Un Nazepresso svp !

Le choix de notre mode de cuisson est l’un des plus gros casses têtes à bord de Nomade des Mers.  Tous les jours, comme 3 milliards de personnes dans le monde, nous allumons un feu pour cuisiner. 1 kg de bois a un pouvoir calorifique de plus de 4KWh. D’après mes calculs ce kilo pourrait faire bouillir 43 litres d’eau ! Mais ca c’est la théorie. En pratique aucun des nombreux types de réchauds existants n’arrive à exploiter toute cette énergie.

Au départ de Concarneau on a embarqué à bord un réchaud à pyrolyse. Sur le papier c’est ce qu’il y a de plus efficace. On l’alimentait avec des granulés ou des copeaux de bois. Quand la combustion est lancée c’est un vrai lance flamme. Par contre quand le bois est humide ou un peu trop gros ca produit une fumée épaisse qui envahissait le cockpit au point que j’ai du perdre au moins un poumon pendant cette période. Et puis les équipiers qui avaient l’estomac déjà un peu tendu par la mer avaient du mal à supporter l’odeur de fumée mêlée à celle du poulailler. Du coup quand le repas était finalement prêt il n’y avait plus grand monde à table. On a décidé de changer de système.

Au Sénégal, grâce à l’association Nebedaye, on s’est mis au charbon vert. Ce charbon est fabriqué localement avec de la paille carbonisée. C’est intéressant parce que ca évite de déforester. Seul défaut : impossible de faire des crèpes, ca ne chauffe pas assez fort. Et puis dès l’escale suivante on ne trouvait plus de ce type de charbon. Depuis le Cap Vert on cuisine donc au charbon de bois. Pas très écolo, assez lent à l’allumage et on se colle du noir partout. Pour faire un café il faut environ 40 minutes. Imaginez la pub où George Clooney arrive après 40 minutes, plein de suie, en toussant, retrouver la belle blonde… Il aurait l’air naze. Il faut qu’on trouve autre chose.

Je suis sûr que quelque part ici à Madagascar je vais trouver une nouvelle solution ingénieuse à tester. Voilà mon cahier des charges :
– le feu doit chauffer assez fort pour faire des crèpes
– il doit s’allumer rapidement : max 20 minutes pour faire un café
– je veux garder mon deuxième poumon
– il doit être le plus économe et écolo possible
– le combustible doit être disponible à nos futures escales

L’enquête est sur le feu, je vous tiens au courant.

Corentin

Vie de Mousse

C’est un secret pour personne, je suis le moins expérimenté à bord. C’est vrai que face au curriculum d’Yvon et Corentin peu font le poid, mais avec mes deux uniques aller-retour aux Glénans même les poules ont plus de miles au compteur. C’est donc avec un mélange d’excitation et d’appréhension que je quitte Durban dimanche matin. On m’avait prévenu qu’il fallait deux jours environs pour s’amariner, c’est le cas. Le bateau file à 7 nœuds de moyenne avec un vent de travers sur une mer assez formée. Mes tripes ont tiennent bon, mais impossible de lire, d’écrire ou de me concentrer sur quoique ce soit, alors quand mon quart n’exige pas que je sois sur le pont, je suis dans ma banette, je dors ou j’écoute de la musique. Peu à peu la frustration de ne rien pouvoir faire laisse place au bonheur de gouter à cette oisiveté oubliée depuis mon entrée dans la vie active. La vie à bord est douce, Corentin jongle avec une habileté déconcertante entre bricolage et manœuvres sous le regard d’Yvon, haussant parfois les sourcils face aux méthodes peu orthodoxes du capitaine. Hugo et Elina se croisent au rythme de leur relève de quart et se chamaillent gentiment comme si ils étaient d’une même fratrie.

Depuis mardi ça va beaucoup mieux et l’ex-parisien hyperactif que je suis s’est plié au rythme lent de la navigation. Il faut dire que le vent a refusé (arrive petit à petit de face) tout en mollissant. Nous filons donc maintenant au près (presque face au vent) à 3 nœuds. Un coup de pétole nous même accordé le privilège de piquer une tête au beau milieu de l’océan. Entre temps, les quarts me permettent d’admirer la pleine lune et le soleil du petit matin. C’est précieux de pouvoir laisser son esprit vagabonder pendant deux heures sans interruptions, sans internet, ni facebook.

Nous profitons du temps disponible pour faire le bilan de l’escale en Afrique du Sud : 2 low-tech documentées, 5 présentations dont ont profité 130 personnes, 1 atelier, 1 compétition low-tech sur l’éclairage avec Schneider Electric à Johannesburg, 2 ambassadeurs recruté ainsi qu’une structure relai. On a pas chômé ! Nous commençons également à organiser l’escale suivante : destination Tuléar, ville principale du sud du pays qui dans notre cas porte bien son nom. Il proviendrait d’une phrase répondue par un Malgache à un marin cherchant où accoster : « Toly eroa ! » (Mouillez là-bas !). Nous allons y étudier la spiruline (cette micro-algue très nutritive que Corentin et Elina bichonnent à bord) auprès de l’entreprise Equitalgue et de LA spécialiste de la région, la docteur Vola. Autre particularité du coin, à 37km au sud de la ville vivent les « Vezo », une ethnie de pêcheurs que l’on surnomme les « nomades de la mer », alors forcément, ça attise notre curiosité.

Nous devrions arriver à Tuléar d’ici dimanche, hâte de relancer la machine et de découvrir ce nouveau pays. Mais en attendant je continue à profiter de cette nouvelle vie de mou(sse).

Louis-Marie

Miss monde, omelette et fruits sec

Salut à vous,

Cap sur Madagascar! L’escale à Durban était rapide. Ville pas très sexy. Mis à part le fait que Miss Monde 1959 était Durbanaise, c’est l’un des plus gros ports d’Afrique, 3.5 millions d’habitants, forte criminalité – il ne faut pas s’y risquer la nuit.

Nous avons débarqué Clément, équipier super efficace qui nous a accompagné depuis Rio et à qui on doit nos superbes volets de serre embruns-proof sur charnières inox. Puis nous avons ré-embarqué Elina, Louis-Marie et Hugo après leur tour fructueux à la recherche des low-tech d’Afrique du Sud.

LA nouvelle extraordinaire de la semaine vient du poulailler. Elles pondent à nouveau tous les jours !!! Ce n’était pas arrivé depuis la tempête de l’Atlantique Sud il y a plus d’un mois. Malgré tous nos efforts pour améliorer leurs conditions de vie et de travail, les négos avec le syndicat restaient tendues et stériles. J’avais entendu dire que mettre un oeuf dans le nid les stimulait. Il y a une semaine j’ai donc posé un gros oeuf Sud Africain daté du jour bien en évidence dans le poulailler. De quoi les rendre jalouses. Mais le lendemain il avait été piétiné, le jaune répandu dans la paille. Un signe évident de provocation. Alors pourquoi ce changement brutal? Avec les histoires de ponte il faut remonter 10 jours en arrière, car c’est le moment où l’oeuf commence à se former dans le ventre de la poule. Or 10 jours -jour pour jour- avant ce premier oeuf nous avons célébré l’inauguration du nouveau poulailler téléscopique ! Je peux vous dire que j’en suis très fier, tel une Valérie Damidot de la basse-cour. La paix est donc revenue dans l’équipage. En ce moment nous les faisons participer à une expérience. Nous avons mis un bac dans le poulailler où nous jetons nos déchets organiques. Elles y mangent ce qui leur plait, grattent et remuent le tout et y apportent des fientes. Chaque semaine nous vidons ce contenu dans le compost, pour que les vers et les champignons continuent à dégrader la matière jusqu’à la transformer en délicieux compost. En théorie cette contribution des poules devrait accélérer le compostage et l’enrichir d’azote.

Il y a quelques mois nous avons organisé un challenge low-tech avec l’entreprise Leroy-Merlin. C’est l’équipe « Pimp my Fridge » qui l’avait remporté avec son système de conservation des fruits et légumes. En ce moment nous testons leur déshydrateur solaire. L’idée est de conserver nos fruits et légumes en gardant le maximum de leurs propriétés nutritives. Cette low-tech nous intéresse car on estime que dans le monde 45% des fruits et légumes produits sont perdus! Une des techniques de conservation est de retirer l’eau de l’aliment. Une fois sec, il n’intéresse plus les bactéries, champignons et autres micro-organismes.

Pour ça il y a 2 voies connues :

  • la lyophilisation : il faut congeler l’aliment entre -40 et -80 degrés pour transformer son eau en glace, puis faire passer cette glace directement à l’état gazeux (« sublimation ») à base température. L’aliment devient sec et poreux comme une éponge, il se conserve donc longtemps et se réhydrate vite quand on lui ajoute de l’eau. Mais ce procédé est difficile à reproduire dans notre monde low-tech.
  • le séchage : procédé utilisé depuis toujours, il s’agit de sécher l’aliment entre 35 et 65 degrés pour éliminer le principal de son eau en gardant au maximum ses propriétés nutritives. C’est cette technique qu’a utilisée l’équipe Pimp my Fridge.

Notre déshydrateur est composé de 2 chambres : l’une vitrée et exposée au soleil permet de chauffer l’air, qui passe dans la 2eme chambre où les tranches de fruits et légumes sont étalés sur des grilles, avant de s’évacuer par une ouverture. La semaine dernière je l’ai testé sous un ciel couvert. Echec cuisant (c’est une expression). Mais le soleil est de retour, nous relançons donc les essais avec des tranches de banane, champignons et pommes. Résultats à suivre.

Nous devrions atteindre Madagascar d’ici 3 jours. Nous avons hâte de découvrir cette île qui parait être le pays de la débrouille et du système D!

Vive les low-tech.

Corentin

Poulailler téléscopique & Vagues scélérates

Arrivé à Cape Town, Nomade des Mers n’aurait surement pas passé le contrôle technique. 3 cloisons fissurées, le poulailler branlant, une pièce défoncée à l’avant… On a passé une semaine à bricoler, manger, bricoler, manger… On a maintenant un bateau et un moral taillés pour braver des tempêtes. En plus le fameux skipper Yvon Fauconnier nous a rejoint à bord pour nous guider jusqu’à Madagascar. Et grande nouveauté : un poulailler télescopique. En cas de mauvais temps on peut le refermer comme le nid des marsupilamis. Elles ont même une « sable de bain » flambant neuve (une poule se nettoie dans le sable, on dit qu’elle « s’ébroue »). Elles ont eu la chance de voir des otaries faire des sauts à quelques mètres d’elles. Malgré leur attitude je-m’en-foutiste-rien-ne-m’étonne-depuis-que-j’ai-vu-des-baleines, je pense que cette rencontre les a marquées.

Pour être efficaces dans cette étape rapide en Afrique du Sud nous avons monté la stratégie « Blitzkrieg » : Elina, Louis-Marie et Hugo sont partis par la terre à la découverte des low-tech du pays, pendant qu’avec Yvon et Clément nous faisons le tour par la mer avec le bateau. Rendez-vous à Durban autour du 12 novembre. On a largué les amarres jeudi. Yvon connait bien ce coin qui peut être sportif. C’est ici qu’il y a l’une des plus fortes densités au monde de vagues scélérates. Comme son nom l’indique la vague scélérate n’est pas sympa. Elle est beaucoup plus haute que les autres et très verticale comme un mur d’eau gigantesque. Les conditions qui les font apparaitre sont les vagues croisées, les courants forts et les tempêtes. Ici tous ces paramètres sont souvent rassemblés. Ces scélérates peuvent faire plus de 30 mètres de haut dans les cas extrêmes et des forces pour lesquels même les cargos ne sont pas dimensionnés. De quoi télescoper le nouveau poulailler…

Mais pour l’instant c’est sans encombre que nous avons passé le Cap de Bonne Espérance, puis le Cap des Aiguilles. Bonne Espérance est le plus connu. Après avoir été nommé « cap des tempêtes » il a été renommé pour donner espoir aux marins sur la route des Indes. Mais c’est le Cap des Aiguilles qui est le point le plus Sud de l’Afrique et la séparation entre l’Océan Atlantique et Indien. A nous l’eau chaude et les tropiques, la serre va exploser de verdure !

En attendant nous optimisons les low-tech embarquées : la dernière version de  l’éolienne que nous avons conçue à Dakar tourne à fond (la vidéo tuto sera bientôt en ligne). Les nouveaux systèmes  d’hydroponie sont quasiment prêts à recevoir les plants semés après la tempête. Le nouveau process mis en place pour l’élevage des ténébrions est maintenant bien rodé. Les poules participent à une grande expérience de recherche pour notre compost. Plus de détails dans le prochain épisode….

Corentin

Bienvenue à Yvon !

Notre nouveau skipper a embarqué sur le Nomade des Mers !
Yvon c’est le doyen de l’équipe et forcément un CV à couper le souffle ! Les grandes lignes de son aventure :

  • En 1982, c’est la Route du Rhum, où il est arrivé 8ème avec un petit trimaran de 15 mètres.
  • En 1984, C’est la course Ostar qu’il entreprend, une course transatlantique en solitaire sur le même trimaran.

Bien sûr, de nombreuses autres navigations, en course mais aussi du charter durant 12 ans. En quelques chiffres Yvon c’est :

  • 16 traversées de l’Atlantique
  • 5 traversées du Pacifique
  • 2 traversées de l’Océan Indien.

Sa plus grosse peur en mer :
Une grosse tempête, atteignant 65 nœuds de vent, en solitaire, sur un 40 mètres à trois mats dans l’Atlantique Nord.

Son plus beau souvenir de navigation :
l’Océanie sur un grand bateau !

Ses meilleures lectures :
– La série de romans d’aventure d’Alvaro Mutis.
– Le livre de Joseph Conrad ; Au cœur des ténèbres.

Pourquoi il nous accompagne dans le projet ?
Les prochaines navigations s’annoncent difficiles mais surtout Yvon est convaincu que des transitions écologiques sont indispensables. Ça tombe bien, les nomades aussi ! Et oui, les low-tech répondent à
la fois à un besoin sociétal mais ce sont aussi des solutions aux défis environnementaux. Yvon utilise donc des low-tech chez lui. Il a un compost et un potager qui lui permettent d’être un peu plus autonome face au marché économique.

Transatlantique Sud en images

Fitness

Voilà trois jours que nous sommes arrivés en Afrique du sud. Nous avons atterri au Cap et comme toujours dans ces cas là le changement brusque de rythme nous fait perdre nos bonnes habitudes du bord. Parmi celles-ci les nouvelles journalières. Donc voici un petit résumé des derniers jours.

« Terre en vue ! »

C’est jeudi matin au lever du soleil que nous avons aperçu les côtes de l’Afrique du sud. Cependant, la météo n’était pas pressée de nous faire arriver. A bord nous étions aussi partagés. D’un côté le rythme du bord que nous avions mis en place était bien agréable et nous avions encore beaucoup à faire au niveau de nos objectifs low-tech. Bien de quoi refaire un aller-retour à Rio… De l’autre, l’impatience de découvrir ce que nous réserve l’Afrique du Sud et Cape Town. Les considération d’ordre du confort était aussi présente mais venaient en second. Plusieurs bonnes surprises ont fait basculer la balance du côté de la joie d’arriver. Tout d’abord une belle bonite qui se jette sur notre ligne (seule prise de la traversée). Ensuite quelques Dauphins et surtout un défilé d’otaries! Plus nous approchions et plus le paysage de la montagne de la table se précisait, plus la faune était présente et accueillante. Pour arriver en beauté le vent a fini par se lever et nous avons envoyé le spi. C’est finalement en fin de journée que Louis-Marie nous accueillait aux pontons du centre ville. Dernier clin d’œil à nos âmes d’aventurier, nous sommes voisins de ponton de Mike Horn, grand aventurier sud-africain.

Depuis le programme est simple : remise en forme ! De l’équipage tout d’abord. Ce n’est pas que nous ayons manqué de provisions à bord, mais depuis notre arrivé nous mangeons comme quatre. La douche journalière est une bénédiction, avec eau chaude ! Nous reprenons aussi les footings et les étirements avec plaisir. Remise en forme du bateau aussi, nous comptons faire escale encore 4 jours pour finir de réparer ce que nous ne pouvions pas faire pendant la navigation. C’est aussi l’occasion d’un grand nettoyage bien nécessaire. Côté Low-tech embarquées, le réaménagement de l’hydroponie avait déjà été bien entamé par Corentin. Nous allons maintenant nous atteler à la salle des insectes (objectif : passer de 2 à 5 familles) et au magasin (objectif : avoir un magasin digne de ce nom). Un projet de nouveau poulailler est aussi en réflexion. En parallèle Elina, Hugo et Louis-Marie sont déjà en train de partir à la chasse au low-tech locales qui va les mener vers de nouvelles découvertes…

Clément

Derniers bords

25 octobre 2016 :  Et les étoiles…

Ce sont les compagnonnes de nos nuits. Compagnonnes plutôt infidèles car elles ne se sont pas montrées si souvent. Ces derniers jours nous avons la chance que la Lune se lève tard. Cela nous permet d’observer une riche voute céleste sans aucune pollution lumineuse. Tout d’abord, il y a Orion qui descend de l’hémisphère nord jusqu’ici. Pour nous en l’absence de grande Ours c’est la plus facile à repérer. A partir d’elle c’est tout un nouveau ciel de nuit à explorer : Centaure, Mouche, Compas… et la croix du sud ! La croix du sud est la constellation mythique de cet hémisphère. Elle est constituée de 5 étoiles qui forment une croix et qui sont le pendant de l’étoile polaire pour se repérer de nuit. Ce symbole fort est présent dans tout récit des mers du sud et sert d’emblème sur le drapeau de nombreux pays (Australie, brésil, nouvelle-zélande, Papouasie nouvelle-guinée…). Nous avons mis du temps à la trouver car elle n’est pas visible toute la nuit, mais maintenant c’est une vraie référence.

Clément

26 octobre 201Ca sent la fin…

Plus que 160 milles, c’est-à-dire qu’avec notre moyenne actuelle, dans à peine 32 heures, nous serons arrivés. Alors, heureux ? Oui et non. Oui pour l’Afrique du Sud, pour les nouvelles low-tech, les rencontres, les nouveaux partenaires. Oui aussi pour reprendre contact avec la famille, les copains, les collègues. Oui parce que c’est cool de planter la pioche, d’être sur la terre ferme, de s’assoir à une table et de manger bien chaud avec les mains propres. Et oui pour la douche chaude, le lit bien sec et les vêtements propres. Mais non parce que arriver à terre, c’est ne plus être en mer. Et la mer, c’est sacrément sympa. Être en mer c’est être coupé du monde, coupé du temps. Plus de voitures, plus de train à prendre, plus de rendez-vous, d’internet, de Facebook, plus de télévision, de téléphone, plus de courses à faire, plus d’infos, d’attentats, de hausse du chômage, de crise économique, de guerre et de planète qui court à sa perte.  Être en mer, c’est avoir une paix royale, c’est avoir une vie rythmée par le vent, par les vagues et par les copains à bord. Vivre en mer, c’est se lever le matin et boire son café en terrasse 4 étoiles avec vue sur mer en regardant le soleil se lever. OK, parfois ça bouge trop, c’est humide et il fait froid. Parfois les vagues tapent tellement qu’il est presque impossible de dormir. Souvent on rêve d’un repas chaud, d’une douche chaude, de vêtements propres et secs. Parfois aussi on a l’impression que le temps n’avance pas, que chaque jour ressemble au précédent, que l’océan à perte de vue ne va plus jamais nous laisser entrevoir un morceau de terre. Et pourtant à chaque fois on y retourne, et avec plaisir. Pourquoi ? Parce que, pour tout ça, pour les galères comme pour les plaisirs, la vie est mer c’est drôlement chouette.

Kenavo !

Hugo

Coup de vent d’Histoire-Géo

23 octobre 2016

Après une nuit tumultueuse, avec des vents allant de 45 à 52 nœuds, on se réveille tous fatigués mais tout de même heureux de voir le bateau à peu près en ordre. Cette petite tempête on l’avait bien préparée ! Une fois que le vent fut calmé aux alentours de 10h, on a pu commencer les activités ! En quelques mots aujourd’hui c’est : nouvelle agencement du carré par Corentin, tutoriel du rouet plastique par Hugo, cuisine par Clément dont un crumble aux pommes par moi. La journée s’est terminée sur un exposé sur l’Afrique du Sud.

Tout d’abord, l’Afrique du Sud, c’est une histoire compliquée mêlant les Néerlandais, puis les Anglais qui empiètent le territoire des Zoulous. Si l’Afrique du Sud attire autant de nos jours c’est surtout pour ses innombrables richesses naturelles : l’or (40% des réserves mondiale), le charbon et les diamants. L’apartheid établi par les descendants des Néerlandais en 1934, instaure une séparation géographique, politique et économique des blancs et des noirs. Un grand défenseur de l’égalité des peuples : Nelson Mandela, fut condamné en 1963 puis libéré en 1990, un an avant l’abolition des dernières lois de l’apartheid. Au niveau économique, l’Afrique compte parmi l’une des trois premières puissances économiques du continent Africain. Pourtant on retrouve l’Afrique du Sud qu’au 121ème rang mondial du classement de l’IDH en 2012. Si on devait retenir qu’une phrase de ce pays où nous débarquons bientôt ce serait : un énorme pays, pourvu d’une grande diversité autant naturelle que culturelle, mais où malheureusement les inégalités ethniques sont encore bien marquées.

Elina.

Blettes comme choux !

Nous sommes à quelques jours de l’arrivée à Cape Town. A l’heure où je vous parle la notion de verticalité a de nouveau disparu de notre univers. Nous traversons le dernier coup de vent de l’étape. Nous remontons contre le vent. Dans le monde de la voile on appelle ça « faire du près », nous sommes donc contre les vagues, source de tous nos ennuis. Quand le vent vient du coté on appelle ça « faire du travers », pourtant c’est quand on fait du près que tout va de travers! Bref ce n’est pas pour remettre en question le vocabulaire des marins que je vous écris : nous fêtons les 8 mois d’expédition depuis notre départ de Concarneau ! Le moment de faire un point sur une low-tech dont je m’occupe à bord : la culture hydroponique.

Le principe est simple : la plante pousse dans de l’eau chargée de nutriments et ses racines s’accrochent sur un substrat inerte. Cette méthode de culture nous a attirés car elle économise entre 3 et 10 fois la quantité d’eau nécessaire et permet de cultiver là où la terre est impropre à la culture. Idéal donc pour faire pousser des plantes dans un désert, en ville… ou sur un bateau ! C’est une vieille technique dont on retrouve des traces chez les Égyptiens ou les Aztèques. Elle a aussi été développée par la NASA pour nourrir les cosmonautes, par l’industrie agroalimentaire pour faire pousser nos légumes sous serre, et depuis peu par des amateurs qui font pousser discrètement des plantes vertes dans leurs placards. Mais étonnement, malgré son potentiel pour contrecarrer des carences alimentaires dans certaines zones du monde, nous n’avons pas répertorié de version low-tech intéressante. Une mission pour le Low-Tech Lab !

Nous avons donc installé sur le bateau une serre de 25m². Et depuis 8 mois nos plantes ont connu une vie on ne peut moins végétative…

Phase 1 : La friche
Nous avons commencé par semer un grand nombre d’espèces dans différents systèmes d’hydroponie. Objectif : tester toutes les plantes que Jean-Pierre, notre expert ethno-botaniste, nous a conseillées, afin de sélectionner celles qui répondent le mieux à nos critères : nutritives, entièrement comestibles et à croissance rapide. Mais deux mois plus tard nos plantations ressemblaient à ces misérables plates-bandes qui vivent dangereusement entre les 2 voies d’une autoroute… Conclusion : trop de paramètres en jeu pour nos mains pas encore très vertes, concentrons nous d’abord sur la technique, ensuite sur le choix des plantes.

Phase 2 : La révolution verte
En juin pendant notre escale au Cap Vert, 2 experts nous ont rejoint : Sergio, un maraicher local qui utilise l’hydroponie (car son pays importe la quasi-totalité de ses légumes à cause du manque d’eau), et Thomas, expert de l’entreprise Général Hydroponics Europe, qui nous accompagne depuis plusieurs années. Ensemble nous avons mis au point un système simple et très économique : un tuyau fermé aux extrémités, coupé en 2 dans la longueur, rempli avec des graviers de roche volcanique, de la paille et de la fibre de coco. Nous y avons principalement planté des blettes pour limiter le nombre de paramètres le temps de nous faire la main. Et en quelques semaines la serre a été envahie par la verdure ! La rançon du succès a été de manger des blettes à toutes les sauces. Emballés par ce système, nous avons alors créé un logiciel de suivi nommé « NASA du low-tech » pour mesurer les ressources nécessaires et la productivité. Nous contrôlons le pH et l’électroconductivité de la solution nutritive et pesons ce que nous récoltons et l’arrosage.

Phase 3 : L’envahisseur
En juillet nous avons rencontré au Brésil des passionnés de permaculture. Ils nous ont offert des espèces intéressantes d’un point de vue nutritif, mais catastrophiques d’un autre point de vue… (nous approfondirons ce point dans un prochain article). Les semaines qui ont suivi ont été marquées par une guerre sans relâche contre les pucerons, chenilles et moucherons ! Attaques au napalm bio, traques interminables, menaces et intimidations… Les deux camps ont connu des pertes importantes. Seules les poules sont sorties victorieuses de cette phase (en mangeant les victimes).

Phase 4 : Cradle to Cradle
En août le biofiltre/lombricompost que Thomas nous a installé au Cap Vert était prêt. Le jus produit sentait bon l’humus d’une forêt pleine de champignons après une pluie d’automne. Nous avons alors organisé une compétition entre deux rangées d’amarantes (plante dont le goût est proche des blettes) : la première arrosée par une solution nutritive du commerce et la seconde par notre jus. Cette dernière est très vite devenue jaune, blanche, vert foncé et perdait ses feuilles. On a cru avoir mis au point un herbicide révolutionnaire. Mais après quelques ajustements de pH et de dilution les croissances sont devenues comparables entre les 2 rangées. Une victoire : nous sommes devenus des alchimistes du végétal, capables de transformer des épluchures de carottes en feuilles de blettes !

Phase 5 : L’apocalypse
Nous aurions du nous méfier. Le dicton du jour disait « A la saint-Placide, le verger est vide ». La serre a été dévastée par un coup de vent. Depuis ce jour est classé à l’ordre des grandes extinctions pour le bateau au même titre que celle qui a tué les dinosaures pour la planète.

Phase 6 : Le printemps arable
Cette remise à plat nous a permis de faire un bilan et sortir les premiers chiffres de la NASA du low-tech. Pour chaque m² notre système produit 50 grammes de blettes par jour, ce qui parait pas mal. Par contre il consomme beaucoup plus d’eau que prévu : plus de 5 litres par m² et par jour ! Mais nos experts sont sur le coup, nous sommes en train d’optimiser les systèmes pour limiter l’évaporation, mieux gérer la densité, l’arrosage et la méthode de récolte. Et bientôt on saura faire pousser des blettes dans le désert, un appartement ou sur les océans avec 3 fois rien ! En attendant, ne pas se lasser des blettes, ne pas se lasser des blettes, ne pas se lasser des blettes, ne pas….

Corentin.