De l’eau devant l’etrave

Bom dia,

On est partis de la baie de Rio mercredi matin, direction l’Afrique du Sud ! Cette étape sera plus longue que les précédentes : 3300 miles nautiques (environ 6000 kilomètres). Nous avons hésité à décaler le départ parce que les prévisions donnaient un vent faible. Finalement le vent est bon et nous permet de faire cap quasi direct à une vitesse de 6 nœuds. Nous communiquons avec Bernard [Van den Broek, notre routeur] et Gwéno [Gwénolé Gahinet, skipper et ami] pour le routage. Nous prévoyons de naviguer environ 30 jours avec, si le temps le permet, une escale à Tristan Da Cunha, l’île la plus isolée du monde! Pendant les premières 24h nous avons croisé pas mal de cargos et bateaux de pêche, mais maintenant plus rien, juste de l’eau, le ciel et cette grande ligne qui fait tout le tour.

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On part avec de bons souvenirs de Rio : un élevage de grillons offert par Casé [de l’Associação Brasileira dos Criadores de Insetos], une statuette du Corcovado faite avec des déchets de bouteilles plastique recyclés par la presse low-tech de Bruno [Vidéo], un système de tri des déchets inspiré par Silvia [du CLIN, entreprise de récupération des déchets de Niteroi], des capteurs pour suivre la température, le pH et l’électroconductivité des plantes grâce à Cosme [professeur au Projet Grael], un gros stock de fejaos (les haricots rouges locaux), le plein d’idées et du matériel pour fabriquer de nouvelles low-tech. Le mauvais souvenir, c’est toutes les espèces de mini crevettes qui nous collaient à la peau par milliers et nous démangeaient quand on nettoyait la coque le matin du départ.

Les poules ont continué leur routine comme si de rien n’était. Comme d’habitude Doudou le coq a chanté à 3h du matin (il est bloqué sur le fuseau horaire du Cap Vert, son pays natal). Le premier jour a été bien actif, nous avons rangé Nomade des Mers, parce qu’après plus d’un mois ancré dans la baie il ressemblait plus à une caravane qu’à un bateau. Pendant cette escale la pièce « magasin » où l’on range le matériel de bricolage a été appelé « la cave », puis « la favela » et enfin « la décharge ». Comme c’est aussi ma cabine, on a décidé de réagir.

Sur les conseils de Jean-Pierre on a semé du blé, de la luzerne, de la roquette, de la tetragone, de la baselle, du pourpier, de la coriandre et du persil. Les dernières semaines je n’ai cultivé quasiment que des blettes, jusqu’à sentir récemment un petit ras-le-bol de l’équipage. Pourtant les blettes ça pousse vite, dans toutes les conditions et toute la plante est comestible. Dommage que le goût ne soit pas meilleur…

On est bien décidés à reprendre en main l’écosystème embarqué, que nous avons un peu trop délaissé avec toutes nos activités à Rio. Nous nous sommes répartis les taches :
– Elina s’occupe de la spiruline et des cultures en terre.
– Hugo gère le compost et les insectes.
– Clément s’occupe du dessalinisateur solaire, la récupération de l’eau de pluie, la gestion du stock de nourriture et de la navigation.
-Je prends soin des poules, de l’hydroponie et de l’électricité.

Les grillons chantent, c’est bon signe. On espère que tout va bien aussi chez vous,

A bientôt,

Corentin.

ESCALE A RECIFE au Serta, le paradis des low-tech !

“Les technologies ont une âme” Sebastiao Alves

Enfin arrivés au Brésil, après 3 semaines de navigation, le premier pied à terre est savoureux, saveur Caïpirihna au Brésil !

Nomade des Mers au Cabanga Iate Clube (c) Elaine le Floch (GOB)

Tout juste le temps de nous remettre de nos émotions et nous avons été très chaleureusement accueillis par le Cabanga Iate Clube (une des marinas de Récife) et les équipes du SERTA (Servicio de Technologie Alternativa) qui nous ont vite emmenés visiter leurs locaux à Ibimirim (5h de route de Récife vers l’Est, dans la campagne aride du Sertao) et à Gloria Do Goita. Deux paradis des low-tech et bien plus que ça…

Le SERTA est un centre de formation à l’agro-écologie et à la permaculture. Grâce à des subventions  les étudiants peuvent suivre gratuitement un an de cours, à raison d’une semaine par mois, pour se former à ses techniques et mûrir un projet. Les étudiants sont de tout âges et de tout horizons : des citadins en reconversion au agriculteurs qui veulent sortir du système de production « toxique » habituel.
La permaculture est une méthode de conception d’écosystèmes pour les habitats humains ou les exploitations agricoles en s’inspirant de la nature et de ses équilibres. Ainsi il n’y a pas une technique en particulier mais il s’agit plutôt d’un mode d’action qui s’adapte à chaque territoire et ses contraintes.

La Permaculture :

Les 5 zones

Zones de permaculture

L’une des méthodes de conception d’un espace de permaculture autonome qui revient souvent est la théorie des 5 zones, dont l’organisation (ici représentée par des cercles concentriques) est en fait très flexible et adaptable aux environnements et besoins de chacun.
– La maison est la zone 0.
– Autour, la zone 1 est celle où l’on produit ce qui demande une attention quotidienne (lapins, légumes, arbustes fruitiers, plantes médicinales, compost, biogaz),
– La zone 2 est dédiée à l’élevage (poules, cochons), aux ruches, aux légumes à cycle longs et aux arbres fruitiers qui demandent d’être irrigués,
– La zone 3 est celle de l’agriculture et du cheptel (vaches, moutons), – La zone 4 est une zone en partie administrée par l’Homme mais qui reste sauvage où l’on pourra récolter du bois et des baies sauvages.
– La 5ème zone est laissée complètement naturelle, l’Homme ne doit pas y intervenir, il peut simplement y aller pour se ressourcer et observer.

Rien ne se perd :

Un autre grand principe de la permaculture est la notion d’écosystème, de cycle naturel où tout à un rôle, rien ne se perd. Les déchets organiques sont par exemples des ressources précieuses pour faire du compost (grâce à un lombricompost) ou du biogaz. Les excréments de cochons ou vaches sont en effet récupérés pour être mis à fermenter afin d’en extraire le méthane qui est ensuite utilisé comme combustible pour cuisiner. Le surplus sert ensuite d’engrais pour les plantes.

A l’école du SERTA

Conduit par trois grandes figures, Abdalaziz de Moura le philosophe, Roberto (Antonio Roberto Fereira) et Sebstiao (Sebastiao Alves), les inventeurs géniaux et professeurs, le SERTA développe une pédagogie très spéciale, où chacun apprend par lui-même et librement. Après une dizaine de jours ensemble nous comprenons que bien plus qu’un centre de formation, le SERTA a une vision et une mission beaucoup plus vaste.

Par la permaculture, ils cherchent à répandre un modèle de développement d’écosystèmes cohérents, en intelligence avec la nature et les besoins humains. Toutes les technologies doivent donc s’inscrire dans un contexte qui justifiera leur pertinence. 

Le développement de tels écosystèmes nécessitant un niveau conscience et de convictions fort, le rôle du SERTA est donc d’ aider les élèves à trouver par eux-mêmes des réponses à leurs questionnements. Plus que des connaissances ou des solutions techniques il s’agit surtout de se trouver soi-même et comprendre ses valeurs, ses choix de vie pour le futur.

De grands moments de partage !

A Gloria Do Goita l’équipe a animé un atelier de construction d’éolienne low-tech à partir modèle inventé au Sénégal. Les étudiants ont été très impliqués dans la construction de cette low-tech qui, comme on nous l’a expliqué, pourrait aussi trouver son utilité ici pour électrifier des habitations rurales ou, plus original, pour éclairer les chantiers de réhabilitation agricole qu’entreprend la mairie.

Samedi, les deux professeurs du SERTA, Roberto et Sebastiao sont venus visiter le bateau. Ils nous ont complimentés, mais en bons professeurs aussi beaucoup critiqués. Des conseils très instructifs, nous avons du pain sur la planche…

Nous avons appris que :

  • Même si nos poules vont bien, il faut améliorer leur poulailler pour qu’elles soient vraiment heureuses : construire une vraie zone de loisirs et surtout mettre de la paille pour répondre à leur besoin vital n°3 après manger et boire : se gratter.
  • Nous pourrions améliorer le design de nos pales d’éoliennes low-tech (pour l’instant faite de tubes PVC coupés en biseau). le SERTA a une technique pour ça.
  • Il faudrait améliorer la serre.
    Comme l’a dit Roberto :
    “Il fait trop lourd ici pour moi. Et si nous humains ne nous sentons pas bien dans un endroit, les plantes non plus, c’est simple!”
    Il faut donc mieux ventiler et assombrir avec un tissu noir maillé comme on met dans toutes les serres ici. C’est qu’on est plus en Bretagne !
  • Le choux est beau mais beaucoup trop exigent en minéraux. Il cannibalise les autres plantes. Il faudrait l’enlever et le remplacer par quelque chose de plus “rustique”, moins consommateur. (Ce sera au grand désespoir des poules car c’est leur friandise préférée…)
  • Il faut que nous expérimentions les graines germées de haricots pour l’alimentation. On est dans le bon pays pour ça ! Le fameux feijao (dont il existe tant de variétés) peut germer en quelques jours et offrir une nourriture très riche.

En parallèle de nos activités avec le SERTA nous avons rencontré Ginaldo, qui développe l’elevage d’insectes comestibles au Brésil. L’usage est plus destiné à l’alimentation animale pour l’instant mais il espère bien  conquérir le cœur et le palais des brésiliens !

Les Low-Tech font leur show

Dimanche 1er Août : branle-bas de combat!

A l’occasion de la venue du Nomade des Mers et du 27ème anniversaire du SERTA, une grande exposition sur les low-tech dans a été organisée dans le centre ville à l’occasion de la Mostra de Récife (tous les premier dimanche du mois le centre ville est fermé au voiture et accueille des artisans et projets de la région). Nomade des Mers s’est retrouvé arrimé à « Marco Zero », au coeur de la ville, pour accueillir plus de 200 visiteurs. Les étudiants du SERTA nous ont beaucoup aidé pour animer les visites guidées en brésiliens, encore un immense merci à eux tous !

Nous serions bien restés un peu plus ici mais nous devons déjà repartir pour notre prochaine escale à Rio. La météo de la suite de l’expédition nous presse.

Avant de partir nous voulons redire encore nos immenses remerciements au SERTA, ses professeurs et étudiants, au Yacht Club du Cabanga, et surtout à Laurent B, Noël et Johanna pour leur accueil et leur aide si précieuse ! Comme on dit ici : Abraços!

Marco Zero 3 (c) Elaine le Floch (GOB)

La Transatlantique

Le 28 juin 2016 le Nomade des Mers a largué les amarres au port de Mindelo au Cap Vert pour mettre le cap sur Recife au Brésil. Récit de la transatlantique.

Un nouvel équipage :

Pour cette transatlantique, l’équipage de départ (Corentin, Pierre-Alain et Elaine) a été rejoint par Arthur (Architecte, frère de Corentin) et Diane (designer proche du projet, spécialisée dans l’innovation Jugaad, où comment faire mieux avec moins grâce à l’ingéniosité collective). Pas de skipper professionnel à bord, C’était donc notre première navigation de cette longueur sans professionnel 

La Navigation :

Nous sommes partis de Mindelo au Cap-vert le 28 Juin pour une traversée de l’Atlantique qui devait durer au départ une douzaine de jours, et qui aura au final duré, 2 fois plus longtemps… 23 jours de mer au total ! Le départ était prometteur, nous avons vite avancé dans les alizés au portant et nous arrivions confiants pour la traversée du pot-au-noir, cette fameuse zone équatoriale redoutée des marins.

pot au noir

Le pot au noir désigne la zone équatoriale ou des masses d’air chaudes et humides convoyées par les alizés perturbent le climat. En mer, cette zone se caractérise par l’alternance de grains (orages et fortes pluies) et de pétole (calme plat). Dans l’atlantique la zone s’étend du Golfe de Guinée au Nord de l’Amérique du Sud.

Quand nous sommes entrés dans le ruban noir il mesurait 60 miles et devait être traversé en 24h, sauf qu’une fois à l’intérieur, il s’est étendu… jusqu’à mesurer 30 miles de large, impossible ensuite pour nous de rattraper la ligne de front. A un jour près de navigation le pot-au-noir nous avait rattrapé pour nous « empétoler » durant presque une semaine. A peine sortis du pot-au-noir, au niveau de l’équateur, nous nous sommes retrouvé au près dans les alizés et avec un courant vers l’est trop fort qui nous empêchait de remonter au vent correctement. Seule solution : tirer de longs bords vers l’est, soit la direction opposée à notre destination. Durant cette période, chaque jour nous revoyions notre date d’arrivée pour la décaler d’un jour. Cette perte de notion du temps était assez désarmante au départ, puis intéressante une fois nos esprits résignés. On ne peut rien contre « mer nature ». Un de nos premier apprentissage de ce voyage fut donc la Patience.

Dans le pot-au-noir on alterne des jours de grains trempés jusqu’aux os et des jours de beau temps et grand calme ou nous pouvons piquer un tête.

Enfin après deux semaines de navigation nous avons retrouvé les alizés et battu des records de vitesse en fonçant vers le Brésil à 8 noeuds. Le principal avantage de cette navigation aura été d’apprendre à mieux connaître notre bateau. Nous avons du être très attentifs aux réglages de voiles. Pour les optimiser, nous avons d’ailleurs du faire sauter une partie de la serre pour dérouler davantage le génois et ainsi améliorer les performances. En plus du technique cette transatlantique fut bien sûr une sacrée expérience humaine pour tout l’équipage : du vivre ensemble (vivre à 5 personne dans 30m² durant 20 jours non stop n’est pas toujours évident), et une bonne déconnexion qui permet de prendre du recul et réfléchir.

Au passage de l’équateur le capitaine déguisé en Poseidon baptise l’équipage et on arrose ça !

Quotidien et nouveautés :

Nous voulions profiter du temps libre de cette navigation pour nous occuper du bateau, le développer. Avec les premières escales intenses en activités nous étions frustrés de ne pas passer assez de temps à enrichir l’écosystème et créer des processus scientifiques plus avancés.
Nous avons commencé par nous organiser en répartissant les tâches à bord : Coco était responsable de l’hydroponie (arrosage et construction de nouveaux racks), Pierre-Alain des nouveaux semis et de l’entretien du zeer pot, Arthur avait pour mission de relancer la culture de spiruline (installée au Maroc, mais qui a souffert de la chaleur sénégalaise), Elaine s’occupait des poules et faisait des relevés sur l’éolienne, Diane était en charge du tri et de la sélection quotidienne d’insectes.

Côté aménagements du bateau, l’équipage n’a pas chômé : ménage du poulailler, fabrication et expérimentation d’un four solaire, construction de nouveaux « champs » hydroponiques, d’un établi en bois, d’une table à carte et d’un boitier électrique low-tech. Ce dernier centralise l’énergie produite par certaines de nos low-tech et la redistribue aux différents systèmes qui ont besoin d’électricité comme les pompes hydroponiques du système GHE (General Hydroponics Europe), la culture de spiruline et le biofiltre grâce à système de microcontrôleur Arduino programmé pour les actionner régulièrement dans la journée. Nous avons aussi conçu un logiciel de collecte des données (consommation et production à bord), paramètres et remarques afin d’analyser ces résultats, améliorer les systèmes et partager cette information avec le grand public.
Un grand pas en avant pour Nomade des Mers !

Bilan :

Grâce à cette première navigation en autarcie, les premières récoltes mais aussi la nécessité de surveiller notre consommation (alimentation, eau, énergie) nous avons commencé à développer une conscience de l’écosystème du bateau et de notre rôle clé pour son fonctionnement. Il est très satisfaisant de récolter les fruits de son travail, et ceux-ci prennent d’autant plus de valeur qu’on doit les consommer avec précaution.
Cette navigation nous a aussi confirmé que le bateau est un environnement sous contrainte idéal pour l’innovation low-tech. On se remue les méninges sans cesse pour créer et réparer avec des matériaux très basiques et sans énergie (donc sans outils électriques) pour accoucher de solutions très simples, accessibles et facilement réparable.

Une magnifique expérience dont Nomade des Mers ressort grandi et l’équipage gonflé à bloc pour relever les nouveaux défis au Brésil !

arrivée à Recife (c) Elaine le Floch (GOB)

Escale au Cap Vert : Cap sur l’hydroponie et la bioponie.

Nomade des Mers à Tarrafal

Nomade des Mers au mouillage dans la baie de Tarrafal, au Nord le l‘île de Santiago.

Dès l’arrivée en bateau près des côtes on est marqué par le paysage. Le Cap “Vert” est en fait couleur terre, montagneux et très sec ! Ici il ne pleut que 2 mois par an et ces terres de volcans, escarpées et rocailleuses ne laissent pas beaucoup de place à la verdure. C’est d’ailleurs ce qui rend l’agriculture très compliquée. Au Cap-Vert, seules 10% des terres sont cultivables et le pays est obligé d’importer 82% de ses denrées alimentaires.

Cap Vert

Comme bien souvent la contrainte pousse à la créativité. Depuis 20 ans les agriculteurs se mettent par exemple à l’agriculture en “goutte-à-goutte” qui a permis de valoriser de nombreux nouveaux terrains agricoles, produire de nouvelles variétés et représente désormais près de 50% de l’agriculture du pays.

Plus récemment, une autre innovation a émergé, la culture hors-sol ou hydroponie qui permet de cultiver sans terre et avec un minimum d’eau.Cette nouvelle technique, déjà utilisée industriellement dans de nombreux pays est intéressante pour le pays, comme le prouve L’INIDA (Instituto Nacional de Investigação e Desenvolvimento Agrário) centre de recherche agricole du Cap-Vert que nous avons rencontré.

Visite des serres de l’INIDA.
Dans de grandes serres les ingénieurs étudient la pousse des plantes avec différents engrais et créent des variétés résistantes et stables.

Mais le précurseur en matière d’hydroponie au Cap-vert, c’est surtout Sergio Monteiro Roque, entrepreneur hydroponique low-tech avec qui nous sommes venu travailler !

L’hydroponie populaire de Sergio Monteiro Roque

A Sao Domingo, Sergio exploite déjà 6 serres pour produire les salades qu’il fournit aux hôtels de Praïa.

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Serre de culture hors-sol de Sergio Monteiro Roque

De parents Cap-verdiens mais étant né au Brésil, Sergio a décidé de ramener cette technologie au pays dans ses valises il y a 15 ans. Quelques financements étatiques et internationaux (FAO, BAD) lui ont permis de créer les premières serres, sans sophistication mais efficace. Pour l’instant, Sergio cultives de la salade, des herbes aromatiques et des fraises qui intéressent surtout les hotêls. Ses productions sont un peu plus chère que celles en terre mais plus qualitatives.

En plus de développer son activité, Sergio est aussi formateur en hydroponie pour les agriculteurs qui souhaitent passer à ce système.

Le souhait de Sergio est de développer une hydroponie “populaire”, accessible aux petits producteurs. Chez Sergio, pas de système d’arrosage automatique par exemple, c’est avec l’arrosoir à l’ancienne !

Dans un système hydroponique, les plantes poussent dans des bacs sur un substrat (mélange de terre volcanique au fond et tourbe au-dessus) qui sert juste à ce que leurs racines puissent s’accrocher. Les nutriments (minéraux) sont apportés dans l’eau avec laquelle les plantes sont arrosées. L’eau en trop est récupérée pour un prochain arrosage ce qui permet au final à Sergio d’utiliser trois fois moins d’eau que la culture en terre tout en nécessitant un espace plus restreint. Sergio assure également que la pousse en hydroponie est beaucoup plus efficace, 45 jours pour faire pousser les salades au lieu de 60 jours en terre.

Sergio nous a installé un système low-tech à bord !

Dans le cockpit à l’arrière, le système est aussi très simple : des demi tubes PVC remplis du même substrat que dans les serres de Sergio : tourbe au-dessus et roche volcanique en dessous pour laisser s’écouler l’eau. Pour l’instant nous avons planté des salades et du persil mais dès que possible il faudra les remplacer par des légumes feuilles qui contiennent plus de nutriments et sont plus intéressant pour notre alimentation et l’autonomie. Aussi, nous allons essayer de trouver un autre substrat que la tourbe qui est une matière organique fossile peu renouvelable.

Nous avons hâte de voir tout ça pousser, et surtout de les déguster !

En venant au Cap-Vert nous avions deux objectifs : installer un système hydroponique low-tech mais aussi savoir s’il était possible de fabriquer des engrais pour hydroponie entièrement faits-bateau… la réponse est oui !

Le biofiltre pour des engrais 100% à base de matières organiques

Thomas Blangille est passioné d’hydroponie mais surtout de bioponie (concept de William Texier, contraction d’hydroponie et de biologique). Il travaille pour General Hydroponics, notre entreprise partenaire.

Thomas Blangille

Thomas nous a appris à construire un “biofiltre” c’est à dire une technologie capable de faire de l’engrais qu’on peut utiliser en hydroponie. Cette solution qui permet de produire des engrais à base de déchets organiques est intéressante car elle permet de remplacer les engrais de type “minéraux” habituellement utilisés pour l’hydroponie et qui proviennent de mines et sont donc non renouvelables (phosphore, soufre).

Le biofiltre est un genre un lombricompost amélioré, démonstration :

Dans la couche supérieure un lombricompost produit un jus de compost qui passe dans un second niveau où il est digéré par un champignon (trichoderma).
De l’eau venant de l’étage du bas est remontée grâce à une petite pompe (branchée sur notre éolienne low-tech) et lessive le mélange pour obtenir une solution d’engrais minéraux assimilables par les plantes en hydroponie.

Tous ces systèmes sont en route mais on ne sait pas encore ce qu’ils vont donner, pour savoir en temps réel ou nous communiquer vos idées, suivez nous ici ou sur Facebook !

Escale à Toubacouta, fabrication de charbon vert anti-déforestation avec Nebeday.

Après une riche escale à Dakar nous avons repris la mer vers le Sud puis le bolong du Saloum pour nous enfoncer au coeur du Sénégal, jusqu’à Toubacouta. Une navigation très agréable au milieu de la mangrove et tout ses oiseaux…

ndm sur l'eauNomade des Mers entre dans le delta du Saloum

Ici, nous sommes venus rencontrer l’association Nebedaye qui travaille, entre autres, sur la fabrication de charbon vert à base de paille pour remplacer le charbon de bois dont la fabrication est responsable d’une grande partie de la déforestation, au Sénégal comme dans le monde.

Au Sénégal, on déforeste l’équivalent de 300 terrains de football par jour, principalement pour faire du bois de chauffe puis des terrains agricoles avec des conséquences directes sur la biodiversité, le climat et la vie des villages environnants.

Jean Goepp, fondateur de l’association Nebedaye

 

Rencontre avec l’association Nebedaye

Nebeday mène plusieurs programmes pour protéger l’environnement local, toujours en collaboration avec les habitants de la région : protection de forêt à gestion communautaire, opréations de reforestation (opération 100 000 arbres qui débute en Juin), revalorisation de variétés locales comme le morenga aux grandes qualités nutrtionnelles, et développement du charbon vert (ou biocharbon). C’est cette dernière innovation, à fort pententiel économique, social et écologique que nous sommes venus étudier !

Programme Charbon Vert

Toute cette affaire est très bien organisée. Le charbon vert est produit en village et vendu en ville, là où le charbon est le plus consommé.

Les acteurs de sa tranformation et vente sont principalement des femmes, organisées en GIE (groupement d’intérêt économique). Un peu comme une coopérative cette organisation permet de mutualiser les coûts et les recettes. En général, les femmes font partie de plusieurs groupements (fabrication de produits d’hygiène comme les huiles ou savons, récolte de légumes, transformation de moringa) ce qui permet de limiter les variations de revenus liées à la saisonnalité et aussi d’organiser la vie autour des activités quotidiennes de manière plus flexible.

Cuisine au charbon vert : plus lent mais plus sûr.
Cuisine au charbon vert : plus lent mais plus sûr.

Les femmes de la filière consomme toutes le charbon qu’elles produisent. Cependant, comme avec toute innovation de ce genre, l’activité de vente met un peu de temps à décoler car le charbon vert est une nouvelle habitude à prendre pour les consommatrices.

Témoignage du GIE de Kaolack :
« Moins calorifique que le charbon de bois, il faut l’apprivoiser pour qu’il fonctionne bien. L’avantage du charbon vert en revanche et qu’il dure plus longtemps, revient un peu moins cher, ne risque pas d’exploser à la cuisson et surtout, permet de sauver un peu la forêt ! »

Étapes de fabrication du charbon vert :

1. Récolte de la paille dans les champs.

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2. La paille est mise dans des fûts en métal pour être carbonisée.

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3. Le feu est mis dans le tonneau puis celui-ci est refermé et bouché avec du sable mouillé pour créer une combustion sans oxygène.

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4. Le poussier est mélangé à de l’eau argileuse puis mis à sécher.

5. Arrivé en ville, le poussier est de nouveau mélangé à de l’eau de manière à former une pâte qui pourra être pressée.

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6. La pâte de charbon est pressée manuellement puis empaquetée pour être vendue.

Nous avons fait l’acquisition d’un réchaud à charbon pour la cuisine à bord et espérons prochainement faire notre propre production de charbon vert. Nous vous tiendrons informés 😉

Cinecyclo : Makers entrepreneurs

Des génératrices Made in Sénégal pour du cinéma itinérant à vélo.

Nous sommes arrivés à Dakar le 10 avril pour travailler avec les makers de Dakar sur la construction d’une éolienne en matériaux locaux et de récupération. Deux semaines d’ateliers de bricolages intenses et productifs !

Les ateliers prennent place dans le cadre du Festival AFROPIXEL#5 créé par l’association Ker-Thiossäne (voir articles 1 & 2)

Alors que nous bloquons sur un point technique (impossible ici de trouver des aimants assez puissants pour fabriquer une génératrice) on nous recommande de rencontrer les gars d’un projet local « Cinécyclo » apparemment experts de la question des génératrices de récup….

C’est parti ! Avec Pierre Alain, nous nous sommes rendus à la rencontre de Cédric (Chargé de développement du projet) et Iba (cofondateur et ingénieur en chef) à l’atelier de ce dernier.

CineCyclo, une équipe de jeunes qui fabriquent des vélos générateurs d’électricité avec lesquels ils partent faire des projections de films dans tout le Sénégal.

Après avoir discuté quelques minutes avec Pierre Alain (et lui avoir donné l’idée du siècle pour notre génératrice : à savoir récupérer une dynamo de scooter comme on en trouve plein ici), Iba et Cédric ont branché en un rien de temps leur système de vélo pour diffuser un petit film explicatif de l’historique du projet :

Comment est venue l’idée ?

Au départ, la rencontre improbable au Sénégal d’un passionné de vélo, de makers, de cinéphiles.

CineCyclo est né il y a 2 ans à l’initiative d’un jeune français : Vincent Hanrion qui s’était mis en tête de réaliser un tour du Sénégal à vélo pour faire des projections de films dans les campagnes. Rapidement, ici on l’a orienté vers Iba, électronicien de formation, connu ici pour être un super bidouilleur, en particulier de génératrices à base de récup qu’il fabrique déjà. Iba et plusieurs jeunes dakarois sont séduit par l’idée ! Le besoin est aussi important à Dakar où les cinémas sont passés de 40 à 6 en l’espace de 20 ans transformés en ruines ou des supermarchés.

En quelques mois ils prototypent ensemble un vélo relié à une génératrice capable de projeter un film et organisent la première diffusion à Dakar qui rencontre un franc succès !
Ensuite, les choses s’accélèrent, ils créent l’association CinéCyclo, l’équipe s’étoffe, notamment avec l’arrivée de Cédric, passionné de cinéma et qui travaille déjà pour SOON et Mobiciné au Sénégal. Ils trouvent des partenaires  et organisent plusieurs projections à Dakar et ses alentours. Alors que Vincent part pour son tour du Sénégal à pédales , les gars continuent l’activité ici à Dakar.

Comment voyez-vous évoluer l’association ? Quelle est l’ambition ?

Pour l’instant CineCyclo fonctionne avec des bénévoles, les « Cinecyclistes », qui se mobilisent pour faire des projections un peu partout. Ils organisent les campagnes de communication à l’avance et la logistique de l’événement est simple : on ramène les vélos et hop !

 

Le but pour CineCyclo est de faire les plus de projections possibles dans le plus d’endroits possible.

En Amérique du Sud aussi, deux français ont démarré un tour du continent : c’est CineCyclo Panamerica

L’objectif de CineCyclo est aussi d’étoffer son catalogue. Pour l’instant ils diffusent en priorité des films sur leur aventure, d’animation pour les enfants, mais également des films africains et de sensibilisation (sur la pratique de l’agriculture sans pesticides par exemple).

projection cincecyclo

En parallèle de ces activités, Cédric et Iba veulent continuer aussi le développement de génératrices en récup’ qui permettraient de répondre au manque d’accès à l’électricité au Sénégal.

Rappelons que seuls 33% des 10 millions d’habitants du Sénégal ont accès à l’électricité avec un taux de couverture 10% en milieu rural. L’électricité est aussi très chère ici, beaucoup plus que dans les autre pays d’Afrique de l’Ouest.

Des petites génératrices bon marché qui peuvent être fixées sur des manivelles, éoliennes, pourraient permettre à tous de produire une réserve d’électricité pour s’éclairer, recharger des téléphones, faire marcher radio, télé,  etc…

Les bénéfices issus de la vente de ces génératrices (à des ONG et particulier) permettraient de financer les projections de films : un Social Business qui tourne !

Actuellement Iba peaufine le produit, une petite génératrice low-cost, nommée « Made in Senegal » et Cédric la stratégie. L’objectif est de pouvoir lancer une commercialisation en 2017.

Quels sont vos challenges? Comment peut-on vous aider ?

Le principal challenge de CineCyclo aujourd’hui est de penser la bonne stratégie de développement pour remplir les 3 objectifs :

  • Culturel : Pérenniser l’action de projection (financements, formation d’équipe cycliste)
  • Economique et social : Vendre des génératrices qui permettent de pallier au manque d’électrification et bénéficie aux populations (éclairage de vie et pour l’éducation, rechargement mobile, etc.)
  • Environnemental : sensibilisation aux enjeux du développement durable au Sénégal.

Un modèle complet de Social Business!

Pour les plus motivés, vous pouvez prêter vos mollets en fondant une équipe Cinécyclo dans votre région !

Pour les mises en relation, CineCyclo est en plein démarrage. Ils recherchent donc des partenaires économiques (fondation, bourse) mais aussi les premiers clients pour ces génératrices.

Enfin, si vous n’avez pas tout ça, la communication n’est pas de refus, via un partage de cet article par exemple  😉

Contacter Cédric : senegal@cinecyclo.com

En wolof « Do It Yourself » se dit « Defko Ak Niëp » : Faisons-le ensemble !

Rencontre avec les jeunes créateurs du fablab dakarois DefKo Ak Niëp.

Pour notre escale à Dakar nous avons travaillé sur la construction d’éoliennes low-tech, en matériaux de récup avec l’association dakaroise Ker-Thiossäne et le fablab Defko Ak Niëp.

Pour cela nous avons préparé un atelier de construction réalisé avec une quinzaine participants, une réussite !

Nous sommes ravis d’un point de vue technique mais surtout de notre rencontre avec le fablab et les jeunes sénégalais derrière cette initiative géniale : Modou et Dodji – interview !

Dodji Honou (à gauche) et Modou Ngom (à droite)
Dodji Honou (à gauche) et Modou Ngom (à droite)

Modou Ngom et Dodji Honou travaillent sur le développement du fablab depuis 2 ans et demi. L’atelier se trouve dans le quartier de Dakar Liberté 2 (à côté de l’association Ker-Thiossäne qui a incubé le projet) c’est petit mais on y trouve déjà les machines qui font la base d’un fablab, une découpe numérique et une imprimante 3D.

Que fait Defko Ak Niep ?

L’objectif du fablab est d’avoir un impact social positif sur la quartier et la société. Pour cela la mission est double : la formation aux machines de fabrication numérique et l’incubation de projets technologiques à fort impact pour la population, la ville de Dakar et plus largement, l’Afrique.

Concrètement, les activités sont :

> Organisation de workshops techniques avec appel à participants pour fabriquer ensemble des prototypes.
Comme les deux ateliers du mois derniers (fabrication d’éolienne et balançoire solaire).  Les profils des participants sont variés, des étudiants aux profils techniques, des artisans, des particuliers en reconversion professionnelle…

 

> Formation des plus jeunes, et moins jeunes à l’utilisation des machines de fabrication numériques.
Dans le futur, Modou et Dodji souhaitent développer les liens avec les établissements qui n’ont pas les machines en interne et pourraient utiliser le fablab pour les formations..

> Projets internes de développement de technologies utiles, dont voici quelques exemples :

  • Création d’une extrudeuse de plastique permettant de recycler le plastique pour en faire du fil d’imprimante 3D avec usinette.
    Pour le moment, les recharges d’imprimantes 3D doivent être importées et sont très coûteuses alors qu’au fablab cette machine permet de fabriquer des pièces spécifiques complexes et introuvables pour fabriquer les prototypes.1-hKNVoTWLCTNS6VlU65vq7Q

 

  • Création d’un ordinateur rempli de contenu pédagogique pour la bibliothèque du quartier SICAP Baobab.
    La bibliothèque est vétuste et peu utilisée. Grâce à des cartes Rapsberry (circuits imprimés basiques programmables en logiciels libres) et en récupérant un écran (comme en trouve partout ici) il serait possible de fabriquer un ordinateur très simple et bon marché avec seulement du contenu pédagogique à l’intérieur (Wikipédia, WikiAfrica, fiches pédagogiques travaillées avec les écoles).

 

  • Construction un déshydratateur de fruits solaire.
    Récemment, MakeSense a organisé au fablab un atelier de construction d’un deshydatateur, une petite machine qui permet de transformer mangues, banane, pommes et autres fruits en délicieux mets sucrés. Ce petit système, qui pourrait être répliqué en plus grand, correspond à une vraie solution dans un pays où l’on gaspille beaucoup de fruits et légumes, en particulier mangues quand c’est la saison. En permettant de les sécher pour les conserver et faire des bonbons cette solution offre aussi la possibilité d’une activité économique.

 

  • Mini éoliennes low-cost.
    Suite à l’atelier avec Nomade des Mers qui a permis de développer des petites éoliennes à moins de 6000 FCFA (capacité 20watt, i.e allumer un éclairage et recharger un portable), Modou est intéressé pour continuer l’expérience. Si le besoin est avéré, ces petites éoliennes pourraient aider beaucoup de personnes qui ont besoin d’un petit accès à l’électricité : vendeurs de rues, étudiants, familles en villages isolés, car au Sénégal l’électricité est très chère et la couverture est mauvaise (10% de couverture en zone rurale).

 

Quelle est l’ambition avec ce fablab ?

Comme l’explique Dodji Le fablab idéal est un espace fréquenté régulièrement où naissent des projets concrets et innovants. Mais attention , par « innovants » Dodji entend utile à la société, au quartier, au pays.

“Cela ne nous intéresse pas de développer des innovations juste pour pour le fun, il faut que ça ait un sens, une application dans la société au bénéfice des gens où de l’environnement. Pour l’instant le premier défi, était d’acquérir les machines et de les comprendre, maintenant nous peut rentrer dans la phase de développement qui consiste à développer le lieu physique et gérer des projets en communauté.”

Quels sont vos prochains grands challenges à résoudre?

Comme pour tout les fablabs, le premier grand défi est de trouver un modèle économique. Comment rendre rentable un endroit qui n’a pas pour objectif de vendre ses créations. Par la vente de formation ? la location des locaux ? Partout dans le monde on cherche encore le modèle idéal et on expérimente.

En tout cas ce qui est certain c’est que pour développer l’activité il y a deux pré-requis importants pour Defko Ak Niëp  :

  • Acquérir un espace plus grand pour accueillir de nouvelles machine et projets, c’est de là que dépendra la fréquentation.

  • Renforcer l’équipe encadrante. Pour l’instant Modou et Dodji ne sont que tous les deux. Ils souhaiteraient s’entourer aussi de personnes aux profils plus experts (électronique, développeur, mais aussi communication).IMG_0747

Envie d’aider Defko Ak Niëp ?

Si vous pensez à des contacts, pistes de financements, avez des compétences utiles où des pistes pour plus communiquer, n’hésitez pas à les contacter, ils vous ouvrirons grand leurs portes.

defkoakniep@gmail.ccom                        honou003@gmail.com

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Escale à Dakar : Eolienne DIY avec Ker-Thiossäne (2/2)

Voilà comment nous pourrions résumer la semaine en quelques chiffres…

1 équipe de choc :

equipe 1

equipe 2

5 jours d’atelier éolienne :

Comme nous vous l’avions expliqué du premier article sur Dakar, nous sommes partis sur le choix de deux éoliennes à 3 pales avec chacune une génératrice différente : l’une avec des moteurs d’imprimantes récupérés et l’autre à aimants permanents (type Pigott autoconstruite).

génératriceA gauche, génératrice à aimants permanents // A droite, petit moteur pas à pas d’imprimante pour construire une génératrice (nous en avons mis deux pour avoir assez de puissance)

Matériel :

Pour construire l’éolienne il nous a fallu trouver beaucoup de matériel :

  • tubes PVC de 30 cm de diamètre
  • moyeu de voiture (type Golf ou Corsa)
  • tubes en métal
  • contreplaqué
  • pédalier de vélo
  • plaques de métal pour faire le rotor
  • engrenages d’imprimante
  • fil de cuivre
  • résine.

Heureusement, Dakar est une ville où on peut trouver tout ça facilement ! Par exemple dans des quartiers comme Colobane ou Salle des ventes où sont démantelés appareils électroniques et automobiles pour la revente à la pièce et du métal. Heureusement aussi pour nous que Daouda, Modou et Dodji, gérants du fablab Defko Ak Niep (Faisons le ensemble) étaient là pour nous guider, merci à eux!

Malgré de longues recherches, impossible de trouver des moteurs très puissantes ni des aimants neodyme. Nous nous sommes donc contentés de moteurs pas à pas récupérés d’imprimantes (20W) et les aimants nous seront finalement apportés de France (nous avons voulu éssayer avec des aimants de disque dur mais cela ne fonctionnait pas car pas assez puissants et pas la bonne organisation de polarité).

eolienne

Fabrication :

Pour l’atelier, nous avons répartis les tâches en quatre groupes :

  • Construction de la structure :
    Pales, mât et queue de l’éolienne.
  • Génératrice avec moteurs récupérés :
    tests des moteurs récupérés et comparaison, conception du rotor (des engrenages).
  • Génératrice à aimants permanents avec fil de cuivre :
    fabrication des bobines de cuivre, scellage dans une structure dans en résine, usinage du rotor, assemblage sur le moyeu de voiture.
  • Gestion de l’électricité :
    Analyse des productions de chaque générateur, conception du schéma électrique, récupération de composants (vieux onduleurs, vieux circuits imprimés, etc.)

Chaque soir les groupes ont débriefé ensemble du travail de la journée pour accorder les différents sous-systèmes et s’échanger les connaissances.

atelier

Calculer la taille des pales, mesurer les plans et faire les gabarits, meuler les pales, scier et percer les pièces du rotor, concevoir le circuit électronique, souder l’électronique , faire de la résine pour maintenir la génératrice. La construction d’éolienne fait appel à de nombreux domaines !

Lors de la fabrication nous avons rencontré quelque difficultés auxquelles nous avons trouvé des solutions!

  • Sur la conception des pales qui demandent un profil très particulier -> Nous avons trouvé des solutions dans des vidéos tutorielles sur internet.
  • L’accès aux matériaux ->En discutant avec les participants et le fablab, il y a toujours quelqu’un qui savait

Heureusement aussi que nous avons pu nous appuyer sur le savoir-faire d’artisans locaux et des participants pour la réalisation de certaines pièces complexes : le rotor, une plaque en métal percée précisément, la soudure, l’électronique (heureusement qu’il y avait un électronicien pour le bobinage)…

2 éoliennes DIY au top !

eoliennes

Nous venons de tester nos deux éoliennes et elles tournent. Ils nous restent à mesurer la puissance mais nous espérons atteindre une puissance nominale de 200W pour la génératrice à aimant et de 60W pour celle avec moteurs récupérés.

La semaine prochaine, nous allons installer l’éolienne en ville pour le Festival AFROPIXEL#5, dans le jardin Jet d’eau : un projet urbain développé par l’association Ker-Thiossäne pour réhabiliter un terrain vague avec les habitants.

Optimisations pour la suite…

Pour la suite nous allons voir comment créer un système de sécurité en cas de vent fort,  un système pour éviter la torsion du fil d’alimentation, et lancer une réflexion sur la durée de vie des matériaux.

Encore quelques optimisations avant de faire une vidéo tutorielle en bonne et du forme.

1000 Merci …

… aux participants de l’atelier grâce à qui nous avons appris énormément de choses en électronique.

+

1 GRAND MERCI

à l’association Ker-Thiossäne et le fablab Defko Ak Niep pour leur accueil et l’organisation de ces ateliers dans leur espace génial !

On remet ça la semaine prochaine avec un atelier éclairage public solaire, à suivre en live sur le Facebook Nomade des Mers 😉

Escale à Dakar : Eolienne DIY avec Ker-Thiossäne (1/2)

Avec l’équipe, nous venons d’arriver à Dakar, où nous sommes venus travailler sur la construction d’une petite éolienne. Dans le cadre du festival Afropixel, créé par l’association dakaroise Ker-Thiossäne, nous allons animer un atelier de 5 jours, du 18 au 23 avril avec 15 participants (profils techniques) pour tenter de construire ensemble prototype d’éolienne, la plus locale possible.

Lieu de recherche, de résidence, de création et de formation, Ker Thiossane encourage l’intégration du multimédia dans les pratiques artistiques et créatives traditionnelles et cherche à soutenir le croisement des disciplines. Ker Thiossane axe ses activités autour des recherches sur l’art et les nouvelles technologies, et sur ce qu’elles impliquent dans nos sociétés, au cours de résidences, de formations, de rencontres et de workshop. En 2008 elle met en œuvre le premier festival Afropixel qui porte sur les logiciels libres en lien avec les pratiques citoyennes en Afrique et dans les pays du Sud.

Atelier construction d’éolienne
18 au 23 avril à Ker-Thiossane, Liberté 2, Dakar.

Voir programme de tout le festival AFROPIXEL

 

Pourquoi le choix d’une éolienne au Sénégal ?

D’abord parce qu’après discussions avec les makers et gérants du fablab Defko Ak Niep, c’est un sujet qui nous intéressait tous énormément, car il y a un réel besoin et un vrai potentiel au Sénégal. Il y a en effet un problème d’accès à l’électricité, surtout en zone rurale, pour les habitations comme pour les commerces, mais aussi pour la petite agriculture (pour faire fonctionner l’irrigation goutte-à-goutte). Seulement au Sénégal comme en France, c’est plutôt le photovoltaïque domestique qui se développe comme source d’énergie autonome accessible principale. Solution qui présentent quelques défauts : un investissement important au départ et pour l’entretien, et surtout le problème du sable en suspension dans l’air qui peut recouvrir rapidement les panneaux et ainsi diminuer beaucoup leur efficacité. Le pays étant bien venté l’éolien est donc une piste intéressante…

Préambules techniques

Nous avons commencé les recherches techniques et voici ce que nous avons appris :Avant de concevoir les plans de son éolienne, il faut faire des choix importants, notamment sur deux aspects :

  1. la partie mécanique (i.e la forme de l’éolienne, horizontale ou verticale).
  2. la génératrice (ie. le moteur qui transforme le mouvement mécanique en électricité, à construire ou à récupéré).

Ce choix dépend de l’utilisation qui sera faite de l’éolienne (choix dont nous avons discuté avec les participants et un expert du développement) et aussi de ce qui est disponible localement (nous sommes donc allés chercher directement !)

1. choix de la forme, la partie mécanique: 

  • Les éoliennes dites « à axe horizontal » sont les plus courament utilisées. Ces éoliennes fonctionnent au mieux avec un vent constant en direction et en vitesse. Elle sont donc en général moins intéressantes en ville ou les flux de vents sont plus aléatoires, et conviennent mieux aux zones rurales. On peut y mettre le nombre de pales que l’on veut, et il y a juste une règle à bien respecter : plus on ajoute de pales plus l’optimum de production sera atteint pour de faibles vitesses de vents.

    

Exemple d’éolienne à axe horizontal (la tige qui tourne est à l’horizontal) : Les éoliennes Pigott (inventées par Huges Pigott) sont une référence dans les éoliennes autoconstruites. Le réseau Tripalium propose des stages de construction et met à disposition les plans de ces éoliennes à prix modéré.
  • Les éoliennes à axe vertical : Ces éoliennes sont plus adaptées aux zones urbaines. Il existe 2 grands types de rotor, Darrieus et Savonius.

              

Darrieus (à droite) : efficace mais complexe à fabriquer.
Savonius (à gauche) : rendement moins bon mais facile à fabriquer.

Finalement, au vu des besoins les plus basiques et courants au Sénégal (alimenter quelques éclairage et une radio, recharger un téléphone portable en zone rurale), notre choix s’arrête sur une éolienne à axe horizontal à 3 pales avec un objectif de capacité d’environ 600Wh/jour.

2. La génératrice :

Dans une éolienne il y a une génératrice, c’est à dire un petit moteur qui permet de transformer le mouvement mécanique (les pales qui tournent) en électricité.
Pour construire cette partie, nous allons essayer 2 solutions :

  • Récupérer des moteurs existants qui ont le même fonctionnement (moteur pas à pas, que l’on trouve dans les imprimantes par exemple), souvent de petite puissance.

courses dans le quartier de colobane, où rien ne se perd

  • Fabriquer nous-même une génératrice à aimants permanents. C’est plus complexe mais plus intéressant car on peut la dimensionner comme on le souhaite en fonction de ses besoins. On peut construire une génératrice avec des éléments (presque) disponibles partout : (fil de cuivre, moyeu de voiture, disque en métal, les aimants neodymes sont plus difficiles à trouver).

C’est parti !

L’atelier commence aujourd’hui, nous vous tenons régulièrement au courant sur notre page Facebook.

N’hésitez pas si vous avez des bons conseils 😉