Fitness

Voilà trois jours que nous sommes arrivés en Afrique du sud. Nous avons atterri au Cap et comme toujours dans ces cas là le changement brusque de rythme nous fait perdre nos bonnes habitudes du bord. Parmi celles-ci les nouvelles journalières. Donc voici un petit résumé des derniers jours.

« Terre en vue ! »

C’est jeudi matin au lever du soleil que nous avons aperçu les côtes de l’Afrique du sud. Cependant, la météo n’était pas pressée de nous faire arriver. A bord nous étions aussi partagés. D’un côté le rythme du bord que nous avions mis en place était bien agréable et nous avions encore beaucoup à faire au niveau de nos objectifs low-tech. Bien de quoi refaire un aller-retour à Rio… De l’autre, l’impatience de découvrir ce que nous réserve l’Afrique du Sud et Cape Town. Les considération d’ordre du confort était aussi présente mais venaient en second. Plusieurs bonnes surprises ont fait basculer la balance du côté de la joie d’arriver. Tout d’abord une belle bonite qui se jette sur notre ligne (seule prise de la traversée). Ensuite quelques Dauphins et surtout un défilé d’otaries! Plus nous approchions et plus le paysage de la montagne de la table se précisait, plus la faune était présente et accueillante. Pour arriver en beauté le vent a fini par se lever et nous avons envoyé le spi. C’est finalement en fin de journée que Louis-Marie nous accueillait aux pontons du centre ville. Dernier clin d’œil à nos âmes d’aventurier, nous sommes voisins de ponton de Mike Horn, grand aventurier sud-africain.

Depuis le programme est simple : remise en forme ! De l’équipage tout d’abord. Ce n’est pas que nous ayons manqué de provisions à bord, mais depuis notre arrivé nous mangeons comme quatre. La douche journalière est une bénédiction, avec eau chaude ! Nous reprenons aussi les footings et les étirements avec plaisir. Remise en forme du bateau aussi, nous comptons faire escale encore 4 jours pour finir de réparer ce que nous ne pouvions pas faire pendant la navigation. C’est aussi l’occasion d’un grand nettoyage bien nécessaire. Côté Low-tech embarquées, le réaménagement de l’hydroponie avait déjà été bien entamé par Corentin. Nous allons maintenant nous atteler à la salle des insectes (objectif : passer de 2 à 5 familles) et au magasin (objectif : avoir un magasin digne de ce nom). Un projet de nouveau poulailler est aussi en réflexion. En parallèle Elina, Hugo et Louis-Marie sont déjà en train de partir à la chasse au low-tech locales qui va les mener vers de nouvelles découvertes…

Clément

Derniers bords

25 octobre 2016 :  Et les étoiles…

Ce sont les compagnonnes de nos nuits. Compagnonnes plutôt infidèles car elles ne se sont pas montrées si souvent. Ces derniers jours nous avons la chance que la Lune se lève tard. Cela nous permet d’observer une riche voute céleste sans aucune pollution lumineuse. Tout d’abord, il y a Orion qui descend de l’hémisphère nord jusqu’ici. Pour nous en l’absence de grande Ours c’est la plus facile à repérer. A partir d’elle c’est tout un nouveau ciel de nuit à explorer : Centaure, Mouche, Compas… et la croix du sud ! La croix du sud est la constellation mythique de cet hémisphère. Elle est constituée de 5 étoiles qui forment une croix et qui sont le pendant de l’étoile polaire pour se repérer de nuit. Ce symbole fort est présent dans tout récit des mers du sud et sert d’emblème sur le drapeau de nombreux pays (Australie, brésil, nouvelle-zélande, Papouasie nouvelle-guinée…). Nous avons mis du temps à la trouver car elle n’est pas visible toute la nuit, mais maintenant c’est une vraie référence.

Clément

26 octobre 201Ca sent la fin…

Plus que 160 milles, c’est-à-dire qu’avec notre moyenne actuelle, dans à peine 32 heures, nous serons arrivés. Alors, heureux ? Oui et non. Oui pour l’Afrique du Sud, pour les nouvelles low-tech, les rencontres, les nouveaux partenaires. Oui aussi pour reprendre contact avec la famille, les copains, les collègues. Oui parce que c’est cool de planter la pioche, d’être sur la terre ferme, de s’assoir à une table et de manger bien chaud avec les mains propres. Et oui pour la douche chaude, le lit bien sec et les vêtements propres. Mais non parce que arriver à terre, c’est ne plus être en mer. Et la mer, c’est sacrément sympa. Être en mer c’est être coupé du monde, coupé du temps. Plus de voitures, plus de train à prendre, plus de rendez-vous, d’internet, de Facebook, plus de télévision, de téléphone, plus de courses à faire, plus d’infos, d’attentats, de hausse du chômage, de crise économique, de guerre et de planète qui court à sa perte.  Être en mer, c’est avoir une paix royale, c’est avoir une vie rythmée par le vent, par les vagues et par les copains à bord. Vivre en mer, c’est se lever le matin et boire son café en terrasse 4 étoiles avec vue sur mer en regardant le soleil se lever. OK, parfois ça bouge trop, c’est humide et il fait froid. Parfois les vagues tapent tellement qu’il est presque impossible de dormir. Souvent on rêve d’un repas chaud, d’une douche chaude, de vêtements propres et secs. Parfois aussi on a l’impression que le temps n’avance pas, que chaque jour ressemble au précédent, que l’océan à perte de vue ne va plus jamais nous laisser entrevoir un morceau de terre. Et pourtant à chaque fois on y retourne, et avec plaisir. Pourquoi ? Parce que, pour tout ça, pour les galères comme pour les plaisirs, la vie est mer c’est drôlement chouette.

Kenavo !

Hugo

Coup de vent d’Histoire-Géo

23 octobre 2016

Après une nuit tumultueuse, avec des vents allant de 45 à 52 nœuds, on se réveille tous fatigués mais tout de même heureux de voir le bateau à peu près en ordre. Cette petite tempête on l’avait bien préparée ! Une fois que le vent fut calmé aux alentours de 10h, on a pu commencer les activités ! En quelques mots aujourd’hui c’est : nouvelle agencement du carré par Corentin, tutoriel du rouet plastique par Hugo, cuisine par Clément dont un crumble aux pommes par moi. La journée s’est terminée sur un exposé sur l’Afrique du Sud.

Tout d’abord, l’Afrique du Sud, c’est une histoire compliquée mêlant les Néerlandais, puis les Anglais qui empiètent le territoire des Zoulous. Si l’Afrique du Sud attire autant de nos jours c’est surtout pour ses innombrables richesses naturelles : l’or (40% des réserves mondiale), le charbon et les diamants. L’apartheid établi par les descendants des Néerlandais en 1934, instaure une séparation géographique, politique et économique des blancs et des noirs. Un grand défenseur de l’égalité des peuples : Nelson Mandela, fut condamné en 1963 puis libéré en 1990, un an avant l’abolition des dernières lois de l’apartheid. Au niveau économique, l’Afrique compte parmi l’une des trois premières puissances économiques du continent Africain. Pourtant on retrouve l’Afrique du Sud qu’au 121ème rang mondial du classement de l’IDH en 2012. Si on devait retenir qu’une phrase de ce pays où nous débarquons bientôt ce serait : un énorme pays, pourvu d’une grande diversité autant naturelle que culturelle, mais où malheureusement les inégalités ethniques sont encore bien marquées.

Elina.

Blettes comme choux !

Nous sommes à quelques jours de l’arrivée à Cape Town. A l’heure où je vous parle la notion de verticalité a de nouveau disparu de notre univers. Nous traversons le dernier coup de vent de l’étape. Nous remontons contre le vent. Dans le monde de la voile on appelle ça « faire du près », nous sommes donc contre les vagues, source de tous nos ennuis. Quand le vent vient du coté on appelle ça « faire du travers », pourtant c’est quand on fait du près que tout va de travers! Bref ce n’est pas pour remettre en question le vocabulaire des marins que je vous écris : nous fêtons les 8 mois d’expédition depuis notre départ de Concarneau ! Le moment de faire un point sur une low-tech dont je m’occupe à bord : la culture hydroponique.

Le principe est simple : la plante pousse dans de l’eau chargée de nutriments et ses racines s’accrochent sur un substrat inerte. Cette méthode de culture nous a attirés car elle économise entre 3 et 10 fois la quantité d’eau nécessaire et permet de cultiver là où la terre est impropre à la culture. Idéal donc pour faire pousser des plantes dans un désert, en ville… ou sur un bateau ! C’est une vieille technique dont on retrouve des traces chez les Égyptiens ou les Aztèques. Elle a aussi été développée par la NASA pour nourrir les cosmonautes, par l’industrie agroalimentaire pour faire pousser nos légumes sous serre, et depuis peu par des amateurs qui font pousser discrètement des plantes vertes dans leurs placards. Mais étonnement, malgré son potentiel pour contrecarrer des carences alimentaires dans certaines zones du monde, nous n’avons pas répertorié de version low-tech intéressante. Une mission pour le Low-Tech Lab !

Nous avons donc installé sur le bateau une serre de 25m². Et depuis 8 mois nos plantes ont connu une vie on ne peut moins végétative…

Phase 1 : La friche
Nous avons commencé par semer un grand nombre d’espèces dans différents systèmes d’hydroponie. Objectif : tester toutes les plantes que Jean-Pierre, notre expert ethno-botaniste, nous a conseillées, afin de sélectionner celles qui répondent le mieux à nos critères : nutritives, entièrement comestibles et à croissance rapide. Mais deux mois plus tard nos plantations ressemblaient à ces misérables plates-bandes qui vivent dangereusement entre les 2 voies d’une autoroute… Conclusion : trop de paramètres en jeu pour nos mains pas encore très vertes, concentrons nous d’abord sur la technique, ensuite sur le choix des plantes.

Phase 2 : La révolution verte
En juin pendant notre escale au Cap Vert, 2 experts nous ont rejoint : Sergio, un maraicher local qui utilise l’hydroponie (car son pays importe la quasi-totalité de ses légumes à cause du manque d’eau), et Thomas, expert de l’entreprise Général Hydroponics Europe, qui nous accompagne depuis plusieurs années. Ensemble nous avons mis au point un système simple et très économique : un tuyau fermé aux extrémités, coupé en 2 dans la longueur, rempli avec des graviers de roche volcanique, de la paille et de la fibre de coco. Nous y avons principalement planté des blettes pour limiter le nombre de paramètres le temps de nous faire la main. Et en quelques semaines la serre a été envahie par la verdure ! La rançon du succès a été de manger des blettes à toutes les sauces. Emballés par ce système, nous avons alors créé un logiciel de suivi nommé « NASA du low-tech » pour mesurer les ressources nécessaires et la productivité. Nous contrôlons le pH et l’électroconductivité de la solution nutritive et pesons ce que nous récoltons et l’arrosage.

Phase 3 : L’envahisseur
En juillet nous avons rencontré au Brésil des passionnés de permaculture. Ils nous ont offert des espèces intéressantes d’un point de vue nutritif, mais catastrophiques d’un autre point de vue… (nous approfondirons ce point dans un prochain article). Les semaines qui ont suivi ont été marquées par une guerre sans relâche contre les pucerons, chenilles et moucherons ! Attaques au napalm bio, traques interminables, menaces et intimidations… Les deux camps ont connu des pertes importantes. Seules les poules sont sorties victorieuses de cette phase (en mangeant les victimes).

Phase 4 : Cradle to Cradle
En août le biofiltre/lombricompost que Thomas nous a installé au Cap Vert était prêt. Le jus produit sentait bon l’humus d’une forêt pleine de champignons après une pluie d’automne. Nous avons alors organisé une compétition entre deux rangées d’amarantes (plante dont le goût est proche des blettes) : la première arrosée par une solution nutritive du commerce et la seconde par notre jus. Cette dernière est très vite devenue jaune, blanche, vert foncé et perdait ses feuilles. On a cru avoir mis au point un herbicide révolutionnaire. Mais après quelques ajustements de pH et de dilution les croissances sont devenues comparables entre les 2 rangées. Une victoire : nous sommes devenus des alchimistes du végétal, capables de transformer des épluchures de carottes en feuilles de blettes !

Phase 5 : L’apocalypse
Nous aurions du nous méfier. Le dicton du jour disait « A la saint-Placide, le verger est vide ». La serre a été dévastée par un coup de vent. Depuis ce jour est classé à l’ordre des grandes extinctions pour le bateau au même titre que celle qui a tué les dinosaures pour la planète.

Phase 6 : Le printemps arable
Cette remise à plat nous a permis de faire un bilan et sortir les premiers chiffres de la NASA du low-tech. Pour chaque m² notre système produit 50 grammes de blettes par jour, ce qui parait pas mal. Par contre il consomme beaucoup plus d’eau que prévu : plus de 5 litres par m² et par jour ! Mais nos experts sont sur le coup, nous sommes en train d’optimiser les systèmes pour limiter l’évaporation, mieux gérer la densité, l’arrosage et la méthode de récolte. Et bientôt on saura faire pousser des blettes dans le désert, un appartement ou sur les océans avec 3 fois rien ! En attendant, ne pas se lasser des blettes, ne pas se lasser des blettes, ne pas se lasser des blettes, ne pas….

Corentin.

Greenwich

Aujourd’hui nous avons passé le méridien de Greenwich et somme dorénavant en longitude Est. Pas de changement apparent à bord, mais c’est l’occasion d’avoir une pensée pour les anciens systèmes de repérage en mer. En effet si aujourd’hui le GPS nous place aisément sur une carte de l’ordinateur de bord, la navigation hauturière n’a pas toujours été aussi simple. Loin des côtes, il n’existe plus de repère terrestre. Il faut se fier au ciel. Le soleil le jour et les étoiles la nuit. Le méridien de Greenwich est la référence zéro qui permet de découper virtuellement la terre en quartier d’orange. Ce sont les longitudes. Complété par le système des latitudes qui découpe la terre par cercles parallèles à l’équateur, nous obtenons un quadrillage qui permet de donner une coordonné à chaque point du globe. La navigation astronomique permet de se positionner sur ce quadrillage grâce à trois outils : Une montre précise, un sextant et les tables de référence des positions du soleil par rapport au méridien de référence de Greenwich. Aujourd’hui ce système qui demande quelques calculs et une bonne pratique pour être précis est trop peu connu des navigateurs que nous sommes. Nous nous contentons des informations du GPS, qui utilise d’ailleurs toujours le découpage du globe en longitude et latitude pour nous positionner.

A bord nous avons repris la marche tranquille vers Le Cap. La météo se montre favorable et nous avançons bien, tout en ayant assez de confort pour pouvoir améliorer le bateau. Les poules semblent reprendre du poil de la bête et nous commençons à espérer revoir des œufs. Corentin s’occupe de réaménager la serre avec un nouveau système d’hydroponie et les différentes avaries du bord semblent durablement solutionnées. Nous commençons à préparer notre arrivée au Cap sans doute fin de semaine prochaine. D’ici là il nous reste encore 800 miles d’océan à faire passer sous nos étraves…

Clément

Homard m’a tuer

Tristan da Cunha est une charmante petite aire de repos sur le périphérique du monde. Ne pas louper la bretelle, c’est la seule entre les sorties Rio et Cape Town. Parfait pour se réapprovisionner en eau douce et patates.

Un volcan de 2000 mètres d’altitude et des falaises tout autour. Sur la côte nord, une plaine un peu vallonnée recouverte d’herbe bien grasse, coupée par quelques ruisseaux et broutée par des centaines de vaches et de moutons. C’est là que les 300 Tristanais ont planté leur village, un clocher, un pub et une épicerie. Ça ressemble au village des hobbits dans le Seigneur des Anneaux. La différence c’est que jamais le méchant Soron ne viendra les déranger avec ses histoires d’anneaux. Difficile d’imaginer plus isolé. Pas d’aéroport, juste un bateau de pêche qui passe à peine une fois par mois. Parmi les quelques voiliers qui passent dans la région, seuls les plus chanceux tombent sur un temps assez calme pour s’ancrer. Autant dire que leur économie ne repose pas sur le tourisme. D’ailleurs je pense que notre passage a marqué le pic de fréquentation touristique de l’année.

Tous justes débarqués on a été reçus par Léo, jeune scientifique français dont le travail est de surveiller les ondes sismiques qui touchent l’île. On a pu déployer nos jambes (sur le bateau on n’a pas du parcourir plus d’1 kilomètre en 17 jours) et il nous a fait découvrir Tristan. Coté low-tech c’est un peu décevant. La gestion de l’énergie, de la nourriture, et des déchets n’est pas très inspirante. Mais c’est passionnant de comprendre comment une communauté si isolée fonctionne (nous allons écrire un article  à ce sujet).

Nous sommes restés 2 jours, puis le vent s’est levé et nous avons du lever l’ancre. Escale mémorable aussi niveau gastronomique. Moi qui fais l’expérience d’être végétarien depuis 4 mois, j’ai du faire une petite entrave. Enfin une grosse… La veille de notre départ était un jour de pêche de homards, spécialité de l’île. Un succès : la meilleure prise de la saison. Erik, qui est comptable-pêcheur-agriculteur-dépeceur de homards nous en a offert une caisse pleine. Plusieurs kilos. Depuis on en mange à toutes les sauces. Comme un sportif qui se dope, j’espère que ça ne se verra pas à la prochaine prise de sang et que Véro, le médecin qui nous suit, n’y verra que du feu…

Tenez bon la barre.

Corentin

Compagnons de route

Depuis notre départ, nous sommes accompagnés de quelques compagnons de route. Les oiseaux sont les plus assidus et les plus nombreux, ils occupent en permanence notre sillage dont ils se décrochent parfois pour venir à l’avant du bateau et se laisser rattraper pendant qu’ils exécutent quelques vols planés à faible distance, comme pour  regarder ce qu’il se passe à bord. Ni mouettes, ni goélands, ce sont des labbes, des océanites, et des albatros. Ce dernier, emblème des mers du sud, a fini par nous faire l’honneur de sa présence après 7 jours de mer. Depuis il  en passe régulièrement à fière allure avec leur envergure de plus de 2m. Les habitants des eaux se montrent moins souvent mais nous avons été accompagné plusieurs jours par des exocets. Quelques un se sont échoués sur le pont. Nous avons aussi eu la surprise d’y ramasser des calamars ! Après un petit temps d’observation nous avons fini par les voir qui sautent à la verticale hors de l’eau comme des fusées. Surement une technique qui tout comme l’exocet lui permet d’échapper à un prédateur. Evidemment retomber sur le pont les mets à la merci des prédateurs que nous sommes. Les calamars sont bon, les exocets sont trop joli, on les relâche…
Côté cétacés nous sommes déçus. Il est juste passé un petit banc de dauphin un matin. Mais ils ne sont pas resté suffisamment pour que tout le monde les voient.
Espérons que le tableau des observations se complète par la suite. Nous essayons d’être attentifs, mais les bricolages, réunions d’équipes et lowtechs nous éloignent souvent des postes d’observation.
Avec Hugo nous prévoyons de pêcher autant par soucis de découverte que pour améliorer le quotidien.
A suivre…

Clément

Du pain et des voeux

Après une pluie accablante ce matin, nous avons enfin vu le soleil cette après-midi ! Pour l’occasion Clément nous a cuisiné un pain pour le goûter ! Quel plaisir d’humer l’odeur du pain chaud, tout juste sorti du cookstove !

Alors comment faire du pain sans four :

Essai n° 1 : Mettre une assiette à l’envers dans une casserole et le pain dessus. L’essai fut décevant, le feu était bien trop fort, le pain n’a pas eu le temps de monter. Niveau gustatif, très bon le pain, avec beurre et confiture, c’était parfait ! De prime, l’assiette est entièrement carbonisée, ce qui lui donne un  côté plus moderne et devient une marque distinctive. Mais l’objectif cuisson n’étant pas atteint, Clément n’a rien lâché, ce soir c’est pizza !

Entre deux plats, les poules se baladent dans le cockpit, l’occasion pour elles comme pour nous de sécher avec le peu de soleil que nous offre la journée.

A la nuit tombée commence l’essai n°2 :
Mettre les braises en dessous, c’est-à-dire dans le compartiment utilisé habituellement pour récupérer les cendres. La pâte, quant à elle, reste au dessus dans une casserole. Le feu est ainsi plus éloigné de votre pâte et logiquement la température moins élevée. La levure a donc le temps de s’activer et votre pâte gonfle d’avantage. Essai réussi ! Quel plaisir de manger bien et surtout chaud ! Merci Clément. C’est en équivoque, le meilleur cuistot à au moins 200 milles à la ronde. C’est-à-dire au moins jusqu’à Tristan !

Côté systèmes low-tech, la diversité de mon potager a été prise en photo sous tous les angles. Prochaine mission : reconnaissance des inconnus du potager. Quant à déjà fameuse « Ora Pro Nobis » dont je vous avais déjà parlé, j’ai pu la repiquer dans un pot plus grand, pour qu’elle puisse prendre ses aises. Les graines germées se portent à merveille et j’essaie d’améliorer le système. D’ailleurs si vous avez des idées, n’hésitez pas à nous en faire part. La spiruline quant à elle, est toujours en stand-by, bien rangée depuis la tempête, elle est difficile d’accès… par contre l’article technique sur celle-ci avance à grand pas !

C’est donc autour d’une pizza que nous terminons cette journée, tout en laissant notre imagination divaguer autour de Tristan da Cunha… Avec à peu près 260 habitants dont un policier, comment s’organisent-ils ?… Dans deux jours environ, nous serons fixés.

Elina

Survivalistes des mers

La réunion hebdomadaire de ce lundi matin était un coup dur. Elle a remué le couteau dans la plaie encore béante laissée par le coup de vent des 5 et 6 octobre. Tristement, à voix grave et solennelle, j’ai relu  les objectifs à atteindre avant l’arrivée en Afrique du Sud, que nous nous étions fixés à la réunion hebdomadaire de lundi dernier. Ils étaient ambitieux :

  • Passer de 60 à 100 plantes dans la serre,
  • Produire une cuillère à café de spiruline / jour,
  • Récolter 10 ml de vers de farine / jour
  • 25cl de graines germées / jour,
  • Faire un poulailler optimisé
  • Un compost qui donne 5 litres de solution nutritive pour l’hydroponie par jour,
  • 2 éoliennes qui alimentent tous les systèmes low-tech,
  • Un dessalinisateur qui donne 1 litre d’eau par jour
  • Installation du nouveau système de capteurs pour le suivi des plantes, de la spiruline et du compost.

Pendant cette énumération, dans la tête de chacun repassaient les images des blettes secouées par les embruns dans le sifflement de la tempête comme dans un film catastrophe américain. Dans les scénarios post-apocalyptiques, c’est le moment où les survivants mesurent les dégâts et l’ampleur du travail qui les attend pour rebâtir leur civilisation. C’est ce moment là de la réunion qu’a choisi un petit grillon pour escalader la jambe d’Hugo, comme pour nous rappeler le chaos qui règne aussi dans le vivarium.

Comme un général qui se prépare à un siège, Clément a ensuite passé en revue les réparations que nous avons faites et les fortifications du bateau. Il a annoncé qu’un nouveau coup de vent était attendu pour demain. Moins fort a priori, mais il faut toujours se méfier. Puis dans un discours mémorable il a su emporter l’équipage et lui redonner pleine confiance. On a perdu une bataille mais pas la guerre. Certes nos objectifs seront difficiles à atteindre, mais on va donner tout ce qu’on a. Et ce qui est sûr, c’est que jamais plus aucune tempête ne posera ses embruns sur nos plantes !

Corentin.