Nomade des Mers (c) Elaine le Floch (GOB)

La Transatlantique

Le 28 juin 2016 le Nomade des Mers a largué les amarres au port de Mindelo au Cap Vert pour mettre le cap sur Recife au Brésil. Récit de la transatlantique.

Un nouvel équipage :

Pour cette transatlantique, l’équipage de départ (Corentin, Pierre-Alain et Elaine) a été rejoint par Arthur (Architecte, frère de Corentin) et Diane (designer proche du projet, spécialisée dans l’innovation Jugaad, où comment faire mieux avec moins grâce à l’ingéniosité collective). Pas de skipper professionnel à bord, C’était donc notre première navigation de cette longueur sans professionnel 

La Navigation :

Nous sommes partis de Mindelo au Cap-vert le 28 Juin pour une traversée de l’Atlantique qui devait durer au départ une douzaine de jours, et qui aura au final duré, 2 fois plus longtemps… 23 jours de mer au total ! Le départ était prometteur, nous avons vite avancé dans les alizés au portant et nous arrivions confiants pour la traversée du pot-au-noir, cette fameuse zone équatoriale redoutée des marins.

pot au noir

Le pot au noir désigne la zone équatoriale ou des masses d’air chaudes et humides convoyées par les alizés perturbent le climat. En mer, cette zone se caractérise par l’alternance de grains (orages et fortes pluies) et de pétole (calme plat). Dans l’atlantique la zone s’étend du Golfe de Guinée au Nord de l’Amérique du Sud.

Quand nous sommes entrés dans le ruban noir il mesurait 60 miles et devait être traversé en 24h, sauf qu’une fois à l’intérieur, il s’est étendu… jusqu’à mesurer 30 miles de large, impossible ensuite pour nous de rattraper la ligne de front. A un jour près de navigation le pot-au-noir nous avait rattrapé pour nous « empétoler » durant presque une semaine. A peine sortis du pot-au-noir, au niveau de l’équateur, nous nous sommes retrouvé au près dans les alizés et avec un courant vers l’est trop fort qui nous empêchait de remonter au vent correctement. Seule solution : tirer de longs bords vers l’est, soit la direction opposée à notre destination. Durant cette période, chaque jour nous revoyions notre date d’arrivée pour la décaler d’un jour. Cette perte de notion du temps était assez désarmante au départ, puis intéressante une fois nos esprits résignés. On ne peut rien contre « mer nature ». Un de nos premier apprentissage de ce voyage fut donc la Patience.

Dans le pot-au-noir on alterne des jours de grains trempés jusqu’aux os et des jours de beau temps et grand calme ou nous pouvons piquer un tête.

Enfin après deux semaines de navigation nous avons retrouvé les alizés et battu des records de vitesse en fonçant vers le Brésil à 8 noeuds. Le principal avantage de cette navigation aura été d’apprendre à mieux connaître notre bateau. Nous avons du être très attentifs aux réglages de voiles. Pour les optimiser, nous avons d’ailleurs du faire sauter une partie de la serre pour dérouler davantage le génois et ainsi améliorer les performances. En plus du technique cette transatlantique fut bien sûr une sacrée expérience humaine pour tout l’équipage : du vivre ensemble (vivre à 5 personne dans 30m² durant 20 jours non stop n’est pas toujours évident), et une bonne déconnexion qui permet de prendre du recul et réfléchir.

Au passage de l’équateur le capitaine déguisé en Poseidon baptise l’équipage et on arrose ça !

Quotidien et nouveautés :

Nous voulions profiter du temps libre de cette navigation pour nous occuper du bateau, le développer. Avec les premières escales intenses en activités nous étions frustrés de ne pas passer assez de temps à enrichir l’écosystème et créer des processus scientifiques plus avancés.
Nous avons commencé par nous organiser en répartissant les tâches à bord : Coco était responsable de l’hydroponie (arrosage et construction de nouveaux racks), Pierre-Alain des nouveaux semis et de l’entretien du zeer pot, Arthur avait pour mission de relancer la culture de spiruline (installée au Maroc, mais qui a souffert de la chaleur sénégalaise), Elaine s’occupait des poules et faisait des relevés sur l’éolienne, Diane était en charge du tri et de la sélection quotidienne d’insectes.

Côté aménagements du bateau, l’équipage n’a pas chômé : ménage du poulailler, fabrication et expérimentation d’un four solaire, construction de nouveaux « champs » hydroponiques, d’un établi en bois, d’une table à carte et d’un boitier électrique low-tech. Ce dernier centralise l’énergie produite par certaines de nos low-tech et la redistribue aux différents systèmes qui ont besoin d’électricité comme les pompes hydroponiques du système GHE (General Hydroponics Europe), la culture de spiruline et le biofiltre grâce à système de microcontrôleur Arduino programmé pour les actionner régulièrement dans la journée. Nous avons aussi conçu un logiciel de collecte des données (consommation et production à bord), paramètres et remarques afin d’analyser ces résultats, améliorer les systèmes et partager cette information avec le grand public.
Un grand pas en avant pour Nomade des Mers !

Bilan :

Grâce à cette première navigation en autarcie, les premières récoltes mais aussi la nécessité de surveiller notre consommation (alimentation, eau, énergie) nous avons commencé à développer une conscience de l’écosystème du bateau et de notre rôle clé pour son fonctionnement. Il est très satisfaisant de récolter les fruits de son travail, et ceux-ci prennent d’autant plus de valeur qu’on doit les consommer avec précaution.
Cette navigation nous a aussi confirmé que le bateau est un environnement sous contrainte idéal pour l’innovation low-tech. On se remue les méninges sans cesse pour créer et réparer avec des matériaux très basiques et sans énergie (donc sans outils électriques) pour accoucher de solutions très simples, accessibles et facilement réparable.

Une magnifique expérience dont Nomade des Mers ressort grandi et l’équipage gonflé à bloc pour relever les nouveaux défis au Brésil !

arrivée à Recife (c) Elaine le Floch (GOB)

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