La Low-tech de l’année !

Après un an d’exploration des low-technologies, Corentin, à bord du Nomade des Mers nous révèle quelle est, selon lui, la low-tech de l’année .. Entre le bio charbon, de dessalinisateur solaire, l’élevage de vers, les différents réchauds … la bataille fait rage ! Alors finalement, quelle est la low-tech découverte ayant le plus grand potentiel …
Encore bonne année à tous, et continuez de suivre nos aventures !

Marche ou crève – Expérience d’autonomie et menaces à bord de Nomade des Mers

Je suis avec Clément dans le Nord de Madagascar. Nous préparons notre fier bateau-laboratoire à traverser l’océan Indien jusqu’aux Maldives.

1900 miles (3500 km) dont le passage de l’équateur. Une vingtaine de jours de navigation.

Nous allons en profiter pour faire une expérience. Nous avons décidé de nous mettre sous contrainte en embarquant une quantité limitée de ressources pour nous forcer à exploiter à fond notre écosystème embarqué. Après avoir testé plus de 30 low-tech depuis 1 an, il est temps de tester notre « maxi best-of » des low-tech !

Chez Gold of Bengal nous sommes convaincus que la mise sous contrainte est un excellent stimulant pour innover.

Si Mac Gyver avait toujours eu sous la main une bombe ou un deltaplane il n’aurait jamais pensé à les fabriquer avec son chewing gum ou l’élastique de son slip.

La spiruline par exemple : pas de goût, une odeur d’algue, une consistance vaseuse. Et pourtant quand elle est l’une de nos principales sources de protéines, elle devient délicieuse et on s’en occupe comme jamais. C’est à la fin de notre traversée de l’Atlantique, quand les réserves s’amenuisaient, que nous avons inventé un nouveau système de filtration innovant.

Un peu comme le dernier morceau d’une bonne plaquette de chocolat a plus de saveur que les autres, quand on est limité en eau chaque goutte d’eau de pluie devient précieuse. Quand la base de tous les repas est de la semoule aux haricots, les feuilles de blettes qu’on récolte dans la serre, au lieu de faire remonter des relents des épinards de la cantine de l’école, font vibrer les papilles, et on se creuse la tête pour qu’elles poussent plus vite.

Bref nous comptons sur cette traversée pour révolutionner notre petit écosystème!

Nos calculs, dont un résumé est illustré sur le schéma ci-dessus, nous ont mis en confiance. Par contre nous aurons 4 sérieux obstacles à affronter pour ne pas perdre nos dents ou nous entretuer :

1- Les rats. ils ont envahi le bateau lors de notre dernière escale. Ils mangent les pousses d’amarante et de pourpier, c’est très énervant, et ça peut nous priver d’une source nécessaire de vitamines et minéraux.

2- « IL ». « IL » est une chose invisible et inodore qui se propage partout. Une sorte de fantôme qui peut même entrer dans des espaces clos. « IL » laisse toujours derrière lui des sortes de fils d’araignées. Et le problème c’est qu’IL semble manger les oeufs de nos vers de farine. Depuis des semaines nous n’avons plus d’éclosions. La pyramide des âges de notre élevage commence à ressembler à celle de la France. Or nous comptons sur les larves de ténébrions pour nous apporter 10% de nos protéines.

3- Les poules. Elles passent de plus en plus de temps à se dorer au soleil, contemplatives. Pas un oeuf depuis 10 jours. Je viens d’avoir une info de ma grand mère : « une poule pond avec son bec ». Traduction : il faut les nourrir d’avantage. Ca revient à prendre le risque d’augmenter leur revenu minimum, sans savoir si cela va augmenter le PIB du poulailler. En attendant on va embarquer une boite d’oeufs pour les rendre jalouses.

4- Les haricots. Nous n’avons pas pris le temps de goûter les haricots secs d’une espèce inconnue que nous avons achetés et allons manger à tous les repas. J’espère qu’ils sont bons.

La tension est palpable à bord de Nomade des Mers. Dans 20 jours ce sera différent. Reste à voir ce qui va changer…

Bien à vous,

Clément, Corentin, les poules, les vers, la spiruline, les rats et « IL ».

Rencontre : Lova Nantenaina

Lova Nantenaina est un réalisateur malgache auteur du film documentaire « Ady Gasy – les chinois fabriquent les objets, les malgaches les réparent » diffusé 2014. Par le film documentaire il souhaite donner une autre image de son pays. Interview avec un artiste engagé.

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Salut, OK je me lance :

Comment avez-vous eu l’idée de faire un documentaire sur les systèmes débrouilles de Madagascar ?

Cette idée est venue après mon retour au pays en 2010. J’étais étonné de ressentir de la tristesse et de la colère en voyant mon pays. Et c’est en essayant de comprendre ces sentiments là que je me suis dit qu’il faut qu’on arrête de voir le pays comme un problème. Des spécialistes font déjà ce travail là et ils sont bien payés pour répéter la même rengaine « votre pays est pauvre ». J’ai décidé de voir le pays comme un formidable laboratoire d’innovation et de créativité. J’étais parti en repérage de mon film avec l’idée que s’il y avait une grosse crise mondiale qui aplatissais l’économie, ceux qui ont l’habitude de se débrouiller dans des situations difficiles s’en sortiraient un peu mieux que les autres. Ils deviendraient des experts. Bien évidement, je ne souhaite pas une telle situation, mais il faut aussi de temps en temps voir les choses autrement pour changer de perspectives.

Pourquoi est-ce une thématique qui vous tient à coeur ?

Cette thématique me tient à coeur parce que notre pays peut encore choisir quelle direction on veut prendre en terme de développement. On connait maintenant la limite du développement à tout prix et les dégâts causés par le consumérisme sur notre planète. Il serait dommage de reproduire l’erreur de ceux que l’on croyait être des “pays modèles”, parce que nous pouvons encore faire machine arrière. La deuxième raison importante c’est aussi de redonner confiance à tout ce monde qui vit dans ce grand laboratoire d’innovation qu’est Madagascar. Ici, on associe encore le recyclage et le low-tech à la pauvreté, alors qu’ailleurs c’est une fierté. On criminalise, on chasse et on est condescendant envers nos compatriotes qui inventent parce qu’on aime acheter des objets ou des machines importés. Notre vision du monde est colonisée. C’est la volonté de renverser cette tendance qui semble inéluctable qui m’a poussé à filmer ces réalités. Et enfin, si toutes les formules productivistes qui ne respectent pas l’environnement et notre identité ont marché, on ne sera pas dans cette situation. J’aimerais que ces experts qui prônent ces théories économiques changent de disque. Ici la phrase « se serrer la ceinture” ne veut plus rien dire, les gens le font depuis belle lurette. Et l’avenir est entre les mains de ces gens que l’on croyait incapables parce qu’ils bricolent. Toute révolution est partie d’une expérimentation, de recherche, à une toute petite échelle avant d’être adoptée par le grand nombre. Je reste persuadé qu’on est même en avance sur ce plan là et qu’il faut sensibiliser nos intellectuels, ceux qui ont été formaté par une seule vision du monde et de l’économie.

Pensez-vous que ces systèmes ont un avenir à Madagascar et dans d’autres parties du monde ?

Si on ne favorise pas la diffusion de ces innovations appropriées à notre vision du monde, elles risquent de disparaître. Les intellectuels qui n’ont aucun recul sur ce qu’ils ont appris à l’étranger répètent toujours la même vision du monde sans chercher à comprendre qui ils sont et d’où ils viennent et c’est pour cette raison que ces trouvailles ne vont pas être connues par des gens qui en ont pourtant vraiment besoin. Ici ce n’est pas juste une question de mode, pour certains d’entre nous c’est un mode de pensée : le Ady Gasy.

Mon prochain film est une déclinaison de l’univers de Ady Gasy chez les enfants. Je vais montrer qu’étant petits les malgaches sont déjà éduqués à fabriquer leurs propres jouets. Il y en a encore à la campagne et de moins en moins en ville. Il y aura un projet transmédia qui va sortir, si tout va bien en 2017. Il s’intitule « A toi de jouer ».

Vous pouvez visionner son dernier documentaire
« Ady Gasy » en VOD sur Vimeo
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Waterworld, sans les méchants.

Bernard Van den Broek, 56 ans, expert comptable a rejoint le Nomade des Mers du 23 décembre au 1er janvier. Si vous le croisez ne vous fiez pas à son costume, car tel un ange gardien c’est lui qui prodigue conseils, météo et orientation à l’équipage, depuis un gratte-ciel de la Défense. C’est notre routeur ! Il faut dire qu’il connait le bateau, puisqu’il lui a fait parcourir le monde pendant un an avec sa femme et ses 4 enfants. Carnet de bord d’un capitaine venu retrouver pour les fêtes son « Cyrano » désormais « Nomade des Mers ». 

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Nomade des Mers, pour le parisien qui débarque tout juste de la Capitale, c’est un choc !

Un mélange de rusticité et de sophistication qui me rappelle étrangement le bateau du film Waterworld. Vous savez le trimaran reformaté pour survivre après la montée des eaux sur notre planète où l’eau douce et la terre sont devenues des denrées précieuses.

Ce qui frappe tout de suite, ce sont les deux réchauds en ferraille dans le cockpit, devenu « cook stove » car c’est ici que l’on y fait la cuisine, avec le sac de charbon pour l’un et le sac de bois pour l’autre. Il y a aussi un amoncellement de gamelles et autres casseroles un peu noircies compte tenu de l’approche basique de la cuisson.

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A l’arrière, toujours les trois poules, dont l’une est quand même une authentique bretonne de Muzillac, Camandine.
« – Tiens Coco, Pourquoi Camandine ?
– En fait il y avait Camille et Amandine mais l’une d’entre elle n’a pas survécu à la tempête d’Atlantique Sud. Comme on ne sait pas laquelle des deux, elles ont été fusionnées… »
Me voici dans l’ambiance !

A l’intérieur c’est la végétation qui domine, comme dans le film, mais là ce sont de belles lignes de pousses vertes, dont certaines atteignent allègrement 40 ou 50 centimètres, alignées dans des tubes de PVC astucieusement découpés pour les transformer en jardinières optimisées. Bienvenue dans les Low-Techs !

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Ici c’est Corentin dans le rôle de Kevin Costner. Coco, déjà l’âge du Christ, même allure athlétique et acétique, même charisme auprès de ses disciples, mais notre sauveur du 21ème siècle fait pourtant beaucoup plus jeune que l’autre. C’est vrai que la barbe ça vieillit. A la différence du film, ici il n’y a pas de méchants qui tournent avec leurs scooters des mers, que des gentils, des vraiment sympas ; Hugo, quand même 1m96, qu’il a été contraint de faire rentrer dans la cabine arrière bâbord qu’il partage avec le très urbain Louis-Marie, pas vraiment plus petit. Et enfin Elina, jolies yeux bleus et charmant sourire. Non, ils n’ont vraiment pas des têtes de méchants ceux-là.

équipage

A Tuléar, nous sommes au bout d’une interminable jetée, construite pour accueillir les marchandises et amarrer les quelques bateaux de passage. La chaleur est accablante pour le parisien palot et déjà entré dans l’hiver. On ne tarde pas à mettre le cap sur Ifaty, une quinzaine de milles plus au Nord. Ce soir c’est Noël, il nous faut un bon repas et bien sûr un bon gâteau. Problème, le beau four qui équipait mon ancien navire a été emporté par l’épuration stalinienne voulue par l’équipe de préparation et son chef suprême pour atteindre la sobriété heureuse des low-techs. Mais mes camarades de cette aventure ont plus d’un tour dans leur sac, ils ont déniché un four solaire. Et vive les low-techs ! Nous voici donc lancés dans la confection d’un gâteau au chocolat, rendu possible grâce à quelques plaques de chocolat français emportées prudemment pour cette aventure vers l’inconnu. Le maintien de l’édifice en contreplaqué et plaques réfléchissantes est une certaine gageure pendant cette navigation courte mais un peu mouvementée quand même. On mesure la température à l’intérieur du four – et oui, il y a plein de capteurs et d’appareils de mesure sur Nomade, rusticité mais sophistication – 60 degrés, pas mal ! On découvre que quatre heures à 60 degrés, ce n’est pas équivalent à 20 minutes à 180 degrés … Pas grave, ce soir ce sera mousse au chocolat !

four solaire

Soirée de Noël au mouillage, un peu loin de la côte défendue par ses patates de corail, dans un calme parfait. On se régale de bonnes choses et même d’un foie gras malgache, à l’exception de notre cher Coco devenu résolument végétarien avec une discipline de fer. Enfin tout est relatif, car il décide de faire une exception à la règle pour consommer un plat de fête à ses yeux, des larves qu’il élève avec amour depuis le départ ; sélection d’une belle centaine de ces jolis vers qui s’agitent, ébouillantage (il ne faut quand même pas les faire souffrir) et confection d’un pâté avec quelques assaisonnements. Et bien figurez-vous que malgré ma réticence, j’ai essayé et que ce n’était pas mauvais du tout !

Veillée de Noël tout comme il faut avec Hugo à la guitare, Corentin à la flûte et Louis-Marie au didgeridoo (made in PVC). Je découvre que Coco est un grand musicien capable de sortir toutes sortes de mélodies à partir d’un simple tube, vraiment très low-tech, d’origine irlandaise (un tin whistle). Les moments choisis pour ces inspirations soudaines qui doivent être illustrés sans attendre avec son charmant pipeau, sont parfois inattendus, comme par exemple à la sortie de la passe d’Ifaty alors que nous sommes au milieu de magnifiques rouleaux de 3 à 4 mètres déferlants juste à côté du bateau. C’est ça un vrai artiste !

Corentin à la flute

Le sujet essentiel de cette escale à Madagascar fut la spiruline que certains entrepreneurs s’emploient à produire dans la région de Tuléar en particulier. Un outil de production de spiruline a nécessairement été imaginé et conçu à bord avec jerrican, circuit de tuyaux et système de pompage. Et comme il a fallu mesurer le taux de spiruline, là encore les cerveaux ont chauffé pour fabriquer avec une led et un capteur d’intensité de lumière un instrument de mesure d’intensité. Chapeau !

A Madagascar nous nous sommes aussi émerveillés de tous ces voiliers de travail qui, outre la pêche, assurent une bonne partie du transport de marchandises. Beaucoup de pirogues à balancier très rapides malgré leurs voiles rustiques, mais aussi de très jolis boutres gréés en goélette. La plupart sont construits à Belo-sur-mer, endroit magnifique, parfaitement approprié pour la construction, la mise à l’eau et l’échouage, et dont l’origine remonte à l’installation d’un breton – Enasse Joachim – à la fin du XIXème siècle. Une des plus belles escales pour Nomade des mers.

botry malagasy

Voilà, c’est l’histoire d’un vieux – enfin pas tout à fait, juste « vintage », comme c’est écrit sur son Tshirt – qui voulait découvrir ce qu’il y avait derrière cette bande de jeunes qu’il tentait de guider d’un peu de routage météo depuis quelques mois. J’y ai découvert la recherche permanente de nouvelles idées et de nouvelles solutions. « L’innovation par la contrainte », la litanie d’Eric Bellion sur le Vendée Globe, un concept dont on comprend véritablement le sens ici. Et tout cela avec bienveillance, confiance, optimisme et positivité.

Je peux l’affirmer, le monde tournerait bien mieux s’il y en avait davantage comme eux !

Bernard Van den Broek

Mon point commun avec les poules

Quand on a étudié la question de l’autonomie alimentaire pour choisir quel régime adopter à bord de Nomade des Mers, on s’est très vite rendus compte que pour produire de la viande, les ressources en eau et nourriture, la surface et l’énergie nécessaires étaient énormes par rapport aux autres aliments. Particulièrement pour la viande de bœuf. De toutes façons, embarquer un bœuf à bord aurait été pénible.

Dans le monde il y a des centaines de millions de personnes qui se passent de viande. 500 millions rien qu’en Inde ! Il y a beaucoup de motivations différentes pour tous ces végétariens : religion, lutte contre la souffrance animale, écologie, santé… l’écrivain Isaac Bashevis Singer a dit : « je suis végétarien pour des raisons de santé… la santé des poules. » En plus j’ai lu qu’Einstein avait dit « rien ne pourra être plus bénéfique à la santé humaine ni accroître les chances de survie de la vie sur terre qu’une évolution vers un régime végétarien« . Vu qu’Einstein a toujours une longueur d’avance, ça a fini de me convaincre.

J’ai donc décidé de faire l’expérience de devenir végétarien. J’ai rayé de mes menus la quasi totalité des plats qui me faisaient saliver : tartiflette, bœuf bourguignon, steak tartare, poulet frite, burger saignant, poisson au beurre blanc… La seule viande que je m’accorde est celle de nos larves de coléoptères, qui ne font baver personne, mais qui ont besoin de très peu de ressources pour produire des protéines animales.

Ça fait maintenant 9 mois que je n’ai pas touché à un steak. Au début ça donne l’impression de ne manger que l’accompagnement. puis on s’y fait. Au point que maintenant je salive quand je pense à des lentilles mijotées avec des oignons et des carottes. Ma plus grande peur était de devenir moi-même un légume. Mais pour le moment je reste en pleine forme et j’ai même encore toutes mes dents. J’ai fait une prise de sang juste avant le départ à Concarneau et je viens d’en faire une nouvelle à Madagascar pour voir si j’ai des carences. Réponse dans quelques jours.

J’ai cherché le nom de mon régime. Il en existe beaucoup :

  • Végétarien :
    il ne mange rien qui vienne de l’animal (ni viande, ni lait, ni oeufs)
  • Ovo-lacto-vegetarien :
    il ne mange pas de viande mais mange des produits laitiers et des œufs
  • Fruitarien :
    il ne veut pas tuer les plantes! il mange donc les fruits, les noix, les haricots, les céréales, mais pas les tubercules ni les feuilles – ça fait mal à la plante.
  • Crudivore :
    il ne veut pas cuire les aliments. du coup il fait germer les céréales et autres graines avant de les manger, il presse de l’herbe et des fruits pour en boire le jus, et ne cuit pas ses fruits et légumes.

Le problème c’est que je mange des insectes, ce qui m’exclus de toutes ces catégories… Je pourrais appeler ça de l’insecto-ovo-lacto-végétarisme, mais ce n’est pas pratique quand on est invité à diner :

-vous mangez de tout?
-non, je suis insecto-ovo-lacto-végétarien
-ah?!

Puis en réfléchissant un peu je me suis rendu compte que le régime dont je me rapprochais le plus était celui de la poule, qui mange des insectes et tout fruits et légumes qui se présentent devant elle.

-vous mangez de tout?
-non, la même chose qu’une poule
-d’accord !

Corentin.

Un Nazepresso svp !

Le choix de notre mode de cuisson est l’un des plus gros casses têtes à bord de Nomade des Mers.  Tous les jours, comme 3 milliards de personnes dans le monde, nous allumons un feu pour cuisiner. 1 kg de bois a un pouvoir calorifique de plus de 4KWh. D’après mes calculs ce kilo pourrait faire bouillir 43 litres d’eau ! Mais ca c’est la théorie. En pratique aucun des nombreux types de réchauds existants n’arrive à exploiter toute cette énergie.

Au départ de Concarneau on a embarqué à bord un réchaud à pyrolyse. Sur le papier c’est ce qu’il y a de plus efficace. On l’alimentait avec des granulés ou des copeaux de bois. Quand la combustion est lancée c’est un vrai lance flamme. Par contre quand le bois est humide ou un peu trop gros ca produit une fumée épaisse qui envahissait le cockpit au point que j’ai du perdre au moins un poumon pendant cette période. Et puis les équipiers qui avaient l’estomac déjà un peu tendu par la mer avaient du mal à supporter l’odeur de fumée mêlée à celle du poulailler. Du coup quand le repas était finalement prêt il n’y avait plus grand monde à table. On a décidé de changer de système.

Au Sénégal, grâce à l’association Nebedaye, on s’est mis au charbon vert. Ce charbon est fabriqué localement avec de la paille carbonisée. C’est intéressant parce que ca évite de déforester. Seul défaut : impossible de faire des crèpes, ca ne chauffe pas assez fort. Et puis dès l’escale suivante on ne trouvait plus de ce type de charbon. Depuis le Cap Vert on cuisine donc au charbon de bois. Pas très écolo, assez lent à l’allumage et on se colle du noir partout. Pour faire un café il faut environ 40 minutes. Imaginez la pub où George Clooney arrive après 40 minutes, plein de suie, en toussant, retrouver la belle blonde… Il aurait l’air naze. Il faut qu’on trouve autre chose.

Je suis sûr que quelque part ici à Madagascar je vais trouver une nouvelle solution ingénieuse à tester. Voilà mon cahier des charges :
– le feu doit chauffer assez fort pour faire des crèpes
– il doit s’allumer rapidement : max 20 minutes pour faire un café
– je veux garder mon deuxième poumon
– il doit être le plus économe et écolo possible
– le combustible doit être disponible à nos futures escales

L’enquête est sur le feu, je vous tiens au courant.

Corentin

Vie de Mousse

C’est un secret pour personne, je suis le moins expérimenté à bord. C’est vrai que face au curriculum d’Yvon et Corentin peu font le poid, mais avec mes deux uniques aller-retour aux Glénans même les poules ont plus de miles au compteur. C’est donc avec un mélange d’excitation et d’appréhension que je quitte Durban dimanche matin. On m’avait prévenu qu’il fallait deux jours environs pour s’amariner, c’est le cas. Le bateau file à 7 nœuds de moyenne avec un vent de travers sur une mer assez formée. Mes tripes ont tiennent bon, mais impossible de lire, d’écrire ou de me concentrer sur quoique ce soit, alors quand mon quart n’exige pas que je sois sur le pont, je suis dans ma banette, je dors ou j’écoute de la musique. Peu à peu la frustration de ne rien pouvoir faire laisse place au bonheur de gouter à cette oisiveté oubliée depuis mon entrée dans la vie active. La vie à bord est douce, Corentin jongle avec une habileté déconcertante entre bricolage et manœuvres sous le regard d’Yvon, haussant parfois les sourcils face aux méthodes peu orthodoxes du capitaine. Hugo et Elina se croisent au rythme de leur relève de quart et se chamaillent gentiment comme si ils étaient d’une même fratrie.

Depuis mardi ça va beaucoup mieux et l’ex-parisien hyperactif que je suis s’est plié au rythme lent de la navigation. Il faut dire que le vent a refusé (arrive petit à petit de face) tout en mollissant. Nous filons donc maintenant au près (presque face au vent) à 3 nœuds. Un coup de pétole nous même accordé le privilège de piquer une tête au beau milieu de l’océan. Entre temps, les quarts me permettent d’admirer la pleine lune et le soleil du petit matin. C’est précieux de pouvoir laisser son esprit vagabonder pendant deux heures sans interruptions, sans internet, ni facebook.

Nous profitons du temps disponible pour faire le bilan de l’escale en Afrique du Sud : 2 low-tech documentées, 5 présentations dont ont profité 130 personnes, 1 atelier, 1 compétition low-tech sur l’éclairage avec Schneider Electric à Johannesburg, 2 ambassadeurs recruté ainsi qu’une structure relai. On a pas chômé ! Nous commençons également à organiser l’escale suivante : destination Tuléar, ville principale du sud du pays qui dans notre cas porte bien son nom. Il proviendrait d’une phrase répondue par un Malgache à un marin cherchant où accoster : « Toly eroa ! » (Mouillez là-bas !). Nous allons y étudier la spiruline (cette micro-algue très nutritive que Corentin et Elina bichonnent à bord) auprès de l’entreprise Equitalgue et de LA spécialiste de la région, la docteur Vola. Autre particularité du coin, à 37km au sud de la ville vivent les « Vezo », une ethnie de pêcheurs que l’on surnomme les « nomades de la mer », alors forcément, ça attise notre curiosité.

Nous devrions arriver à Tuléar d’ici dimanche, hâte de relancer la machine et de découvrir ce nouveau pays. Mais en attendant je continue à profiter de cette nouvelle vie de mou(sse).

Louis-Marie

Miss monde, omelette et fruits sec

Salut à vous,

Cap sur Madagascar! L’escale à Durban était rapide. Ville pas très sexy. Mis à part le fait que Miss Monde 1959 était Durbanaise, c’est l’un des plus gros ports d’Afrique, 3.5 millions d’habitants, forte criminalité – il ne faut pas s’y risquer la nuit.

Nous avons débarqué Clément, équipier super efficace qui nous a accompagné depuis Rio et à qui on doit nos superbes volets de serre embruns-proof sur charnières inox. Puis nous avons ré-embarqué Elina, Louis-Marie et Hugo après leur tour fructueux à la recherche des low-tech d’Afrique du Sud.

LA nouvelle extraordinaire de la semaine vient du poulailler. Elles pondent à nouveau tous les jours !!! Ce n’était pas arrivé depuis la tempête de l’Atlantique Sud il y a plus d’un mois. Malgré tous nos efforts pour améliorer leurs conditions de vie et de travail, les négos avec le syndicat restaient tendues et stériles. J’avais entendu dire que mettre un oeuf dans le nid les stimulait. Il y a une semaine j’ai donc posé un gros oeuf Sud Africain daté du jour bien en évidence dans le poulailler. De quoi les rendre jalouses. Mais le lendemain il avait été piétiné, le jaune répandu dans la paille. Un signe évident de provocation. Alors pourquoi ce changement brutal? Avec les histoires de ponte il faut remonter 10 jours en arrière, car c’est le moment où l’oeuf commence à se former dans le ventre de la poule. Or 10 jours -jour pour jour- avant ce premier oeuf nous avons célébré l’inauguration du nouveau poulailler téléscopique ! Je peux vous dire que j’en suis très fier, tel une Valérie Damidot de la basse-cour. La paix est donc revenue dans l’équipage. En ce moment nous les faisons participer à une expérience. Nous avons mis un bac dans le poulailler où nous jetons nos déchets organiques. Elles y mangent ce qui leur plait, grattent et remuent le tout et y apportent des fientes. Chaque semaine nous vidons ce contenu dans le compost, pour que les vers et les champignons continuent à dégrader la matière jusqu’à la transformer en délicieux compost. En théorie cette contribution des poules devrait accélérer le compostage et l’enrichir d’azote.

Il y a quelques mois nous avons organisé un challenge low-tech avec l’entreprise Leroy-Merlin. C’est l’équipe « Pimp my Fridge » qui l’avait remporté avec son système de conservation des fruits et légumes. En ce moment nous testons leur déshydrateur solaire. L’idée est de conserver nos fruits et légumes en gardant le maximum de leurs propriétés nutritives. Cette low-tech nous intéresse car on estime que dans le monde 45% des fruits et légumes produits sont perdus! Une des techniques de conservation est de retirer l’eau de l’aliment. Une fois sec, il n’intéresse plus les bactéries, champignons et autres micro-organismes.

Pour ça il y a 2 voies connues :

  • la lyophilisation : il faut congeler l’aliment entre -40 et -80 degrés pour transformer son eau en glace, puis faire passer cette glace directement à l’état gazeux (« sublimation ») à base température. L’aliment devient sec et poreux comme une éponge, il se conserve donc longtemps et se réhydrate vite quand on lui ajoute de l’eau. Mais ce procédé est difficile à reproduire dans notre monde low-tech.
  • le séchage : procédé utilisé depuis toujours, il s’agit de sécher l’aliment entre 35 et 65 degrés pour éliminer le principal de son eau en gardant au maximum ses propriétés nutritives. C’est cette technique qu’a utilisée l’équipe Pimp my Fridge.

Notre déshydrateur est composé de 2 chambres : l’une vitrée et exposée au soleil permet de chauffer l’air, qui passe dans la 2eme chambre où les tranches de fruits et légumes sont étalés sur des grilles, avant de s’évacuer par une ouverture. La semaine dernière je l’ai testé sous un ciel couvert. Echec cuisant (c’est une expression). Mais le soleil est de retour, nous relançons donc les essais avec des tranches de banane, champignons et pommes. Résultats à suivre.

Nous devrions atteindre Madagascar d’ici 3 jours. Nous avons hâte de découvrir cette île qui parait être le pays de la débrouille et du système D!

Vive les low-tech.

Corentin

Poulailler téléscopique & Vagues scélérates

Arrivé à Cape Town, Nomade des Mers n’aurait surement pas passé le contrôle technique. 3 cloisons fissurées, le poulailler branlant, une pièce défoncée à l’avant… On a passé une semaine à bricoler, manger, bricoler, manger… On a maintenant un bateau et un moral taillés pour braver des tempêtes. En plus le fameux skipper Yvon Fauconnier nous a rejoint à bord pour nous guider jusqu’à Madagascar. Et grande nouveauté : un poulailler télescopique. En cas de mauvais temps on peut le refermer comme le nid des marsupilamis. Elles ont même une « sable de bain » flambant neuve (une poule se nettoie dans le sable, on dit qu’elle « s’ébroue »). Elles ont eu la chance de voir des otaries faire des sauts à quelques mètres d’elles. Malgré leur attitude je-m’en-foutiste-rien-ne-m’étonne-depuis-que-j’ai-vu-des-baleines, je pense que cette rencontre les a marquées.

Pour être efficaces dans cette étape rapide en Afrique du Sud nous avons monté la stratégie « Blitzkrieg » : Elina, Louis-Marie et Hugo sont partis par la terre à la découverte des low-tech du pays, pendant qu’avec Yvon et Clément nous faisons le tour par la mer avec le bateau. Rendez-vous à Durban autour du 12 novembre. On a largué les amarres jeudi. Yvon connait bien ce coin qui peut être sportif. C’est ici qu’il y a l’une des plus fortes densités au monde de vagues scélérates. Comme son nom l’indique la vague scélérate n’est pas sympa. Elle est beaucoup plus haute que les autres et très verticale comme un mur d’eau gigantesque. Les conditions qui les font apparaitre sont les vagues croisées, les courants forts et les tempêtes. Ici tous ces paramètres sont souvent rassemblés. Ces scélérates peuvent faire plus de 30 mètres de haut dans les cas extrêmes et des forces pour lesquels même les cargos ne sont pas dimensionnés. De quoi télescoper le nouveau poulailler…

Mais pour l’instant c’est sans encombre que nous avons passé le Cap de Bonne Espérance, puis le Cap des Aiguilles. Bonne Espérance est le plus connu. Après avoir été nommé « cap des tempêtes » il a été renommé pour donner espoir aux marins sur la route des Indes. Mais c’est le Cap des Aiguilles qui est le point le plus Sud de l’Afrique et la séparation entre l’Océan Atlantique et Indien. A nous l’eau chaude et les tropiques, la serre va exploser de verdure !

En attendant nous optimisons les low-tech embarquées : la dernière version de  l’éolienne que nous avons conçue à Dakar tourne à fond (la vidéo tuto sera bientôt en ligne). Les nouveaux systèmes  d’hydroponie sont quasiment prêts à recevoir les plants semés après la tempête. Le nouveau process mis en place pour l’élevage des ténébrions est maintenant bien rodé. Les poules participent à une grande expérience de recherche pour notre compost. Plus de détails dans le prochain épisode….

Corentin

Bienvenue à Yvon !

Notre nouveau skipper a embarqué sur le Nomade des Mers !
Yvon c’est le doyen de l’équipe et forcément un CV à couper le souffle ! Les grandes lignes de son aventure :

  • En 1982, c’est la Route du Rhum, où il est arrivé 8ème avec un petit trimaran de 15 mètres.
  • En 1984, C’est la course Ostar qu’il entreprend, une course transatlantique en solitaire sur le même trimaran.

Bien sûr, de nombreuses autres navigations, en course mais aussi du charter durant 12 ans. En quelques chiffres Yvon c’est :

  • 16 traversées de l’Atlantique
  • 5 traversées du Pacifique
  • 2 traversées de l’Océan Indien.

Sa plus grosse peur en mer :
Une grosse tempête, atteignant 65 nœuds de vent, en solitaire, sur un 40 mètres à trois mats dans l’Atlantique Nord.

Son plus beau souvenir de navigation :
l’Océanie sur un grand bateau !

Ses meilleures lectures :
– La série de romans d’aventure d’Alvaro Mutis.
– Le livre de Joseph Conrad ; Au cœur des ténèbres.

Pourquoi il nous accompagne dans le projet ?
Les prochaines navigations s’annoncent difficiles mais surtout Yvon est convaincu que des transitions écologiques sont indispensables. Ça tombe bien, les nomades aussi ! Et oui, les low-tech répondent à
la fois à un besoin sociétal mais ce sont aussi des solutions aux défis environnementaux. Yvon utilise donc des low-tech chez lui. Il a un compost et un potager qui lui permettent d’être un peu plus autonome face au marché économique.