresse plus les bactéries, champignons et autres micro-organismes.

Pour ça il y a 2 voies connues :

  • la lyophilisation : il faut congeler l’aliment entre -40 et -80 degrés pour transformer son eau en glace, puis faire passer cette glace directement à l’état gazeux (« sublimation ») à base température. L’aliment devient sec et poreux comme une éponge, il se conserve donc longtemps et se réhydrate vite quand on lui ajoute de l’eau. Mais ce procédé est difficile à reproduire dans notre monde low-tech.
  • le séchage : procédé utilisé depuis toujours, il s’agit de sécher l’aliment entre 35 et 65 degrés pour éliminer le principal de son eau en gardant au maximum ses propriétés nutritives. C’est cette technique qu’a utilisée l’équipe Pimp my Fridge.

Notre déshydrateur est composé de 2 chambres : l’une vitrée et exposée au soleil permet de chauffer l’air, qui passe dans la 2eme chambre où les tranches de fruits et légumes sont étalés sur des grilles, avant de s’évacuer par une ouverture. La semaine dernière je l’ai testé sous un ciel couvert. Echec cuisant (c’est une expression). Mais le soleil est de retour, nous relançons donc les essais avec des tranches de banane, champignons et pommes. Résultats à suivre.

Nous devrions atteindre Madagascar d’ici 3 jours. Nous avons hâte de découvrir cette île qui parait être le pays de la débrouille et du système D!

Vive les low-tech.

Corentin

Blettes comme choux !

Nous sommes à quelques jours de l’arrivée à Cape Town. A l’heure où je vous parle la notion de verticalité a de nouveau disparu de notre univers. Nous traversons le dernier coup de vent de l’étape. Nous remontons contre le vent. Dans le monde de la voile on appelle ça « faire du près », nous sommes donc contre les vagues, source de tous nos ennuis. Quand le vent vient du coté on appelle ça « faire du travers », pourtant c’est quand on fait du près que tout va de travers! Bref ce n’est pas pour remettre en question le vocabulaire des marins que je vous écris : nous fêtons les 8 mois d’expédition depuis notre départ de Concarneau ! Le moment de faire un point sur une low-tech dont je m’occupe à bord : la culture hydroponique.

Le principe est simple : la plante pousse dans de l’eau chargée de nutriments et ses racines s’accrochent sur un substrat inerte. Cette méthode de culture nous a attirés car elle économise entre 3 et 10 fois la quantité d’eau nécessaire et permet de cultiver là où la terre est impropre à la culture. Idéal donc pour faire pousser des plantes dans un désert, en ville… ou sur un bateau ! C’est une vieille technique dont on retrouve des traces chez les Égyptiens ou les Aztèques. Elle a aussi été développée par la NASA pour nourrir les cosmonautes, par l’industrie agroalimentaire pour faire pousser nos légumes sous serre, et depuis peu par des amateurs qui font pousser discrètement des plantes vertes dans leurs placards. Mais étonnement, malgré son potentiel pour contrecarrer des carences alimentaires dans certaines zones du monde, nous n’avons pas répertorié de version low-tech intéressante. Une mission pour le Low-Tech Lab !

Nous avons donc installé sur le bateau une serre de 25m². Et depuis 8 mois nos plantes ont connu une vie on ne peut moins végétative…

Phase 1 : La friche
Nous avons commencé par semer un grand nombre d’espèces dans différents systèmes d’hydroponie. Objectif : tester toutes les plantes que Jean-Pierre, notre expert ethno-botaniste, nous a conseillées, afin de sélectionner celles qui répondent le mieux à nos critères : nutritives, entièrement comestibles et à croissance rapide. Mais deux mois plus tard nos plantations ressemblaient à ces misérables plates-bandes qui vivent dangereusement entre les 2 voies d’une autoroute… Conclusion : trop de paramètres en jeu pour nos mains pas encore très vertes, concentrons nous d’abord sur la technique, ensuite sur le choix des plantes.

Phase 2 : La révolution verte
En juin pendant notre escale au Cap Vert, 2 experts nous ont rejoint : Sergio, un maraicher local qui utilise l’hydroponie (car son pays importe la quasi-totalité de ses légumes à cause du manque d’eau), et Thomas, expert de l’entreprise Général Hydroponics Europe, qui nous accompagne depuis plusieurs années. Ensemble nous avons mis au point un système simple et très économique : un tuyau fermé aux extrémités, coupé en 2 dans la longueur, rempli avec des graviers de roche volcanique, de la paille et de la fibre de coco. Nous y avons principalement planté des blettes pour limiter le nombre de paramètres le temps de nous faire la main. Et en quelques semaines la serre a été envahie par la verdure ! La rançon du succès a été de manger des blettes à toutes les sauces. Emballés par ce système, nous avons alors créé un logiciel de suivi nommé « NASA du low-tech » pour mesurer les ressources nécessaires et la productivité. Nous contrôlons le pH et l’électroconductivité de la solution nutritive et pesons ce que nous récoltons et l’arrosage.

Phase 3 : L’envahisseur
En juillet nous avons rencontré au Brésil des passionnés de permaculture. Ils nous ont offert des espèces intéressantes d’un point de vue nutritif, mais catastrophiques d’un autre point de vue… (nous approfondirons ce point dans un prochain article). Les semaines qui ont suivi ont été marquées par une guerre sans relâche contre les pucerons, chenilles et moucherons ! Attaques au napalm bio, traques interminables, menaces et intimidations… Les deux camps ont connu des pertes importantes. Seules les poules sont sorties victorieuses de cette phase (en mangeant les victimes).

Phase 4 : Cradle to Cradle
En août le biofiltre/lombricompost que Thomas nous a installé au Cap Vert était prêt. Le jus produit sentait bon l’humus d’une forêt pleine de champignons après une pluie d’automne. Nous avons alors organisé une compétition entre deux rangées d’amarantes (plante dont le goût est proche des blettes) : la première arrosée par une solution nutritive du commerce et la seconde par notre jus. Cette dernière est très vite devenue jaune, blanche, vert foncé et perdait ses feuilles. On a cru avoir mis au point un herbicide révolutionnaire. Mais après quelques ajustements de pH et de dilution les croissances sont devenues comparables entre les 2 rangées. Une victoire : nous sommes devenus des alchimistes du végétal, capables de transformer des épluchures de carottes en feuilles de blettes !

Phase 5 : L’apocalypse
Nous aurions du nous méfier. Le dicton du jour disait « A la saint-Placide, le verger est vide ». La serre a été dévastée par un coup de vent. Depuis ce jour est classé à l’ordre des grandes extinctions pour le bateau au même titre que celle qui a tué les dinosaures pour la planète.

Phase 6 : Le printemps arable
Cette remise à plat nous a permis de faire un bilan et sortir les premiers chiffres de la NASA du low-tech. Pour chaque m² notre système produit 50 grammes de blettes par jour, ce qui parait pas mal. Par contre il consomme beaucoup plus d’eau que prévu : plus de 5 litres par m² et par jour ! Mais nos experts sont sur le coup, nous sommes en train d’optimiser les systèmes pour limiter l’évaporation, mieux gérer la densité, l’arrosage et la méthode de récolte. Et bientôt on saura faire pousser des blettes dans le désert, un appartement ou sur les océans avec 3 fois rien ! En attendant, ne pas se lasser des blettes, ne pas se lasser des blettes, ne pas se lasser des blettes, ne pas….

Corentin.

Homard m’a tuer

Tristan da Cunha est une charmante petite aire de repos sur le périphérique du monde. Ne pas louper la bretelle, c’est la seule entre les sorties Rio et Cape Town. Parfait pour se réapprovisionner en eau douce et patates.

Un volcan de 2000 mètres d’altitude et des falaises tout autour. Sur la côte nord, une plaine un peu vallonnée recouverte d’herbe bien grasse, coupée par quelques ruisseaux et broutée par des centaines de vaches et de moutons. C’est là que les 300 Tristanais ont planté leur village, un clocher, un pub et une épicerie. Ça ressemble au village des hobbits dans le Seigneur des Anneaux. La différence c’est que jamais le méchant Soron ne viendra les déranger avec ses histoires d’anneaux. Difficile d’imaginer plus isolé. Pas d’aéroport, juste un bateau de pêche qui passe à peine une fois par mois. Parmi les quelques voiliers qui passent dans la région, seuls les plus chanceux tombent sur un temps assez calme pour s’ancrer. Autant dire que leur économie ne repose pas sur le tourisme. D’ailleurs je pense que notre passage a marqué le pic de fréquentation touristique de l’année.

Tous justes débarqués on a été reçus par Léo, jeune scientifique français dont le travail est de surveiller les ondes sismiques qui touchent l’île. On a pu déployer nos jambes (sur le bateau on n’a pas du parcourir plus d’1 kilomètre en 17 jours) et il nous a fait découvrir Tristan. Coté low-tech c’est un peu décevant. La gestion de l’énergie, de la nourriture, et des déchets n’est pas très inspirante. Mais c’est passionnant de comprendre comment une communauté si isolée fonctionne (nous allons écrire un article  à ce sujet).

Nous sommes restés 2 jours, puis le vent s’est levé et nous avons du lever l’ancre. Escale mémorable aussi niveau gastronomique. Moi qui fais l’expérience d’être végétarien depuis 4 mois, j’ai du faire une petite entrave. Enfin une grosse… La veille de notre départ était un jour de pêche de homards, spécialité de l’île. Un succès : la meilleure prise de la saison. Erik, qui est comptable-pêcheur-agriculteur-dépeceur de homards nous en a offert une caisse pleine. Plusieurs kilos. Depuis on en mange à toutes les sauces. Comme un sportif qui se dope, j’espère que ça ne se verra pas à la prochaine prise de sang et que Véro, le médecin qui nous suit, n’y verra que du feu…

Tenez bon la barre.

Corentin

Compagnons de route

Depuis notre départ, nous sommes accompagnés de quelques compagnons de route. Les oiseaux sont les plus assidus et les plus nombreux, ils occupent en permanence notre sillage dont ils se décrochent parfois pour venir à l’avant du bateau et se laisser rattraper pendant qu’ils exécutent quelques vols planés à faible distance, comme pour  regarder ce qu’il se passe à bord. Ni mouettes, ni goélands, ce sont des labbes, des océanites, et des albatros. Ce dernier, emblème des mers du sud, a fini par nous faire l’honneur de sa présence après 7 jours de mer. Depuis il  en passe régulièrement à fière allure avec leur envergure de plus de 2m. Les habitants des eaux se montrent moins souvent mais nous avons été accompagné plusieurs jours par des exocets. Quelques un se sont échoués sur le pont. Nous avons aussi eu la surprise d’y ramasser des calamars ! Après un petit temps d’observation nous avons fini par les voir qui sautent à la verticale hors de l’eau comme des fusées. Surement une technique qui tout comme l’exocet lui permet d’échapper à un prédateur. Evidemment retomber sur le pont les mets à la merci des prédateurs que nous sommes. Les calamars sont bon, les exocets sont trop joli, on les relâche…
Côté cétacés nous sommes déçus. Il est juste passé un petit banc de dauphin un matin. Mais ils ne sont pas resté suffisamment pour que tout le monde les voient.
Espérons que le tableau des observations se complète par la suite. Nous essayons d’être attentifs, mais les bricolages, réunions d’équipes et lowtechs nous éloignent souvent des postes d’observation.
Avec Hugo nous prévoyons de pêcher autant par soucis de découverte que pour améliorer le quotidien.
A suivre…

Clément

Survivalistes des mers

La réunion hebdomadaire de ce lundi matin était un coup dur. Elle a remué le couteau dans la plaie encore béante laissée par le coup de vent des 5 et 6 octobre. Tristement, à voix grave et solennelle, j’ai relu  les objectifs à atteindre avant l’arrivée en Afrique du Sud, que nous nous étions fixés à la réunion hebdomadaire de lundi dernier. Ils étaient ambitieux :

  • Passer de 60 à 100 plantes dans la serre,
  • Produire une cuillère à café de spiruline / jour,
  • Récolter 10 ml de vers de farine / jour
  • 25cl de graines germées / jour,
  • Faire un poulailler optimisé
  • Un compost qui donne 5 litres de solution nutritive pour l’hydroponie par jour,
  • 2 éoliennes qui alimentent tous les systèmes low-tech,
  • Un dessalinisateur qui donne 1 litre d’eau par jour
  • Installation du nouveau système de capteurs pour le suivi des plantes, de la spiruline et du compost.

Pendant cette énumération, dans la tête de chacun repassaient les images des blettes secouées par les embruns dans le sifflement de la tempête comme dans un film catastrophe américain. Dans les scénarios post-apocalyptiques, c’est le moment où les survivants mesurent les dégâts et l’ampleur du travail qui les attend pour rebâtir leur civilisation. C’est ce moment là de la réunion qu’a choisi un petit grillon pour escalader la jambe d’Hugo, comme pour nous rappeler le chaos qui règne aussi dans le vivarium.

Comme un général qui se prépare à un siège, Clément a ensuite passé en revue les réparations que nous avons faites et les fortifications du bateau. Il a annoncé qu’un nouveau coup de vent était attendu pour demain. Moins fort a priori, mais il faut toujours se méfier. Puis dans un discours mémorable il a su emporter l’équipage et lui redonner pleine confiance. On a perdu une bataille mais pas la guerre. Certes nos objectifs seront difficiles à atteindre, mais on va donner tout ce qu’on a. Et ce qui est sûr, c’est que jamais plus aucune tempête ne posera ses embruns sur nos plantes !

Corentin.

Contre vents & tempêtes

Salut,

Nous sommes au milieu de nulle part, à environ un tiers de la route pour l’Afrique du Sud.

C’est un monde hostile, fait d’eau salée, de nuages et de vent. Les vagues nous balancent dans tous les sens. Le bateau s’est transformé une machine à laver géante, qui doit tourner à l’envers puisqu’elle a tendance à tout salir. Par exemple, on est dans le cockpit, soudain le bateau tape, un bruit sourd, une déferlante arrive, quelle taille? à ce moment là on n’en sait rien.  Un quart de seconde et elle débarque, emporte au passage de la terre des plantes, éclate dans le cockpit. Quelque part le fracas d’autres objets qui tombent retient l’attention, mais il faut rester concentré : à la fois s’accrocher, se protéger de l’eau et scanner rapidement les objets alentours pour réussir à retenir le plus précieux d’entre eux du destin tragique qui l’attend.

Chaque déplacement devient un petit défi. Un peu comme les cosmonautes quand ils lâchent une prise pour rejoindre tranquillement en apesanteur une nouvelle prise. Mais ici c’est plus violent. Il faut bien anticiper la direction dans laquelle la prochaine vague devrait nous envoyer. Quand on se sent prêt et que la vague tape la coque on lâche sa prise, le corps est alors projeté en ligne droite comme un boulet de canon sur la trajectoire plus ou moins calculée. Sans chercher à lutter contre l’inertie de son corps il faut alors enjamber les obstacles répandus partout jusqu’à, dans le meilleur des cas, se réceptionner sur la nouvelle prise. Dans le pire, s’écraser contre un objet qu’on espère stable et non dangereux.

Enfin il y a l’humidité, qui arrive on ne sait pas bien comment. Les hublots qui fuient ? Les gouttes qu’on rapporte à chaque fois qu’on sort ? La condensation ? Sans doute une combinaison de tout ça. Résultat tout mouille, goutte, suinte, luit jusqu’au sac de couchage froid et poisseux qu’on enfile en espérant qu’il va vite retrouver notre température corporelle. On déploie alors enfin notre corps contracté toute la journée par les mouvements du bateau. Dans une ambiance de guerre de tranchée, il faut alors trouver quelle position adopter pour que les bombardements affectent le moins possible le sommeil.

Bref la région n’est pas accueillante, on comprend mieux pourquoi on n’y croise personne. Dans les jours qui viennent les conditions devraient s’améliorer, on va pouvoir se refaire une santé.

A bientôt,

Corentin et l’équipage du Nomade des Mers.

De l’eau devant l’etrave

Bom dia,

On est partis de la baie de Rio mercredi matin, direction l’Afrique du Sud ! Cette étape sera plus longue que les précédentes : 3300 miles nautiques (environ 6000 kilomètres). Nous avons hésité à décaler le départ parce que les prévisions donnaient un vent faible. Finalement le vent est bon et nous permet de faire cap quasi direct à une vitesse de 6 nœuds. Nous communiquons avec Bernard [Van den Broek, notre routeur] et Gwéno [Gwénolé Gahinet, skipper et ami] pour le routage. Nous prévoyons de naviguer environ 30 jours avec, si le temps le permet, une escale à Tristan Da Cunha, l’île la plus isolée du monde! Pendant les premières 24h nous avons croisé pas mal de cargos et bateaux de pêche, mais maintenant plus rien, juste de l’eau, le ciel et cette grande ligne qui fait tout le tour.

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On part avec de bons souvenirs de Rio : un élevage de grillons offert par Casé [de l’Associação Brasileira dos Criadores de Insetos], une statuette du Corcovado faite avec des déchets de bouteilles plastique recyclés par la presse low-tech de Bruno [Vidéo], un système de tri des déchets inspiré par Silvia [du CLIN, entreprise de récupération des déchets de Niteroi], des capteurs pour suivre la température, le pH et l’électroconductivité des plantes grâce à Cosme [professeur au Projet Grael], un gros stock de fejaos (les haricots rouges locaux), le plein d’idées et du matériel pour fabriquer de nouvelles low-tech. Le mauvais souvenir, c’est toutes les espèces de mini crevettes qui nous collaient à la peau par milliers et nous démangeaient quand on nettoyait la coque le matin du départ.

Les poules ont continué leur routine comme si de rien n’était. Comme d’habitude Doudou le coq a chanté à 3h du matin (il est bloqué sur le fuseau horaire du Cap Vert, son pays natal). Le premier jour a été bien actif, nous avons rangé Nomade des Mers, parce qu’après plus d’un mois ancré dans la baie il ressemblait plus à une caravane qu’à un bateau. Pendant cette escale la pièce « magasin » où l’on range le matériel de bricolage a été appelé « la cave », puis « la favela » et enfin « la décharge ». Comme c’est aussi ma cabine, on a décidé de réagir.

Sur les conseils de Jean-Pierre on a semé du blé, de la luzerne, de la roquette, de la tetragone, de la baselle, du pourpier, de la coriandre et du persil. Les dernières semaines je n’ai cultivé quasiment que des blettes, jusqu’à sentir récemment un petit ras-le-bol de l’équipage. Pourtant les blettes ça pousse vite, dans toutes les conditions et toute la plante est comestible. Dommage que le goût ne soit pas meilleur…

On est bien décidés à reprendre en main l’écosystème embarqué, que nous avons un peu trop délaissé avec toutes nos activités à Rio. Nous nous sommes répartis les taches :
– Elina s’occupe de la spiruline et des cultures en terre.
– Hugo gère le compost et les insectes.
– Clément s’occupe du dessalinisateur solaire, la récupération de l’eau de pluie, la gestion du stock de nourriture et de la navigation.
-Je prends soin des poules, de l’hydroponie et de l’électricité.

Les grillons chantent, c’est bon signe. On espère que tout va bien aussi chez vous,

A bientôt,

Corentin.